FAUT-IL VENDRE L’OR DE LA BANQUE DE FRANCE ?


L’idée est dans l’air du temps. Elle nous vient d’Allemagne. Elle a été reprise en France par l’ancien ministre de la recherche Claudie HAIGNERE, puis par J-P RAFFARIN (« L’or d’aujourd’hui pour l’or de demain ») ; elle est aujourd’hui avancée par Nicolas SARKOZY. Mais l’Etat peut-il disposer à sa guise de l’or de la Banque de France, comme si nous n’étions tenus par aucun engagement ? La Banque de France ne serait-elle qu’une annexe financière du gouvernement ? Et quant au fond, est-ce une bonne idée de vendre les bijoux de famille pour financer des dépenses de fonctionnement ?

 

Nous pouvons vendre…100 tonnes par an

 

L’affaire est plus complexe qu’il n’y parait. Tout d’abord, nous avons déposé depuis des années 20% de nos réserves en or (et en devises) auprès de la Banque Centrale Européenne. Jointes à celles des autres pays, elles constituent les réserves officielles de la BCE : nous ne pouvons y toucher.

L’essentiel de notre or reste auprès de la Banque de France. Mais selon le traité de Maastricht, nous devons garder cet or -comme les devises- à la disposition de la BCE, qui peut les appeler en cas de nécessité. Ce serait le cas si la BCE voulait défendre, par des ventes ou des achats d’or ou de devises, la valeur externe de l’euro. Ce n’est heureusement pas le cas pour l’instant et l’euro flotte en particulier par rapport au dollar. Mais nos engagements internationaux n’en sont pas moins clairs : ils ne nous permettent pas de disposer de cet or à notre guise.

De toutes façons, les banques centrales ne peuvent disposer à leur guise de leur or, en raison d’autres accords internationaux (L’entente de Bâle). En effet, si une banque centrale vendait tout son stock d’or, les cours s’effondreraient et la valeur -théorique- des stocks d’or des autres banques centrales partirait en fumée. C’est pour cela que des accords limitent les ventes d’or, qui ne peuvent être que marginales.

Selon cet accord de 1999, les banques européennes pouvaient vendre en tout 400 tonnes par an, au maximum, chiffre qui vient d’être révisé et qui passera à l’automne à 500 tonnes. Sur cet ensemble, la France a le droit de vendre 100 tonnes par an. Or nous disposons au total exactement de 3 024 tonnes (contre 8 135 aux Etats-Unis ou 3 249 à l’Allemagne).

 

Le gouvernement ne peut disposer du montant des ventes d’or

 

Au prix actuel de l’or (et donc en admettant que nos ventes ne perturberaient pas les cours mondiaux), 100 tonnes représenteraient à peu près un milliard d’euros. A titre de comparaison, la dette publique de la France s’élève à 1 000 milliards d’euros. La vente annuelle autorisée de notre or représenterait donc à peine un millième de notre dette publique, ce qui est insignifiant et ne résoudrait pas le problème de notre endettement.

Mais sommes-nous sûrs de pouvoir disposer de ce milliard annuel ? En toute rigueur, il appartient à la Banque de France et celle-ci est indépendante du gouvernement. Son gouverneur, Christian NOYER, vient de faire savoir qu’il ne l’entendait pas de cette oreille. Il est certes resté poli et affirme avoir appris « avec la plus grande attention » la proposition de Nicolas SARKOZY. Il annoncera sa décision « avant l’automne ».

Mais il a déjà fait savoir que « la décision, qui n’est pas prise aujourd’hui, sera tranchée en toute indépendance par la Banque de France ». M. NOYER annonce déjà la couleur : « il n’est pas question de vendre l’or pour donner directement au gouvernement l’argent obtenu ». Il avance une raison technique. L’or figure à l’actif du bilan de la Banque de France au même titre que les devises. Il vient en contrepartie du passif, constitué essentiellement des billets. On ne pourrait donc que remplacer cet or -vendu - que par un autre actif, c’est à dire par le montant correspondant en devises -et non pas le remettre, comme si le bilan n’existait pas, à l’Etat.

Certes, le gouverneur ne ferme pas la porte. Il imagine par exemple que l’on puisse vendre annuellement 100 tonnes d’or et le remplacer dans le bilan de la banque centrale par la somme équivalente en devises. La différence, c’est que l’or ne rapporte rien –en dehors d’une éventuelle variation en capital, si le prix monte-, tandis que les devises peuvent être placées. Dans ce cas, ces placements rapporteraient un intérêt, qui viendrait gonfler les recettes de la Banque de France et lui permettrait de dégager un bénéfice et donc de payer un dividende à l’Etat… C’est la seule solution qu’envisage Christian NOYER.

 

De vrais gisements existent

 

Mais cela ne rapporterait pas grand chose. Avec un placement à 5% d’intérêt –ce qui est très élevé par rapport aux taux actuels- cela fait, pour 100 tonnes d’or 5% de un milliard soit 50 millions d’euros… qui serviraient d‘abord à financer le déficit actuel de la Banque de France avant de verser des dividendes à l’Etat. En tout état de cause, cela représente des sommes extrêmement faibles. Que représentent en effet 50 millions annuels face aux 1 000 milliards de dette publique ou aux près de 300 milliards du budget de l’Etat. Il n’y a pas là un trésor caché dont on puisse espérer grand chose.

Nous voici au cœur du problème. Est-il raisonnable dans le budget d’un ménage de vendre les meubles ou les bijoux de famille pour payer les dépenses courantes ? Certes, M. SARKOZY, à juste titre, a précisé que la vente d’une partie de notre or ne pourrait servir « en aucun cas pour financer les dépenses de fonctionnement ». Il ne s’agirait que de financer des investissements qui préparent l’avenir, ou de réduire la dette. Mais la recherche publique est-elle un investissement qui prépare l’avenir ? Financer la bureaucratie du CNRS n’est guère un investissement rentable. Et les sommes ne sont guère à la hauteur de l’enjeu de la dette française.

Nous pourrions conseiller à nos gouvernants de se tourner plutôt vers un autre gisement inexploité, qui vaut plus que tout l’or de nos réserves : celui des économies à réaliser sur nos dépenses publiques. Là, il y a de véritables fortunes à découvrir en luttant contre les gaspillages publics. Et cela sans renier nos accords internationaux, et de façon réaliste. C’est facile et cela peut rapporter gros : il suffit d’en finir avec les corporatismes, la démagogie et la dictature des syndicats.

 

 


 

 

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