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La CGT, gestionnaire
(on devrait dire propriétaire) du Comité d’Entreprise
d’EDF, est prise la main dans le sac. Ce n’est pas un scoop, puisque tout
le monde connaît la situation depuis des lustres, mais ce qui est nouveau
c’est qu’une instance officielle s’exprime en des termes si clairs que
les poursuites pénales devront suivre nécessairement, alors que l’impunité
semblait garantie jusque là.
D’ailleurs,
la loi pénale et civile ne s’arrête-t-elle pas aux frontières du syndicalisme
français ? Lorsqu’il « démontait » des MacDo
ou dirigeait les « faucheurs volontaires » José Bové
considérait que son inculpation était une atteinte aux libertés syndicales.
Etre syndicaliste permet de séquestrer les patrons, de casser le matériel,
de piller les stocks, de barrer les routes, de rançonner aux péages. Accessoirement
être syndicaliste c’est aussi bloquer la vie du pays, prendre les usagers
en otages, s’emparer de la propriété d’autrui : toutes choses impensables
dans une société qui vit en état de droit.
Pourquoi
ces passe-droit ? Pourquoi ce mystère ? Le mystère vient d’abord
de la passivité des pouvoirs publics, pourtant responsables du respect
des droits individuels, théoriquement protecteurs des personnes et des
biens. Cette passivité s’explique par l’obsession de la « paix civile »,
cette expression signifiant le refus d’utiliser la coercition et de mettre
en jeu les responsabilités des délinquants. Au nom de la paix civile,
on ferme les yeux sur tous les débordements, on tolère toutes les manifestations
et toutes les violences. A ce jeu, la surenchère est toujours payante
et les syndicats ne s’en privent pas.
Le mystère vient ensuite du mythe des « partenaires sociaux ».
Le droit du travail français est ainsi fait que, peu à peu, les syndicats
ont été élevés au rang de négociateurs patentés et dotés d’un quasi-monopole.
Critères de représentativité nationale surannés, monopole de présentation
aux élections sociales, monopole de la représentation du personnel dans
les conventions collectives, intervention dans des entreprises où il n’y
a pas de syndiqués, protections et exemptions qui assurent aux syndicalistes
immunité et prospérité : voilà
tous les privilèges que le droit du travail leur a successivement reconnus.
Quant à leur financement, le fait est que les salariés syndiqués ont un
poids marginal dans leurs recettes. Voilà bien un grand mystère :
comment peut vivre une association sans adhérent ? Si la réponse
est : grâce à des subventions, un autre mystère : pourquoi les
subventions ?
Le mystère
vient enfin de la religion du « service public ». Le seul endroit
où l’on trouve encore quelques rares syndiqués est la fonction publique,
englobant aussi les grandes entreprises nationalisées, comme EDF, GDF,
La Poste, la SNCF. Ici le mystère n’est pas bien épais : on comprend
que le personnel de ce secteur public tienne à se préserver de la concurrence
qui le priverait de leur « statut » et des privilèges qui lui
sont attachés. Mais pourquoi maintient-on un secteur public aussi pléthorique ?
L’analyse
économique nous est de quelque secours pour répondre à toutes ces questions :
elle suggère que les syndicats doivent leur position exceptionnelle non
pas à leur présence sur le marché du travail, mais à leur puissance sur
le marché électoral.
Voilà en
effet plus de cinquante ans que les économistes sérieux savent que les
syndicats n’ont aucun pouvoir positif sur le salaire et l’emploi. Ils
peuvent au contraire détruire les emplois et réduire le pouvoir d’achat.
Les salariés l’ont tellement bien compris qu’ils se sont progressivement
désyndicalisés dans tous les pays développés ; les Etats-Unis qui
représentaient naguère un bastion syndical résistant subissent à leur
tour une désyndicalisation spectaculaire.
Alors l’explication
ne pouvant être économique et du côté du marché du travail, elle est politique
et du côté du « marché » électoral. Les leaders syndicaux ont
eu l’habileté de se convertir en hommes de pouvoir, et d’obtenir des politiciens,
en échange de leur soutien ou de leur compréhension, les avantages dont
ils avaient besoin pour survivre. Ils font correctement leur travail :
ils savent à quel moment du calendrier électoral et dans quelle phase
conjoncturelle ils peuvent marquer leur présence. Il leur suffit de quelques
militants bien formés et intéressés à l’affaire (quelques milliers au
plus en France) pour lancer de « grandes » manifestations. Ainsi
la rue appartient-elle aux syndicats, et le pouvoir appartient-il à la
rue.
Il n’y a
pas d’autre mystère que celui-ci : le pouvoir légal est terrorisé,
la terreur syndicale fait la loi. Cette situation n’est pas particulière
à la France. La RFA paye encore lourdement aujourd’hui la démission historique
d’Helmut KOHL devant les syndicalistes ouest-allemands redoutant le « dumping
social » des Allemands de l’Est. Ailleurs
on a su prendre la mesure exacte des syndicats. Après que Margaret Thatcher
eut abattu Artur SKARGILL et le syndicat des
mineurs, Tony BLAIR a libéré le parti travailliste de la mainmise syndicale ;
de même Ronald REAGAN a commencé sa présidence en brisant la grève des
contrôleurs aériens. Le « modèle rhénan » qui a voulu associer
les syndicats au pouvoir politique est mort et enterré. Sauf en France.
Cela est
bien dommage pour l’économie et la société françaises, puisque les soviets
font fuir la prospérité, ruinent les salariés, et bloquent toutes réformes.
Mais c’est dommage aussi pour les syndicats eux-mêmes, car il y aurait
certainement pour eux nombre de missions plus stimulantes à remplir que
d’opposer un veto permanent. Formation, information, mutualité volontaire,
sont des domaines où les syndicats pourraient exceller s’ils voulaient
servir les travailleurs. Mais pour l’instant il ne s’agit visiblement
pas de servir, mais de se servir.
Jacques
Garello
Le 19 Septembre 2005
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