|
L'essentiel dans : Jacques
Garello, En finir avec le chômage, Numéro spécial de la Revue des études
humaines, 1996, pp. 31-36. La baisse du taux marginal
d’imposition sur les tranches supérieures des revenus a été l’un des piliers
des “ Reaganomics ”. Comme prévu, elle a entraîné un surplus de rentrées
fiscales (7% par an), et 92 mois d’expansion entre 1982 et 1990. Le taux
de chômage est tombé de 9,7% à 5,3%. Les effets sociaux de cette baisse
des impôts ont été les suivants : les contribuables aux revenus les plus
élevés ont payé entre 18 et 28% d’impôts en plus, les taux d’activité
et de salaire des femmes ont augmenté, 18 millions d’emplois ont été créés.
Les “sept années de vache grasse” ont été aussi celles des taux d’intérêt
élevés. Des taux d’intérêt élevés sont bons pour l’économie. Ils stimulent
l’épargne et réservent la faculté d’investir aux entreprises à très forte
rentabilité ; la haute performance des entreprises américaines se retrouve
dans la hausse des cours de la bourse (le Dow Jones est passé de 884 à
2.509). |
||
|
En 1943, le taux marginal d’imposition sur les tranches supérieures de revenus était bien au-delà de 90 %. Au Royaume Uni ce taux, pour les revenus non salariés était de 98 %. De tels taux sont inconcevables aujourd’hui. Le dernier demi-siècle aura été celui du rejet du socialisme fabien. Pour reprendre une expression de George WILL, le monde commence à mesurer “les retours de flamme de l’Etat Providence”. Nous entrons dans l’ère de l’économie de l’offre. Cependant, les vieilles idées ont encore pas mal d’inertie, et il y a des poches dans lesquelles elles traînent encore. C’est en particulier le cas à la Maison Blanche de Clinton. Je voudrais vous présenter quelques-uns uns de ces “retours” tels qu’on les trouve dans les écrits du Comité des conseillers économiques (Council of Economic Advisers) du Président Clinton Reaganomics et Courbe
de Laffer “Il y a quinze ans, les taux marginaux d’imposition et la progressivité du système fiscal ont été drastiquement réduits. Certains ont soutenu que ces politiques stimuleraient la croissance économique à tel point que les recettes engendrées augmenteraient réellement. Les résultats de cette expérience constituent un record : non seulement cette augmentation ne s’est pas produite, mais la dette publique a quadruplé dans l’espace d’une douzaine d’années” (Rapport Economique au Président p. 38) Etant donné que mon nom a été associé à ces relations entre les taux d’imposition et les rentrées fiscales, il m’est impossible d’ignorer totalement ce genre de commentaire. Comme c’est indiqué dans le même rapport au Président, la baisse des impôts de Reagan s’est accompagnée d’un accroissement des rentrées fiscales “de l’ensemble des administrations” de l’ordre de 670,6 milliards de $, soit de 69 %, ce qui correspond à un taux annuel de plus de 7 %. Devant ce fait, il semblerait bien que tout cela ressemble étrangement à une “hausse effective des rentrées fiscales”. Concernant la croissance, la page 66 du rapport au Président établit que les années REAGAN de réduction fiscale ont été celles d’une expansion dont la longueur a été la seconde de toute la période de l’après deuxième guerre mondiale - 92 mois, entre 1982 et 1990. Des taux marginaux d’imposition plus faibles - même quand le taux moyen d’imposition ne change pas - entraîneront par eux-mêmes plus de croissance économique. C’est clairement ce qui s’est produit pendant les années Reagan. Pendant cette période que Robert Bartley du Wall Street Journal qualifie de Sept années de vaches grasses le produit réel a augmenté de 3,94 % par an. L’emploi total aux USA a augmenté de presque 18 millions d’emplois de 1982 à 1989. Le taux de chômage est tombé de 9,7 % en 1982 à 5,3 % en 1989, et la Bourse (évaluée par le Dow Jones) a presque triplé, passant de 884 points en 1982 à 2.509 en 1989. La croissance pendant ces Sept années de Vaches grasses n’a été dépassée (en termes réels) que pendant le premier semestre 1960 (avec 4,08 %) et le deuxième semestre 1960 (avec 4,62%). Mais même ici il y a quelque ironie. Parce que ces périodes de très hauts taux de croissance de l’ère Kennedy ont été associées à des réductions d’impôts proportionnellement plus importantes que ce que l’on a vécu pendant les années Reagan de 1980. De plus, le déficit budgétaire sous Kennedy comme sous Reagan s’est énormément réduit sous l’effet d’une augmentation exponentielle des rentrées fiscales. Tout compte fait, l’ère Kennedy aurait dû prouver quelque chose aux économistes de Clinton. Mais visiblement ce n’a pas été le cas. Là où les réductions d’impôts de l’ère Reagan ont été les plus généreuses, ce fut pour les tranches supérieures d’imposition. Et c’est pourtant cette classe de contribuables qui a fourni le plus clair de la hausse des rentrées fiscales. De 1981 à 1988 la part dans tous les impôts de ce qu’auront payé les 1% des contribuables aux revenus les plus élevés a augmenté chaque année d’un minimum de 17,89 % à 27,58 %. Si cela n’est pas la preuve de l’impact décourageant de la courbe de Laffer, je m’appelle Bob Reich ! En 1989 le dernier budget de Reagan a été caractérisé par un déficit budgétaire global de 18,1 milliards de $. Cela a été le plus faible déficit de 1982 à nos jours. 1988 a été l’année du deuxième plus faible déficit, et 1987 du troisième. Une fois que les baisses fiscales de Reagan ont pris effet, le déficit budgétaire des Etats Unis a été mis sur une trajectoire descendante, seulement brisée par une résurgence due à l’accroissement des impôts par George Bush. Allez chercher ! Le Comité des conseillers économiques de Clinton serait un désert pour Diogène et sa lanterne. Faut-il augmenter les
impôts pour combler les déficits ? “La réduction du déficit est une tâche importante car les emprunts gouvernementaux destinés à financer les déficits budgétaires accroissent les taux d’intérêt et ont un effet d’éviction sur les investissements productifs qui sont nécessaires à l’accroissement de la productivité et à la croissance économique” (ibid.p.41) Un exemple particulièrement savoureux de raisonnement réputé brillant est fourni par cette réflexion du Comité de Clinton, qui avait pour but de légitimer les hausses d’impôts de Clinton en 1993. Le raisonnement est à peu près le suivant : une hausse des impôts a pour effets a) de réduire le déficit (désépargne gouvernementale) ce qui permettra b) de réduire les effets d’éviction et donc c) d’accroître l’épargne disponible pour la formation du capital privé, cela entraînant d) une chute des taux d’intérêt et donc e) une augmentation de la production d’investissements et de l’emploi. De telles contorsions pour démontrer qu’un accroissement des impôts sur la production entraîne réellement une hausse de cette production sont le pain quotidien d’une profession qui a perdu tout bon sens. C’est précisément ce que suggère la citation ci-dessus. Qu’on le tourne d’une façon ou d’une autre, si le gouvernement taxe les individus qui travaillent et paient ceux qui ne travaillent pas, il y aura moins d’individus au travail et plus d’individus sans travail. Taux d’intérêt réels “Le niveau élevé des taux d’intérêt réels qui a résulté de la profusion des déficits et de la rigueur monétaire au début des années 80 a été en grande partie responsable du détournement de la composition du produit au détriment de l’investissement fixe” (ibid. p.44) A la marge, la maximisation du profit fait que les agents privés emprunteront jusqu’à ce que le coût de l’emprunt soit juste égal au rendement espéré de l’investissement. De la même manière, les prêteurs accorderont des prêts tant que le rendement des prêts sera supérieur ou égal au rendement qu’ils attendent d’autres occasions d’investir. Des rendements réels élevés, qui correspondent à des taux d’intérêt réel élevés ne “détournent pas la composition du produit aux dépens de l’investissement fixe”. C’est tout à fait le contraire. Lorsque la production marginale du capital est élevée, et que les “instincts bestiaux” (animal spirit) décrits par Joan Robinson se réveillent (parce que les entrepreneurs sont optimistes), des taux d’intérêt réels sont offerts pour récompenser les épargnants qui veulent bien alimenter le réservoir des fonds prêtables. Des taux d’intérêt réels élevés constituent la condition sine qua non pour une bonne politique fiscale et une véritable croissance économique. C’est grâce à la baisse des impôts décidée par Reagan et à la saine politique monétaire menée par le FED que les années 80 ont connu un élan vers la croissance et vers des rendements élevés pour le capital. La nation a alors connu des taux d’intérêt réels élevés. Des taux élevés sont en général signes de bonne santé économique pour une nation. Epargne et Investissement “Les effets sur l’investissement d’un accroissement probable du déficit budgétaire auraient été moins marqués si l’épargne privée, au cours de cette période, avait augmenté de façon à compenser la baisse de l’épargne publique. Mais, au lieu de cela, la part de l’épargne des ménages et des entreprises dans le PIB a baissé dans les années 80, amplifiant les effets du déficit sur les taux d’intérêt et donc sur l’investissement” (ibid.p.44) Dans le domaine de l’épargne et de l’investissement, le Comité des Conseillers Economiques du Président Clinton est victime de la comptabilité keynésienne, doublée de la “parabolaffobia” (un terme inventé par Wanniski pour désigner une peur obsessionnelle de la courbe de Laffer). La vérité est que l’épargne fut extraordinairement élevée au cours des années 80 - le taux d’épargne pratiquement le plus élevé que notre nation ait connu. L’erreur commise par les Conseillers vient du fait qu’ils prennent la perspective keynésienne sur l’épargne à l’envers. John Maynard Keynes avait établi d’une façon très claire dans sa Théorie Générale que ce qui l’intéressait était la croissance de court terme, et non la croissance potentielle. Dans une perspective de court terme, la demande globale est déterminante tandis que l’investissement, dont la rentabilité n’entre pas en ligne de compte, n’est pris en compte que comme une composante de la demande globale. Pourtant les investissements mal orientés, même s’ils augmentent la demande globale, n’augmentent en rien le potentiel de croissance d’une nation. Ce qui importe pour la croissance, c’est la valeur productive du stock de capital existant, et non les sacrifices que la société a dû consentir pour constituer ce stock. Dans la perspective d’un accroissement de la production potentielle la mesure appropriée du stock de capital d’un pays est donnée par la valeur marchande de tous les actifs productifs. Le marché des actions donne une bonne idée de la valeur future du stock de capital d’une nation. Il n’y a aucune raison de penser que tout capital, quel que soit le moment, soit également productif. C’est faux. De même il n’y a aucune raison de supposer que tout le capital d’un pays est utilisé de la meilleure façon possible. Cela n’est presque jamais le cas. Le concept d’épargne approprié à une étude de la croissance potentielle n’est autre que l’accroissement net de richesses dans la société. Les conseillers économiques du Président voudraient à tort nous faire croire que la production d’une machine qui ne servira jamais constitue un “investissement” ou encore que trouver une utilité à une machine jusque là jugée obsolète n’est pas un investissement. Au cours des années 70, les ménages et les entreprises ont investi dans des refuges anti-impôts, anti-inflation, anti-réglementation et ont dilapidé le capital de notre nation. Dans les années 80 nous avons orienté le capital de la nation vers un usage productif, grâce aux réductions d’impôts et au contrôle de l’inflation. Le capital de notre pays a été orienté vers des initiatives productives. De ce fait, on a eu une hausse sans précédent de la valeur des actifs nationaux dans leur estimation par les marchés. En dépit de toutes les évidences qui vont en sens inverse, le Comité Economique du Président semble encore regretter que nous n’ayons pas doublé la masse des “mal investissements” Pendant la période 1983-1989
l’accroissement de la richesse fut énorme en Amérique. La richesse nette
de la famille américaine s’est élevée nettement. Des fonds de pension
qui assurent les revenus futurs des travailleurs américains ont augmenté
comme jamais auparavant, et la valeur moyenne des logements américains
a, elle aussi, fortement augmenté. Plus de 18 millions d’emplois nouveaux
ont été créés, l’amélioration des conditions économiques pour une famille
noire américaine a été en moyenne supérieure à celle qu’ont connue les
familles de blancs américains. Durant ces Sept années de vaches grasses
les taux d’activité et de salaires des femmes ont augmenté relativement
à ceux des hommes. Je ne comprends pas comment un économiste peut avoir
une attitude globalement critique à l’égard de cette période. 1]Arthur B. Laffer est diplômé en Sciences Economiques de l’université de Munich (Allemagne) et l’université de Yale où il obtint son « bachelor of arts » en 1963. Outre un MBA en 1965, il reçut son diplôme de doctorat en sciences économique de l’université de Stanford en 1972. Il est l’auteur de la fameuse « courbe » qui suggère que la hausse du taux d’imposition marginale peut entraîner une baisse des recettes fiscales : « trop d’impôts tue l’impôt ». |