LES QUARANTE ANS DE L'ALEPS : HISTORIQUE


L'ALEPS a fêté ses quarante ans le 12 décembre 2006. De nombreuses personalités sont venues célébrer l'évènement !

Texte rédigé à partir des recherches de

Georges Lane et Axel Arnoux.

 

Décembre 1966 – décembre 2006 : l’ALEPS, Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social, a été créée il y a quarante ans ; ses statuts ont été publiés au Journal Officiel du 10 décembre 1966.

C’est un industriel parisien, André ARNOUX qui en a pris l’initiative.

L’objet de l’association fixé dans ses statuts est triple :

- étudier l’ensemble des conditions qui permettent aux sociétés humaines de vivre dans la liberté et de progresser de manière continue au profit de tous,

- affirmer et diffuser dans l’opinion les principes et les idées d’un libéralisme actuel et d’avenir,

- créer et gérer des prix, bourses d’étude et de voyage, fondations et œuvres diverses, et plus généralement tout ce que le Conseil d’Administration décidera.

 

Les personnes qui vont s’associer à l’initiative d’André Arnoux sont des chefs d’entreprises comme Pierre de Calan, Henri Masbonson, André Aumonier, Albert Garand ; des publicistes et journalistes comme Claude Harmel, le seul de ces pères fondateurs encore en vie aujourd’hui, Michel Hamelet du Figaro ; et enfin des intellectuels, dont la plupart sont membres de la Société du Mont Pèlerin créée par leur ami commun Friedrich Hayek en 1947 : Daniel Villey, qui sera le premier président de l’ALEPS, Luc Bourcier de Carbon, qui lui succèdera, Jacques Rueff, Gaston Leduc, Jean Fourastié.

 

La première réalisation de l’ALEPS a été l’organisation et l’attribution du Grand Prix André Arnoux, le généreux donateur qui dote ce prix d’un montant annuel de 10.000 Francs. « Ce prix annuel est destiné à distinguer un ouvrage mettant en relief le rôle de la Liberté Economique, comme facteur de Progrès Social et de la promotion de l’Homme ».

Le premier lauréat en sera Jacques Rueff, et c’est Georges Villiers, président du CNPF, qui le lui remettra. Ensuite le Grand Prix André Arnoux sera décerné à Maurice Allais, Pierre de Calan, Jean Rey, et Bertrand de Jouvenel, qui reçoit le prix pour son ouvrage « Du pouvoir », mais au moment de la cérémonie affiche ses nouvelles convictions : il est devenu socialiste. Ce sera le dernier lauréat…

 

Dès 1968 l’ALEPS est amenée à élargir son action et à lancer un nouveau mode de diffusion des idées libérales : les Semaines de la Pensée Libérale sont créées en 1968, pour répondre aux Semaines de la Pensée Marxiste créées quelques mois plus tôt par Roger Garaudy.

De 1968 à 1975, sept semaines de la Pensée Libérale réuniront chaque année à la Maison de la Chimie entre deux et quatre cents personnes, sur des sujets de société débattus à l’époque, comme la planification, la participation, l’autogestion, le progrès social, l’inflation.

Les Nouveaux Economistes et la vague libérale mondiale

 

 

Un tournant majeur dans la vie de l’ALEPS sera en 1977 la création du Groupe des Nouveaux Economistes. Les principes de la « Nouvelle Economie » avaient été exposés dans deux livres collectifs, publiés presque simultanément : l’un à l’initiative de Pascal Salin, l’autre de Florin Aftalion et Jean Jacques Rosa, et aussi dans plusieurs ouvrages individuels comme ceux d’André Fourçans et Georges Gallais-Hamonno. C’est Jacques Garello, alors vice-président de l’ALEPS, qui donne au groupe son nom et son organisation. Sur une idée de Pascal Salin, la première Université d’Eté des Nouveaux Economistes est créée à Aix en Provence en 1977.

Avec les Nouveaux Economistes, l’ALEPS, tout en continuant à participer au débat politique, comme notamment aux côtés de Raymond Barre en 1978, va se donner une dimension plus académique et plus internationale.

 

Jean Philippe Delson, Alain Mathieu et Claude Harmel

 

 

C’est ainsi qu’en 1980 l’ALEPS accueille en l’espace de quelques mois Friedrich Hayek, prix Nobel d’Economie en 1974, et Milton Friedman, couronné en 1976. Les liens avec la Société du Mont Pèlerin, dont Fred Aftalion est vice-président, se resserrent. Antony Fisher, fondateur de l’Institute of Economic Affairs à Londres et de Atlas Foundation aux Etats-Unis, rend visite à l’ALEPS.

 

La nouvelle dimension internationale de l’ALEPS s’exprime aussi à travers l’Université d’Eté, dont la première, en 1978, ne réunit que quelque quatre vingt personnes, dans une toute petite salle de la Faculté d’Economie Appliquée à Aix en Provence.

 

En 1981, comme on le sait, la France passe de l’ombre à la lumière. L’ALEPS aussi. Son importance politique va devenir considérable, parce que les partis et les politiciens de droite ont été désarçonnés par l’écrasement électoral. Le socialisme triomphant de Mitterrand, Mauroy et Delors ne trouve en face de lui dans l’opinion publique que la résistance de l’ALEPS et des Nouveaux Economistes, qui rendent l’espoir d’une alternance libérale. Les leaders politiques viennent trouver à l’ALEPS les arguments et le soutien dont ils ont besoin pour émerger. Jacques Chirac conclut son intervention : « Le libéralisme est l’espoir de cette fin de siècle», à comparer avec un plus récent « Le libéralisme serait plus dangereux que le communisme ».

La cote du libéralisme ne cessera de monter jusqu’en 1986. Elle devient la doctrine d’une nouvelle génération d’homme politiques, illustrée notamment par les jeunes de la « bande à Léo », au sein de laquelle se remarque déjà le talent d’Alain Madelin, dont la présence à l’ALEPS remonte à 1971 !

 

Pascal Salin, Claude Harmel, Alain Madelin, Hervé Novelli et Fred Aftalion

Les occasions manquées

 

En novembre1985, la Croisière des Libertés laisse penser que la France va chasser les socialistes pour s’aligner sur les réformes introduites par les deux grands leaders libéraux du moment : Margaret Thatcher, au pouvoir en 1978 et Ronald Reagan en 1980. Dans la perspective des élections de 1986 Jacques Garello écrit « A nos dirigeants », une lettre ouverte préfacée par Louis Pauwels. Les erreurs commises après la victoire de 1986 où la cohabitation est préférée au libéralisme inspirent à l’ALEPS un « Programme pour un Président » en 1988 où les vraies réformes à réaliser sont détaillées. Elles resteront dans les cartons puisque François Mitterrand est réélu. En dépit d’un « Programme pour un Parlement » toujours proposé par l’ALEPS en 1993, le nouveau gouvernement Balladur ne lance pas les réformes libérales attendues, et ce sera désormais la traversée du désert du libéralisme.

 

Après l’échec, l’ALEPS repart en campagne. Devant l’impuissance et l’inconscience de la société politique, la société civile se réorganise, et l’ALEPS s’associe à sa reconstruction, notamment en étant le partenaire privilégié d’Idées Action.

En 1998 Alain Madelin dissout Idées Action pour créer Démocratie Libérale. L’ALEPS ne veut pas se fondre dans un parti hétéroclite en dépit des convictions libérales de son président. Mais l’ALEPS cultive à nouveau l’espoir d’une victoire libérale en 2002, et dès 2000 crée un site internet « libres.org » qui est le premier et le plus important portail libéral à cette époque.

En 2002, à l’unanimité de ses administrateurs moins une voix, le Conseil de l’ALEPS décide de soutenir la campagne d’Alain Madelin, ne serait-ce que pour démontrer le poids de l’électorat libéral. Hélas cet électorat se disperse et c’est le grand retour au silence politique libéral.

L’ALEPS aujourd’hui

 

Pourtant, après quarante ans, l’ALEPS est toujours là, et son activité est toujours aussi grande, même si l’expression politique du libéralisme a été effacée pour un temps.

Aujourd’hui l’ALEPS communique,

L’ALEPS anime la pensée libérale française,

L’ALEPS affirme sa dimension internationale.

Enfin l’ALEPS est présente dans le débat politique.

 

L’ALEPS communique d’abord avec la Nouvelle Lettre et publie aujourd’hui la 900ème.
Elle a trente cinq ans d’âge, elle est hebdomadaire. Elle est tirée à 1.200 exemplaires, il faudrait 600 exemplaires de plus pour la rentabiliser

L’ALEPS communique avec le Bulletin trimestriel Liberté Economique et Progrès Social.

Le Site libres.org est déjà un slogan : Lib-Res : Liberté Responsabilité. Il reçoit en moyenne 2.600 visiteurs par jour. Il y a une mise en ligne quotidienne, reprenant la Nouvelle Lettre, proposant des commentaires d’actualité, une revue des livres, un dictionnaire économique, plus de deux cents dossiers et les archives des Universités d’Eté

Alain Madelin, Hervé Novelli et Fred Aftalion

Le Grand Prix du Livre Libéral est un stimulant pour la pensée libérale française. Il a été lancé en 1997. Le jury présidé par Pascal Salin fait chaque année un constat rassurant : les intellectuels libéraux proposent des œuvres de grande qualité, et en grand nombre, le jury a  l’embarras du choix. Il a couronné Philippe Manière en 1998, Patrick Simon en 1999, Jean François Revel en 2000 etc.

 

L’ALEPS ne cesse de réunir les meilleurs experts européens et mondiaux dans le cadre de colloques, deux ou trois fois par an. Parmi quelques sujets retenus au cours des années récentes : révolte fiscale et révolution libérale, le chômage un scandale public (avec la participation de Gary Becker, Arthur Laffer, Bill Niskanen), l’avenir des retraites (avec Gary Becker à nouveau, José Pineira, Ed Crane), l’Europe des Européens ou, l’an dernier, la flat tax.

Des idées percutantes ont été lancées ou vulgarisées par l’ALEPS : privatisation de la monnaie, salaire complet, impôt sur la dépense, privatisation des biens environnementaux, bons scolaires, carnets de santé, passage à la capitalisation, contrat libre emploi, etc.

 

L’ALEPS a aussi contribué à faire connaître les grands classiques de la pensée libérale, inconnus des Français parce qu’ils avaient été publiés en anglais, ou parce qu’ils avaient simplement été effacés de la mémoire collective.

 

Dans ce travail de transcription des grands classiques, hommage soit rendu à Raoul Audouin, le traducteur et l’ami de Mises, Hayek, Novak, Kirzner. Animateur du Centre Libéral Spiritualiste Français, il a été présent au 35 avenue Mac Mahon pendant vingt cinq ans, et il a rappelé sans cesse la dimension éthique du libéralisme, et sa convergence naturelle avec la doctrine sociale de l’Eglise catholique. Il suivait en cela les traces du fondateur de ce Centre, Pierre Lhoste-Lachaume, libéral et croyant (titre du bulletin trimestriel publié par Raoul Audouin, repris aujourd’hui par Jacqueline Ballestier, Arnaud Pelissier Tanon et Pierre Garello).

 

Vient enfin, et non le moindre, l’Université d’Eté, une rencontre mondiale avec les économistes, les juristes, les philosophes du monde entier. Gary Becker, Ronald Coase, prix Nobel, Victoria Curzon Price, présidente de la Mont Pèlerin Society, Vaclav Klaus, président de la République tchèque et tant d’autres.

Tant d’autres parmi lesquels Leonard Liggio, le véritable trait d’union entre libéraux européens et américains, professeur à l’Université George Mason (Virginie), vice-président d’Atlas Foundation.

L’Université d’Eté a maintenant atteint sa matûrité : entre quatre et cinq cents participants chaque année, beaucoup de jeunes européens venus du centre et de l’Est de l’Europe, beaucoup d’Américains. L’ALEPS peut être fière de cette réalisation majeure.

L’année prochaine, ce sera la XXXème Université d’Eté. Elle prolonge une liste très évocatrice, avec quelques points forts : Le marché peut-il tout régler ? Stratégie pour une réduction de l’Etat, Ecologie de marché. Liberté des actes, dignité des personnes. Sécurité sociale et justice sociale. Elargissement de l’Europe et esprit d’entreprise. Education famille Etat. Droits de propriété. Economie et Ethique 1999 : Hayek, 2001 : Bastiat, 2005 : Tocqueville.

Les actes des Universités d’Eté sont publiés, certains ont donné l’occasion de l’édition d’un ouvrage : Aimez-vous Bastiat ? en 2001, Le réveil de la Société civile en 2005.

 

Michel Deponcins, Jacques Garello

Le secret de la longévité

 

L’ALEPS est ainsi présente dans le débat public depuis quarante ans.

Trente ans d’Université d’Eté, vingt cinq ans de Nouvelle Lettre, sept ans d’Internet : ce qui explique la longévité de l’ALEPS c’est son indépendance par rapport à toute formation politique, c’est son désir de s’inscrire au cœur de la société civile, c’est son souci d’agir avec des partenaires privilégiés allant dans le même sens, travaillant à la libération des Français, c’est sa détermination de ne pas céder à la pensée unique, au politiquement correct, au terrorisme intellectuel.

Après quarante ans, l’ALEPS garde le cap. Merci à tous ceux qui ont permis d’assurer la permanence du libéralisme pendant les heures difficiles. Merci à ceux qui gardent l’espoir de la victoire du libéralisme en France. N’oubliez pas cette maxime, due à un grand libéral du siècle dernier : « Le problème majeur du libéralisme en France est de n’avoir jamais été vraiment mis en œuvre. A nous de prouver que le libéralisme ça marche aussi en France ! » (Jacques Chirac, 1985).

 

L'ALEPS ne fêtera pas son cinquantième anniversaire

 

C’est la curieuse conclusion de Jacques GARELLO à l’issue de la fête de famille qui a permis de souffler les quarante bougies de la jeune dame. Pourquoi cette prospective ? Simplement parce que le Président de l’ALEPS (depuis janvier 1981) est persuadé qu’avant dix ans les idées de la liberté seront tellement répandues et acceptées en France que l’ALEPS ne sera plus utile.

Cet optimisme délirant avait été, il est vrai, précédé par le discours de Jean Michel FOURGOUS, député et fondateur du groupe parlementaire « Génération Entreprise » qu’il dirige avec Olivier DASSAULT. Or ce libéral en politique et en économie avait affirmé sa certitude que la France allait se mettre à l’heure du libéralisme, tôt ou tard. « Il y a actuellement plus de 150 députés à l’Assemblée Nationale qui professent des idées et proposent des solutions libérales. Cette force de frappe finira bien par venir à bout des corporations, des énarques et des bureaucrates ». Jean Michel FOURGOUS est persuadé que peu à peu va émerger une nouvelle classe politique capable de conjuguer ses efforts avec ceux de la société civile pour libérer les Français des pesanteurs de l’Etat et des injustices croissantes.