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Le chômage est un scandale doublement public. D’une part, il n’a pour origines que des initiatives publiques : politiques budgétaires, monétaires, droit social. D’autre part, il est scandaleux d’avoir tant de chômeurs alors que la science économique donne une réponse claire au défi du chômage . « On a tout essayé contre le chô-mage » disent les gouvernants. Tout, sauf ce qui marche… En 1996 déjà un colloque tenu à Paris par des économistes de renom mondial rappelait cette évidence.

109 pages, gratuit

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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Martin Heidegger (1889 - 1976) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 09 Mars 2012 01:00

Reconstruire la philosophie

C’est un rêve propre à la plupart des philosophes. Il est poussé à son extrême par Nietzsche, qui veut libérer la philosophie de toute attache métaphysique ou religieuse : « Dieu est mort ». Il avait hanté l’esprit de Descartes, qui cherchait dans la raison le fil rouge de la compréhension de l’être humain et de Dieu.

Il était présent dans l’œuvre d’Husserl, précisément le maître de Heidegger, auquel il succèdera comme recteur de l’Académie de Fribourg. Doué d’une culture philosophique hors du commun, Heidegger perçoit ce qui a égaré la philosophie de Platon à Nietzsche : c’est d’avoir voulu situer la compréhension de l’être humain en dehors de lui-même, alors que l’être est dans l’être.

« Deviens ce que tu es »

Au risque de choquer les puristes, cette formule de Saint Jean de la Croix peut résumer la pensée au cœur de l’œuvre de Heidegger. Il y a l’homme que je suis (étant) et l’homme que je porte en moi (être). Les deux ne font qu’un, car c’est à travers mon existence (étant) que je peux devenir moi-même (être). Tout va dépendre de la façon dont je vais mener mon existence. « Il y va, dans l’existence, de cette existence même ». Manquer sa vie, c’est se manquer. Toute existence est personnalisante, et cela se retrouve dans les états affectifs : se réjouir, s’effrayer, s’attrister.

Heidegger rompt ainsi avec la dualité de l’existence et de l’essence : l’homme ne se comprend pas à travers quelque chose ou quelque esprit qui lui est extérieur, il ne répond pas à un appel. Il se comprend en existant.

Le défi d’être dans le monde

Ce n’est pas facile d’exister. Car exister signifie être dans le monde. Le monde est une réserve d’outils, d’instruments qui devraient nous permettre d’être. Encore faut-il savoir utiliser efficacement ces instruments, comprendre les possibilités qu’ils nous donnent, le sens qu’ils peuvent donner à notre existence.

Contrairement aux historicistes, Heidegger ne croit pas que l’être humain soit conditionné, ni même impressionné par son environnement social, économique ou politique. Il n’a aucun intérêt pour la philosophie politique, et – comme on le sait – il a eu à payer très lourd un engagement politique, fût-il très bref, aux côtés du parti nazi en 1933. Heidegger s’intéresse à l’homme, et seulement à l’homme.

La chute et l’angoisse

Mener une existence, être dans le monde, de façon à être n’est donc pas si facile. Cela explique pourquoi nombreux sont ceux qui renoncent : c’est « la chute », c’est le renoncement, et l’abandon aux apparences, l’absorption par le monde : faute de faire de son existence une compréhension authentique de soi-même, celui qui a déchu devient « ce qu'il faut, il se comprend à partir de sa profession, de son rôle social ». Son conformisme, son immersion dans le monde l’empêche de se comprendre. Il a démissionné (déliction).

Pourtant Heidegger estime qu’il existe un système d’alarme qui peut ramener l’homme vers lui-même : c’est l’angoisse, l’angoisse que donne ce vide de soi-même. Car « le dynamisme même de l’existence c’est ce pouvoir même sur soi » (Levinas). L’angoisse crée le souci, l’état affectif qui permet de retourner sur soi-même et de retrouver et comprendre ses possibilités. Ce retournement fait partie de l’existence. C’est « l’âme » d’Aristote, l’animation de la vie.

Heidegger maître de la philosophie contemporaine

Heidegger a vécu un drame personnel quand il a été jugé pour ses opinions politiques. Après plusieurs témoignages, dont celui de son élève et amie Hannah Arendt, il a été innocenté et a repris ses enseignements. D’ailleurs, la plupart des philosophes ne s’en sont pas réclamés de son vivant : des existentialistes comme Sartre, Merleau Ponty, des structuralistes comme Lacan, Foucault, Althusser, des phénoménologues comme Levinas, etc. Le paradoxe est qu’Heidegger, dans son désir de reconstruire la philosophie, inspire aussi la philosophie « post-moderne » de Derrida et autres, qui « déconstruisent » la pensée de l’Occident.

 

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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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