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Au moment où la France senfonce jour après jour dans la centralisation colbertiste, y compris en matière déducation, Tony BLAIR nous montre sinon la voie, du moins une voie possible : on peut changer en profondeur léducation « nationale ». Dès 1997, le premier ministre martelait : « éducation, éducation, éducation : telles sont les trois priorités ». Huit ans plus tard, Tony BLAIR propose une réforme en profondeur des collèges anglais. Celle-ci vient dêtre présentée dans un livre blanc aux Communes par le ministre de léducation Ruth KELLY. Les trois mots clefs de la réforme sont « indépendance, choix, diversité ». Chez nous, cest centralisation, monopole, uniformité. Tout le contraire. Le centre du projet, cest la possibilité (non pas lobligation) offerte à tous les collèges de devenir indépendants, en adoptant le statut de fondation. Le Monde, qui rapporte cette information, précise que ce label « leur donnera une plus grande liberté en matière de gestion, de recrutement des enseignants, de sélection des élèves ou de choix des programmes ». De quoi faire rêver chez nous. Qui va gérer ces fondations ? Soit des entreprises, soit des associations caritatives, soit des institutions religieuses, soit des universités, soit des groupes de parents délèves, soit même des individus. Déjà le ministre a indiqué que lEglise anglicane et lentreprise Microsoft avaient fait acte de candidature. Et ces nouveaux gestionnaires seront incités (ce ne sera pas obligatoire) à investir leur propre argent dans les écoles, en plus de largent public. Autre aspect intéressant de la réforme : les parents auront beaucoup plus de pouvoirs. « Leurs associations pourront ouvrir de nouvelles écoles, ou demander la fermeture de celles qui ne sont pas à la hauteur. Ces établissements disposeront dun an pour se bonifier. ». La grande idée du projet, cest que la réussite de certaines écoles va stimuler les autres : leur exemple devrait être suivi par tous. Cest ce que lon appelle les vertus de la concurrence. Le projet doit être soumis au Parlement début 2006. Il suscite un certain nombre de réactions négatives, comme on limagine. Celles-ci viennent dune part de la gauche du parti travailliste, de lautre des syndicats denseignants, ce qui nous semble très bon signe et nous rend le projet encore plus sympathique. Parmi les objections avancées, on prétend que la réforme pourrait profiter aux enfants de familles aisées, qui auront les moyens de trier parmi les collèges. Tony BLAIR répond en instaurant un système de transport gratuit par bus permettant aux plus défavorisés de fréquenter les meilleurs collèges jusquà 10 kilomètres de leur domicile. Bien sur les meilleures écoles seront prises dassaut, mais dune part les autres devront sadapter ou périr, dautre part chacune sera incitée à prendre des élèves de tous niveaux. Bien entendu, comme le souligne Le Monde, tout nest pas réglé. Les parents, souvent peu actifs, vont-ils simpliquer ? A nos yeux oui, car sils sont inactifs, cest quon les a jusque là privés de tout pouvoir. Certains y voient un prélude à une privatisation de lenseignement public. Et pourquoi pas, est-ce un crime ou une absurdité ? Mais le but est clairement posé : « Favoriser laccès du plus grand nombre à un enseignement de qualité, notamment dans les quartiers les plus pauvres des grandes villes ». « M. BLAIR fait le pari que davantage de choix et de diversité contribuera à tirer lensemble des écoles vers le haut, au profit dun nombre accru denfants défavorisés ». Nous ne prétendons pas que la proposition de Tony BLAIR soit le modèle à suivre. Bien dautres modalités techniques auraient pu être envisagées. Et les collèges, en dépit des craintes de lextrême gauche, continueront à être publics, au moins dans un premier temps. On peut trouver la réforme timide. Mais nous trouvons un grand mérite à ce projet : il est clair, précis, et repose sur lindépendance, la liberté de choix, la diversité, la concurrence. Cest déjà énorme. Mais nous, en France, nous préférons le service public unifié et laïque de léducation nationale. Confier nos collèges à des fondations qui pourraient être gérées par des institutions religieuses ou des particuliers, quelle atteinte scandaleuse à la laïcité et au service public ! Il vaut mieux confier nos enfants aux bons soins des syndicats. Décidément, ils sont vraiment fous, ces Anglais
Le 16 Novembre
2005
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