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LE DEFI DE LA DEMOCRATIE |
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Philippe Nemo : De la « Démocratie
en Amérique » au « socialisme en France » Tocqueville
a montré les dangers de la démocratie. Mais je crois qu’il a confondu,
sous ce concept de démocratie, deux choses totalement différentes qui
sont le libéralisme et le socialisme. Et je crois que le problème qu’il
a anticipé, celui de l’Etat oppressif, dans
les derniers chapitres de la seconde « Démocratie en Amérique »
vise moins les sociétés libérales comme les Etats-Unis d’aujourd’hui
que le socialisme. Mon propos n’est pas d’examiner cet aspect de la
pensée de Tocqueville, mais simplement de dire qu’il est temps aujourd’hui
d’écrire un livre qui s’appellerait non pas « De la Démocratie
en Amérique » mais « Du socialisme en France ». Je vais
vous donner le programme de ce livre en vingt minutes. Erreur
philosophique ou ressentiment social Je crois que les socialistes ont une philosophie
morale et politique objectivement fausse. C’est une erreur intellectuelle
comme l’a très bien montré Hayek. De ce fait, leurs grilles d’analyse
intellectuelle ne leur permettent pas de comprendre en profondeur la
vie sociale et les logiques qui y sont à l’œuvre. Par ailleurs, ils
ont nié dans toutes leurs œuvres doctrinales et dans tous leurs discours
publics les valeurs et les vertus qui peuvent conduirent la nature humaine
à son accomplissement, qu’il soit individuel ou collective. Pour cette
raison, le réel échappe à leur pensée comme à leur action. Mais d’autre
part, ils sont animés de ressentiment social. Je
crois que ce déficit d’analyse intellectuelle d’une part et cette passion
d’autre part permettent de retrouver le fil directeur d’à peu près toutes
leurs politiques. Ils ne savent pas produire des richesses
parce qu’ils ne comprennent pas les vertus du travail, l’esprit entrepreneurial,
le rôle social de la propriété privée, la logique auto organisatrice
(la cybernétique) du marché. Par ailleurs ils sont désolés qu’il y ait
des pauvres et détestent ou jalousent les riches. Donc, leur grande
recette est de mélanger les richesses. Ils vont le faire par le biais
du vol fiscal, par la redistribution (présentée sous le beau nom de
solidarité mais dont les principaux bénéficiaires ne sont nullement
les pauvres, mais la fonction publique qui est leur seul électorat).
Ils ne
savent pas produire de bons élèves
puisqu’ils ont dévalorisé dans l’école, dont ils sont les maîtres en
France depuis des décennies, l’effort, la discipline, la concentration,
la sanction chez les élèves et le savoir, la rigueur, le dévouement
chez les maîtres et de façon générale, l’intelligence, l’émulation,
le désir de l’excellence. Par ailleurs, ils détestent et jalousent les
bons élèves et aussi les bons maîtres. Leur
grande recette est de mélanger les bons et les mauvais élèves d’où la
carte scolaire, le collège et le lycée uniques, les prétendues classes
hétérogènes, l’alignement des programmes vers le bas. Ils ne savent pas produire de l’art parce qu’ils ne croient ni au génie ni au chef d’œuvre,
comme ils ne croient pas non plus aux héros, aux prophètes, aux saints,
et en général aux hommes remarquables. Leur grande recette est de mélanger
artistes et non artistes et de prétendre que tous sont artistes. Les
tageurs, les rappeurs aussi bien que Mozart ou Beethoven,
les spectateurs aussi bien que les acteurs (on a vu au récent festival
d’Avignon le public invité à jouer la pièce à la place des « artistes »).
Ils ne
savent pas produire de sécurité
car ils ne croient pas à la responsabilité personnelle des délinquants,
qu’ils pensent être victimes d’un ordre social injuste. Ils ne croient
pas à la loi qu’ils pensent être un instrument au service de la classe
dominante. Par conséquent, ils ne peuvent pas croire au caractère dissuasif
de la sanction pénale. A ce titre, ils ne veulent pas employer la force
pour faire respecter le droit. La notion même d’ordre public est à leurs
yeux une notion fasciste. Leur politique consiste à imposer la mixité
sociale, c'est-à-dire à mélanger délinquants et non délinquants afin
de traiter les problèmes. Cependant,
ce n’est pas en « dissolvant » la délinquance qu’on y porte
remède. En faisant prévaloir le dogme de la mixité sociale, ils étendent
la délinquance et répandent le poison de la défiance sociale, du repli
sur soi et de la peur. Il est vrai que leur passion se satisfait d’avoir
gâché la vie de quartiers réputés bourgeois. Ils ne
savent pas produire le bonheur de la vie privée parce qu’ils ont détruit la famille. Ils ont même
un obstacle épistémologique qui les empêche de comprendre le rôle de
la famille. S’ils exècrent la famille, c’est parce qu’ils veulent une
seule grande famille sociale. Ils
ont encouragé tout ce qui pouvait détruire la famille sur le plan juridique
(ils ont facilité le divorce) et ne veulent plus hétérosexuels et homosexuels,
hommes et femmes, époux et épouses, pères et mères, parents et enfants,
petits garçons et petites filles, car ces rôles sont trop différenciés.
Ils ne veulent plus que des pairs, dressés les uns contre les autres
et accrochés à leurs droits : droit de l’enfant, des femmes, mais
nous savons que tout cela est bien illusoire car tous ces pairs deviennent
esclaves de l’Etat Providence. Ils ne
savent pas produire la civilisation.
Ce n’est pas étonnant car pour accomplir cet improbable miracle de civilisation,
il faut infiniment de science, d’art, de génie, en un mot il faut de
l’esprit, notion qui n’a pas sa place dans leur philosophie matérialiste.
D’ailleurs, ils n’ont jamais eu l’ambition de créer une civilisation.
Depuis les cyniques grecs, ils ne font que tourner en dérision tout
ce qui est civilisé. Donc n’ayant pas de civilisation à défendre et
à proposer et excluant par ailleurs l’idée d’une concurrence de civilisation
où chacune chercherait à emprunter le meilleur des autres et où toutes
auraient ainsi une chance de progresser, dynamique qu’ils croient porteuse
de guerre – ils ont quasiment traité de nazi le malheureux Samuel Huntington
auteur du très pacifique et très objectif ouvrage « Le choc des
civilisations ». Leur grande recette est plutôt de prôner le mélange
des cultures sous les noms pseudo-savants
de métissage culturel et de multi-culturalisme.
Mais pas plus que la science ne progresse par le mélange des théories
vraies et fausses, une civilisation ne peut vivre avec des valeurs et
des institutions qui procéderaient d’un mélange des organisateurs et
d’une réduction au dénominateur commun. Une civilisation peut progresser,
peut changer en adoptant ce qui a été trouvé par une autre civilisation.
Cela signifie qu’elle reconnaît la valeur de ce qui a été trouvé, qu’elle
l’adopte, mais il n’y a pas de réduction au dénominateur commun. Si
l’on met toutes les civilisations ensemble, que l’on secoue, que reste
t-il ? Rien. Il reste un mélange désorganisé qui produit partout
où ces formules sont en cours un immense échec, une désespérance sociale
(du fait du manque de repères). En
un mot, la philosophie socialiste ne produit que de l’échec et du malheur
parce qu’elle produit du désordre. Il est vrai qu’elle a une pensée
de l’ordre : le rationalisme constructiviste dont a parlé Hayek.
Mais dans une société complexe, l’ordre artificiel est toujours pris
en défaut et cette erreur épistémologique de base est multipliée ensuite
par la passion du ressentiment qui de toute façon veut détruire. Donc
fondamentalement, toutes les politiques socialistes aboutissent au désordre
quant bien même elles ne voudraient pas le désordre. La France
empoisonnée Le problème est qu’elles dominent l’esprit public
en France depuis des lustres. Monsieur Mitterrand, à titre de cadeau
posthume, a fait entrer en masse au parti socialiste les trotskystes
et autres syndicalistes des mouvements de 68 et il a fait en sorte que,
à terme, ils occupent toutes les places dans l’estabishment
français : politique, culturel, éducatif. Cette philosophie a empoisonnée
les mentalités d’une bonne partie de la droite pour ne pas dire de toute
la droite. Or ce sont ces gens là qui, porteurs de cette philosophie,
ont été acteurs des politiques que je vous aie citées plus tôt. Je suis persuadé que le recul actuel de notre pays
n’a pas d’autre cause. Vous direz qu’il y a des causes économiques,
sociologiques, peut-être géopolitiques au recul de la France aujourd’hui,
mais je crois que la cause de ces causes est la philosophie socialiste
qui inspire de l’intérieur toujours la même vision des choses, qui exclut
toujours le même type de solution et qui finalement donne une cohérence
à toutes ces initiatives apparemment incohérentes. Et ceci est une bonne
leçon d’ailleurs pour tous les gens qui pensent que la philosophie n’a
aucune importance, car elle est en réalité très importante puisqu’elle
fournit une grille d’interprétation et par conséquent des schémas d’action.
Donc si renouveau il doit y avoir dans notre pays, ce sera je crois
par le retour à de meilleures philosophies, plus vraies, plus conformes
à la nature humaine et qui rendront mieux justices aux formes appelées
par la nature et construites par l’histoire.
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