LES EXIGENCES DE LA SOCIETE CIVILE : ENGAGEMENT PERSONNEL ET ESPRIT DE SERVICE

Pour clôturer les retranscriptions de la XXVIII° Université d’Eté de la Nouvelle Economie qui se tenait à Aix en Provence du 28 au 31 Août 2005, nous vous présentons cette semaine le texte de Jacques Garello. Fondateur de l’Université d’Eté, Professeur Emérite à l’Université Paul Cézanne d’Aix Marseille III, et Président de l’ALEPS, Jacques Garello clôturait quatre journées de débats très riches consacrées à « Tocqueville, la société civile et la démocratie » avec une intervention dans laquelle il plaidait pour « Le retour de la société civile ».

 

Jacques Garello : LE REVEIL, POUR QUELLE HEURE ?

 

« La question est de savoir combien de temps il faudra à la raison pour avoir raison ».
Cette phrase de Frédéric Bastiat, toujours aussi lucide et aussi brillant dans ses maximes, beaucoup de gens raisonnables se la posent aujourd’hui en France.

Les hasards du calendrier français se combinent mal avec les impératifs du contexte international. Ce contexte est celui d’une marche accélérée vers le retrait de l’Etat et la privatisation de nombreux pans de l’activité économique et sociale. Les Allemands ne semblent plus décidés à suivre les Français dans la voie d’une social-démocratie qui a fait les preuves de sa médiocrité et de son inadaptation à la mondialisation. L’exception française risque d’être de plus en plus exceptionnelle. Pendant que les autres accélèrent le pas, nous traînons les pieds.

Car les réformes françaises tardent à venir.

Sans doute entend-on aujourd’hui, notamment depuis le rejet du referendum, quelque nouvelle musique. « Réviser le modèle social français » : on n’osait pas le dire il y a quelques mois. « Remettre les Français au travail » : un tel propos aurait été naguère provocation ultralibérale. Dénoncer les malversations des leaders de la CGT au Comité d’entreprise d’EDF : la Cour des Comptes viole le secrètement et politiquement correct.

Mais que deviennent les paroles quand il faut passer aux actes ? En 1986, en 1988, en 1993, en 1995, les programmes des partis qui affrontaient les socialistes avaient un caractère révolutionnaire : on croyait lire du Reagan voire du Thatcher. Rien n’a résisté à l’épreuve du pouvoir, à la pression des syndicats, à l’inertie de l’administration, au poids de la législation.

Il en est ainsi à cause du jeu normal de la démocratie, et les précédentes retranscriptions vous ont sans doute persuadés que les pièges de la démocratie sont redoutables : comment ne pas verser dans la passivité des citoyens, dans la pauvreté intellectuelle, dans la tyrannie de la majorité ?

Mais en France, la démocratie souffre de deux handicaps supplémentaires, liés d’ailleurs.

D’une part peu de pays au monde (en dehors des dictatures) sont aussi politisés que le nôtre L’hypertrophie de la société politique est très ancienne, Tocqueville la dénonçait déjà au début du XIX° siècle. Les choses n’ont cessé de s’aggraver au siècle dernier, et notamment depuis 1945, avec l’alliance ou l’alternance d’une droite étatiste et d’une gauche totalitaire. La société politique elle-même s’est érigée en caste de plus en plus fermée, totalement coupée des réalités nationales et internationales.

D’autre part la société civile a fait jusqu’ici la preuve de sa résignation complète. Peu de voix se sont élevées pour dénoncer les dérives de la démocratie, et leur écho a de toutes façons été étouffé par le tintamarre médiatique et le terrorisme de la pensée unique. En est-on réellement arrivés au degré de « servitude consentie » qu’évoquait jadis La Boëtie ?  

Je ne peux pas le croire, je ne veux pas y croire. Je vois des milliers de jeunes qui voyagent à l’étranger, qui savent ouvrir les yeux sur notre environnement. Je vois des entrepreneurs dont l’avenir est obéré par ces gouvernants qui les privent de compétitivité. Je vois des parents inquiets pour la baisse du niveau de l’éducation et pour la montée de la violence. Je vois des retraités réduits à la portion congrue. Je vois des milliers de gens simples et honnêtes scandalisés par l’étalage de l’immoralité et les scandales politico-financiers.

Certains distraient ces craintes et ces révoltes en les orientant vers le procès de l’immigration, vers le rejet de l’étranger, le refus de la différence et de la concurrence. Le vrai mal n’est pas là, il est plus profond. Il est dans la paralysie des consciences, dans la fuite devant les responsabilités, il est dans le sommeil prolongé de la société civile.

A quelle heure va-t-on régler son réveil ? Il est déjà bien tard.

Mais il y a encore un léger sursis, le temps d’une campagne électorale où la société civile peut s’organiser et presser la société politique de se soumettre ou de se démettre.

Va-t-on se battre contre des moulins ? Certainement pas. Nous pouvons compter sur le contexte européen et mondial qui nous semble menaçant, mais qui nous montre la voie. Nous pouvons compter sur la peur de l’abstention ou des votes rejets qui commence à habiter les candidats et les forces à écouter et à aller plus loin dans la réforme. Nous pouvons compter sur nous-mêmes, sur l’art que nous aurons de nous associer et d’agir ensemble. 

« Aide-toi le ciel t’aidera » : n’est-ce pas au fond la vraie philosophie de la société civile ?

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Nous vous rappelons que vous pouvez retrouver les temps forts de cette 28° édition de
l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie 2005
en vous procurant la synthèse des interventions (12€ + 4€ de frais de port).

« Le retour de la société civile, pour une démocratie de responsables »

auprès de l’ALEPS ou de
La librairie de l’Université d’Aix en Provence
12 rue Nazareth
13100 Aix en Provence

 

 

Le 8 Mars 2006  

 

 

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