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L’analyse Tocquevillienne
du fédéralisme Dans l’introduction
de son ouvrage « De la démocratie en Amérique »,
Tocqueville écrit : « Il faut une science politique nouvelle
à un monde tout nouveau ». C’est aux Etats-Unis que Tocqueville
va trouver la manifestation essentielle de cette science politique
nouvelle : le fédéralisme, émanation de la Constitution de 1787.
Dans le premier volume de « La démocratie», un chapitre entier,
ainsi qu’une partie d’un autre chapitre, sont consacrés à l’étude
des « nouvelles » institutions américaines issues de la
Constitution de 1787. Cette vision
est d’ailleurs si moderne que l’emploi des mots fédéralisme et confédéralisme
n’est pas toujours très approprié. L’absence de vue précise sur le
sujet génère d’ailleurs quelques confusions.
Qu’est ce que
le fédéralisme selon Tocqueville ? Il s’agit selon lui du fractionnement
de la souveraineté entre le gouvernement fédéral et les gouvernements
des Etats. Cette nouveauté de 1787 - préalablement il n’existait que
des confédérations, c'est-à-dire des ligues, des regroupements d’Etats – a vu le jour sans qu’il y ait eu création de nouveau
système de gouvernement. Cela est indéniablement compris par Tocqueville.
Tocqueville
comprend également parfaitement le lien qui existe entre fédéralisme
et subsidiarité. Même s’il n’utilise pas ce terme, apparu quelques
dizaines d’années plus tard, il distingue très clairement différents
échelons de gouvernement ou d’administration et comprend que l’échelon
dit supérieur ne doit intervenir qu’après l’échelon dit inférieur.
Tocqueville
n’en est pas moins un admirateur critique du fédéralisme américain.
Que critique t-il dans ces nouvelles institutions ? Deux choses.
La première, la rééligibilité indéfinie du Président des Etats-Unis.
Tocqueville considérait cela comme très dangereux parce qu’elle pouvait
mener à une monarchisation des institutions
américaines. La seconde critique
porte sur le fractionnement de la souveraineté aux Etats-Unis. Le
fédéralisme américain résultant d’un fractionnement de la souveraineté,
il déplore que la véritable puissance du système américain se trouve
dans les gouvernements des Etats. Autrement dit, il déplore la faiblesse
du gouvernement fédéral. Le risque selon lui est d’aboutir à une dissolution
de l’Union et à un retour à la situation antérieure à 1787, c'est-à-dire
à l’anarchie. Les sources du fédéralisme Tocquevillien Bien que Tocqueville
soit un auteur très connu, dont les œuvres ont
été beaucoup étudiées, certains aspects de sa pensée restent méconnus.
En particulier l’aspect juridique concernant le droit constitutionnel.
A y regarder
de plus près, on peut porter une appréciation relativement sévère
sur son approche du fédéralisme américain. En effet, Tocqueville partage
une conception nationaliste de la Constitution américaine, tenant
essentiellement à des lectures favorables au gouvernement fédéral
américain, voire à un gouvernement fédéral conçu comme un régime unitaire,
tel le régime français. De la même manière, il s’est entretenu presque
exclusivement avec des partisans d’un gouvernement fédéral très fort.
De fait, son interprétation de la Constitution est très nationaliste.
On le constate déjà au sujet de la question très difficile inhérente
à la nature de l’Union à savoir : que
sont les Etats-Unis sur le plan juridique ? Tocqueville a bien
compris que la nouveauté du fédéralisme américain en 1787 résidait
dans le fait que les Etats-Unis ne constituaient pas un
Etat unitaire, avec
un seul ordre
juridique D’abord on ne
sait pas très bien ce qu’est la souveraineté du peuple. Tocqueville
nous dit d’abord que le système américain est fondé sur la souveraineté
populaire et plus tard, il indique que la souveraineté est partagée
entre le gouvernement fédéral et le gouvernement des Etats. C’est
un non sens juridique. Il faut plutôt comprendre que Tocqueville a
une interprétation plus ou moins individualiste de la souveraineté
populaire. Selon lui, ce n’est que la souveraineté des individus.
Mais alors, qu’est ce que ce fractionnement de la souveraineté entre
le gouvernement fédéral et le gouvernement des Etats ? Il y a
dans sa pensée des imprécisions et il semble qu’il n’ait pas parfaitement
assimilé la pensée des pères fondateurs. En fait, il faut comprendre
que la souveraineté populaire existe bien, en revanche, son exercice
est partagé à deux niveaux : le gouvernement fédéral et les gouvernements
des Etats. Au regard de
sa conception très nationaliste de la Constitution américaine, il
n’est dès lors guère étonnant que Tocqueville ait été un adversaire
résolu de ce que l’on a appelé la doctrine des droits des Etats selon
laquelle le système fédéral détient des compétences dites d’attribution
et les gouvernements des Etats des compétences de principe. Datant
du début XIXème, cette doctrine anciennement
sudiste prône une ligne de démarcation parfaitement établie entre
les compétences des deux types de gouvernement. Autrement dit, il
ne doit pas y avoir d’empiètement du gouvernement fédéral sur les
compétences des gouvernements des Etats. L’opposition
de Tocqueville à ces principes n’a jamais failli. Lors de toutes les
grandes crises survenues dans l’histoire constitutionnelle américaine,
Tocqueville fut partisan de la croissance du gouvernement fédéral.
Je conclurai
mon exposé en me demandant si Tocqueville a véritablement été un prophète
de la modernité comme certains ont pu le dire. Sur le plan juridique,
c’est assez contestable. D’ailleurs Tocqueville ne comprend pas bien
la guerre de sécession qui s’annonce. De même, il n’a pas compris
la croissance du judiciaire fédéral, essentiellement
la croissance du gouvernement fédéral sous l’impulsion de la jurisprudence
très nationaliste de la Cour suprême des Etats-Unis. C’est ainsi que
l’on peut porter une appréciation très mitigée de l’approche tocquevillienne
du fédéralisme américain.
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