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LES FONDEMENTS
DE LA SOCIETE CIVILE : LA FAMILLE, LES ASSOCIATIONS, LES ENTREPRISES
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Les retranscriptions de l’Université d’Eté de la Nouvelle
Economie se poursuivent cette semaine avec l’intervention de Victoria
Curzon Price. Professeur à l’Université de Genève, administrateur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) et de
l’Institut Constant de Rebèque,
elle préside actuellement la Société du Mont Pèlerin. Pour nous parler
des fondements de la société civile, elle consacrait son intervention
aux principes qui régissent les relations interpersonnelles. Victoria Curzon Price : Le choix :
servir ou se servir ? Les termes du choix Imaginons un
fil sur lequel nous pouvons déplacer des curseurs. Imaginons trois pôles :
à l’une des extrémités du fil le don, à l’autre le vol, au milieu l’échange.
L’ensemble des
possibilités réelle est évidemment constitué par des situations intermédiaires :
la vie en société ne peut être organisée uniquement sur le don, le vol
ou l’échange. Mais situons nous dans la position des trois pôles et
considérons le type de jeu qui les caractérise : - Le vol, la
prédation, est un jeu à somme nulle diront les utilitaristes :
le voleur a gagné ce qu’a perdu le volé. En réalité ce calcul ne tient
pas compte de l’atteinte morale qui a été faite à celui qui est dépouillé.
Le vol est en fait un jeu négatif si l’on considère que celui qui a
perdu est violé dans ses droits de propriété. On ne peut alors parler
d’un simple transfert. La conséquence est négative pour toute la société.
A long terme la destruction de la société entraînera la suppression
de toute richesse créée, la richesse préexistante aura été consommée
et faute d’avoir accumulé et fructifié un capital ce sera la ruine généralisée. - L’échange
est un jeu à somme positive. L’échange est en effet basé sur le contrat
volontaire. Les individus participant à l’échange ne jouent le jeu de
l’échange que si chacun est gagnant. Par définition, c’est donc un jeu
à somme positive. La règle ici est la réciprocité : donnant/ donnant.
Mais donner c’est rendre service aux autres. Le jeu est donc celui de
la mutualité, de la complémentarité, il est exprimé par la fable de
Florian (reprise par Bastiat) de l’aveugle et du paralytique :
« Je serai vos jambes, vous serez mes yeux ». La certitude
de gagner si l’on crée est un stimulant puissant à la création. Le principe
du « finder keeper » fait que le marché est juste : il est juste
que celui qui crée une valeur en
garde le bénéfice. Voilà qui explique le formidable développement des
sociétés fondées sur l’échange. - Le don, basé
sur l’altruisme, est un jeu aussi mais positif/positif même si les gains
se situent le plus souvent du côté non matériel de l’existence. Car
ici les satisfactions proviennent du sens de la solidarité, de la cohésion
du groupe, ou de la joie d’offrir, de servir et d’aider. Dans les actions
de don volontaire il est difficile de séparer la charge sentimentale
des aspects matériels. Les origines de la société civile Comment le curseur
s’est déplacé sur le fil au cours des siècles ? La vie de l’humanité
avant sa sédentarisation, il y a approximativement 10 000 ans, était
une vie de tribus nomades, de petits groupes de personnes constitués
par des liens de sang. Il s’agissait donc de grandes familles utilisant
peu l’échange monétarisé. Le mode opératoire y est basé sur le don et
l’altruisme. Lorsque ces
groupes se sédentarisent, ils ont davantage recours à l’échange. A ce
moment là, l’échange commence à prendre le pas sur le mode opératoire
du don et de l’altruisme comme moyen d’obtenir sa subsistance. Aujourd’hui
l’échange est généralisé, même si les modes opératoires familial ou
criminel subsistent. Cependant un
doute naît sur la position du curseur. Peut-on vraiment vivre dans une
société fondée sur l’échange et le contrat malgré le côté hobbesien,
méchant de l’homme qui est le pendant de son côté altruiste et généreux ? Lequel prédomine ?
Nous n’avons pas de réponse. Nous ne pouvons que constater que les deux
sont présents. Mais il semble que si nous sommes maintenant très nombreux
sur terre, 6 milliards, les gènes négatifs, hobbesiens, ont été lentement
diminués par rapport aux autres. En effet, l’humanité ne peut pas se
développer dans le conflit. Elle se développe surtout dans la coopération.
Cette explication sociobiologique appelle évidemment un processus très
lent. Société civile contre Etat La société civile
commence lorsque la prédation et les jeux à somme nulle cessent. On
commence alors à entrer dans la sphère des jeux à somme positive qui
va jusqu’à la famille où l’on a cessé le jeu de l’échange basé sur la
réciprocité, et où le mode opératoire est basé sur la sympathie, l’amour
et l’amitié. Mais le curseur
n’est-il pas en train de se déplacer dans l’autre sens, vers la prédation ?
Aujourd’hui,
l’Etat déborde sur la sphère privée. Une des
raisons évoquées pour envahir la sphère de la famille, en particulier
dans l’éducation, la santé et les transferts inter-générationnels,
réside dans cette explication selon laquelle ces domaines étaient trop
importants pour demeurer dans la sphère privé. L’Etat
s’est donc octroyé un « mandat » au motif que l’on ne pouvait
utiliser le mode opératoire de la famille, la générosité et le don,
afin de créer des biens. C’est l’idée du communisme. L’Etat a pris une importance tout à fait étonnante et a rendu
le jeu de la société nul ou négatif. Lisander
Spooner parlait de l’Etat comme
d’une « association de brigands ». Les sagas racontées en
Islande disent qu’un petit groupe de Vikings en partance des côtes norvégiennes
fuyaient « les rois et autres criminels ». Quant à Frédéric
Bastiat il affirmait : « L’Etat
c’est la grande fiction sociale à travers laquelle tout le monde s’efforce
de vivre aux dépens de tout le monde » Il est bien clair que l’Etat
et tous ceux qui dépendent de l’Etat utilisent
la coercition pour s’enrichir au détriment de la plus grande partie
des citoyens contribuables et assujettis.
Au titre de
« ceux qui dépendent de l’Etat »,
on peut aujourd’hui évoquer les rent
seekers, ces chasseurs de primes et de privilèges, ces
petits prédateurs qui s’associent pour profiter de la puissance de l’Etat. Or, le discours des politiciens fait de la société civile
une catégorie regroupant les rent
seekers, les ONG voire les Eglises. Les entreprises, quant
à elles, ne sont pas classées dans la catégorie société civile. Il s’agit
donc d’une caricature de la société civile, et d’un mélange habile entre
ceux qui se servent et ceux qui servent. Car la société
civile, est l’organisme parfaitement adapté au marchandage, à l’échange,
aussi bien qu’à l’altruisme et au volontariat. C’est la vie associative
non subventionnée, qui s’occupe de crèches, d’éducation, de santé, des
personnes âgées, etc. La société civile possède
historiquement et conceptuellement parlant les institutions pour prendre
la responsabilité de ces biens si précieux. Par opposition, l’Etat,
nous le savons, est inefficace. Spontanément, graduellement, les associations,
les familles, les entreprises vont reprendre les sphères qui sont en
état de déliquescence sous la responsabilité de l’Etat.
L’Etat est aujourd’hui miné par la société civile après avoir
fait l’inverse pendant longtemps. Plus inefficace sera l’Etat
et plus rapidement les éléments de la société civile reprendront à leur
compte les missions qu’il a confisquées de façon arbitraire.
Le 1er Mars 2006
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