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Enrico Colombatto : Lecture économique de l’Analyse de Tocqueville Démocratie, liberté et individualisme selon
Tocqueville La notion de
démocratie dans la pensée de Tocqueville serait ce que nous appelons
aujourd’hui l’absence de privilège. La société démocratique décrite
par Tocqueville serait donc une société sans recherche d’intérêt particulier,
très éloignée de celle que décrit Bastiat à l’époque ou aujourd’hui
l’école du Public Choice (logique des choix
politiques). Pour cette école le jeu des groupes de pression assure
le succès de quelques minorités au détriment de l’ensemble du peuple.
Pour Tocqueville, s’il y a recherche d’intérêts particuliers on s’expose
à une certaine dégénérescence de la démocratie puisque le processus
de création des règles sociales s’effectuera non du bas vers le haut,
comme il est souhaitable, mais du haut vers le bas. Dans ces conditions
Tocqueville s’oriente vers des solutions qui lui sont propres pour éviter
cet écueil, écarter la démagogie et la dictature de la minorité. Il trouve ces
solutions dans les associations. Il pense qu’une vie de communauté est
capable d’empêcher les dérives des gouvernants, de nous préserver de
la dégénérescence liée à la recherche d’intérêt personnel en produisant
des règles informelles qui émergent de l’interaction des individus.
Au terme de cette conception, les associations volontaires créent donc
les règles favorables à la liberté. Chez Tocqueville,
la liberté a aussi un sens particulier. Elle est à la fois civile et
morale. Il parle de valeurs, de traditions et de culture justes. Sa
conception de la justice dérive de l’idée de ce que la société aimerait
voir se réaliser, de ce qu’elle pense être juste. La société a besoin
d’un chemin lui permettant d’assurer que la liberté dont elle jouit
est une liberté juste. Donc la liberté va effectivement mettre en avant
les bonnes valeurs. Mais elle apparaît davantage comme un projet, un
progrès de la société que comme un droit individuel. Cette conception
ne laisse pas une grande place à la liberté individuelle, qu’il appelle
« individualisme ». Il n’en parle d’ailleurs pas dans des
termes très favorables. Pour lui, l’individualisme pouvait être dangereux.
Par opposition à sa conception de la vie de communauté à travers les
associations, l’individualisme mène à l’isolement et par voie de conséquence
à une dégénérescence de la démocratie. Les conséquences économiques de l’analyse
de Tocqueville En argumentant
contre l’individualisme, Tocqueville s’écarte des principes d’une économie
libre, telle qu’elle est entendue par les classiques ou les libéraux.
Leur approche se fonde sur l’existence d’un compromis entre les objectifs
personnels, tels que le profit, le contentement, la satisfaction d’une
part et les notions développées par Tocqueville d’interactions individuelles
justes dans le cadre d’une société libre et démocratique. Il est vrai
aussi que sa conception de la liberté n’est pas exactement celle que
lui donneraient classiques et libéraux, à savoir l’absence de coercition,
une société dans laquelle les individus agissent librement, la seule contrainte étant
l’absence de violence.
Une telle conception met
l’accent sur Quel espoir pour la démocratie ? Le plus grand
espoir vient aujourd’hui des économies en transition. Elles ont l’expérience
de plusieurs décennies de communisme et savent qu’il n’existe rien qui
ressemble à des juges ou un exécutif indépendant, des politiciens bien
intentionnés ou soucieux du bien être général. Si comme Tocqueville
le pensait les associations sont nécessaires, elles doivent réellement
être vigilantes, dénoncer les abus pratiqués au nom du bien commun et
se battre contre le pouvoir discrétionnaire. Les pays de
l’ex bloc communiste savent cela bien mieux que les autres car ils ont
vu ce qu’était le soi-disant bien commun. Donc oubliez les peurs de
Tocqueville au sujet de l’individualisme, oubliez les peurs de Tocqueville
concernant le capitalisme ! D’autant que si comme Tocqueville le
pensait la religion est le cœur de la civilisation occidentale, l’égalité
entre les hommes et l’égalité de la dignité sont à l’évidence les fondements
à partir desquels se développe la pensée libérale. La religion est une
manière de consolider une certaine forme de l’interaction humaine fondée
sur la confiance, le respect des autres, vertus qui sont données par
ce que nous appelons le marché libre et le capitalisme.
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