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A l’occasion de la troisième journée de l’Université d’Eté de la Nouvelle
Economie, Gérard Bramoullé, Professeur à l’Université Paul Cézanne abordait le problème majeur des sociétés
contemporaines : la crise de l’Etat Providence.
Comment l’envolée considérable des dépenses publiques s’explique t-elle ?
Se justifie-t-elle encore ? Comment sortir de l’impasse ? Gérard Bramoullé : La crise de l’Etat
Providence La socialisation de la demande Les socialistes
ne sont pas parvenus à socialiser l’offre. La nationalisation des moyens
de production a échoué. Ils ont donc socialisé la demande, ce qui s’est
traduit par une flambée des prélèvements obligatoires. Dans la France
de 1970, les prélèvements obligatoires représentaient 35% du PIB. Quelque
35 ans plus tard, ils s’élèvent à plus de 50%. Et si la France est le
pays européen ayant connu la plus forte croissance de ces prélèvements,
elle ne s’est pas traduite par de meilleurs résultats. Considérant
le domaine de la santé, les dépenses sont passées de moins de 5% du
PIB dans les années 60 à plus de 10% aujourd’hui. Elles progressaient
d’environ 5% par an, tandis qu’en Allemagne leur croissance n’atteignait
qu’entre 1 et 1,5%. Selon un classement réalisé par l’OCDE, la France
est au dernier rang des pays européens développés en matière de situation
sanitaire, mais au premier rang en matière de dépenses. Considérant
par ailleurs que ces dépenses publiques constituent pour l’économie
privée une charge excessive qui accroît le chômage, il devient clair
que l’Etat Providence est en faillite. Il ne fonctionne pas seulement
en rendement décroissant, il fonctionne aussi à rebours de ses propres
objectifs que sont la justice sociale et la protection sociale. Nous
savons aujourd’hui que ce sont les classes aisées ou moyennent qui en
bénéficient le plus. Les raisons
de cette faillite généralisée résident essentiellement dans les fondements
intellectuels et conceptuels qui prétendent légitimer l’intervention
de l’Etat Providence Les erreurs conceptuelles des théories interventionnistes Il y a essentiellement
deux grandes théories économiques justifiant l’intervention de l’Etat.
L’une est l’analyse du « main stream » dite néo-classique qui aboutit à justifier le
« walfare state ». L’autre est la
théorie de la justice sociale de John Rawls.
Son ouvrage (Theory of Justice, 1971) justifie de donner le maximum à ceux
qui ont le minimum. Depuis plus de 30 ans, l’école autrichienne a démontré
les erreurs conceptuelles de ces deux approches. Concernant le
« main stream », les libéraux réfutent
l’idée des néo-classiques suivant laquelle d’une part l’objectif à atteindre
est « l’optimum social » de Pareto, un point où la situation
des uns s’améliore sans nuire à celle des autres, d’autre part il est
nécessaire d’avoir une économie de concurrence pure et parfaite pour
atteindre cet objectif : il ne faudrait pas de rendements croissants,
ni d’effets externes, ni de biens publics ni d’asymétrie d’information.
Autrement dit, cette économie pure n’existe pas, et l’Etat
doit intervenir pour nous rapprocher de l’optimum. Or, l’école
du Public Choice a démontré que l’intervention
publique ne se faisait pas sans coût et que ce coût est parfois supérieur
aux inconvénients que pourrait présenter le fonctionnement de l’économie
de marché. Considérant les effets externes, R. Coase
a démontré que le problème résidait dans l’absence de définition des
droits de propriété. Autrement dit, l’externalité négative n’est pas
une défaillance du marché mais une défaillance de l’Etat
qui ne remplit pas sa mission : définir le droit et sanctionner
les atteintes au droit. Enfin, la théorie
de la Justice de John Rawls trouve aussi des
limites. Dans cette logique, les individus sont soumis au voile d’ignorance,
c’est à dire qu’ils ne savent pas quelle sera leur place dans la société
de demain. Ils vont donc logiquement signer
un contrat social au
terme duquel les
moins favorisés auront le maximum possible. J. Rawls tente ici de démontrer que la rationalité conduit à
un résultat et que ce résultat est juste en lui-même. Or, pour les libéraux,
le critère de justice sociale est un critère de règles, de procédures
et non un critère de résultat. Alternative à l’interventionnisme Chaque fois
que l’on est confronté à une demande sociale, la première question à
se poser est de savoir si la société civile, le secteur privé peut la
satisfaire. Si cette simple règle était mise en place, on se rendrait
compte qu’il y a presque toujours une offre pour répondre à un besoin.
Ensuite, il
existe également des procédures qui permettent de protéger la liberté
individuelle et d’atteindre des niveaux de protection sociale importants
sans recourir à des mécanismes publics. Cela revient à penser à l’assurance
avant l’assistance. D’ailleurs, beaucoup de choses pourraient être faites
à travers ces mécanismes d’assurance, pour peu que l’Etat
n’y fasse pas obstacle. Car, en France, l’Etat
exclut totalement le recours à certaines formes de protection, à l’inverse
d’autres pays européens. Pour exemple, il y a quelques années, les Espagnols
pouvaient bénéficier d’un système d’assurance en cas de retrait de leur
permis de conduire ! Finalement,
ce qu’il faut retenir de tout cela est que l’idée d’une concurrence
entendue comme un processus et non comme un état de l’économie permet
d’atteindre des objectifs de justice sociale plus efficacement et à
moindre coût. Pour plus de justice sociale aujourd’hui dans notre pays,
il faut moins d’Etat Providence.
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