LES FONDEMENTS DE LA SOCIETE CIVILE :

LA FAMILLE, LES ASSOCIATIONS, LES ENTREPRISES

Poursuivant les retranscriptions de la XVIII° Université d’Eté de la Nouvelle Ecnomie, nous vous proposons cette semaine la synthèse de l’intervention d’Axel Arnoux. Directeur exécutif de l’entreprise d’instruments électriques et électroniques Chauvin Arnoux, et administrateur de l’ALEPS, cet entrepreneur n’attend rien du monde politique et syndical. Il a choisi d’œuvrer en faveur de la libre entreprise.

 

Axel Arnoux : L’engagement de l’entrepreneur

 

Le rôle de l’entrepreneur est précisément d’entreprendre, de bien servir sa clientèle, en conséquence de réussir. Cette réussite passe par l’adhésion du personnel aux objectifs de l’entreprise. L’entrepreneur a donc intérêt à soutenir la production intellectuelle de ceux qui militent pour la liberté de créer et la liberté d’entreprendre, et à s’investir dans la diffusion et la discussion de ces idées avec le personnel.

 

Le monde politique ou syndical : danger pour l’entrepreneur !

Le monde politique est peu enclin à la réforme. La preuve en est que les quelques tentatives de mesures dites « libérales » que la France ait connues (93, 95, 2002) n’ont conduit qu’à un peu plus de socialisme. Les opportunités politiques visant à libérer ce pays des sources de chômage, de faillite ou de délocalisation n’ont pas été saisies malgré les promesses électorales.

Or, la situation est critique. Considérant le seul secteur industriel, il apparaît clairement que les charges sociales, la réglementation, la fiscalité et les chocs monétaires ont constitué autant de pressions auxquelles les entreprises ont eu du mal à résister.

Sur le seul segment des instruments électroniques, ce secteur d’activité représentait environ 10 000 personnes en France il y a 20 ans. Il n’en compte plus que 1 200 aujourd’hui, dont 900 chez Chauvin Arnoux. Notre entreprise s’est adaptée aux événements notamment par la mise en place en 1985 d’une stratégie d’internationalisation dans différentes régions du monde : en Chine, aux USA, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Autriche, en Espagne, au Liban et en Suède. L’objectif : trouver de nouveau débouchés. Cela a été bénéfique voire salutaire. J’avais il y a vingt ans une dizaine de concurrents français, il en reste deux aujourd’hui dont le chiffre d’affaire a été divisé par 5. Seule l’innovation, la diffusion de produits toujours plus sophistiqués et adaptés aux besoins des consommateurs, permettent de résister à la concurrence américaine et asiatique.

Aussi, le message que l’entrepreneur pourrait envoyer aujourd’hui à la classe politique française c’est qu’il ne souhaite plus y participer ni la financer.

Concernant le MEDEF, ex CNPF, je ne me suis pas résolu à y adhérer en 25 ans de carrière. Il me paraît en effet difficile de défendre la baisse des impôts tout en courant après les subventions et les ministères. De plus, comment défendre les principes de libre marché en participant au monopole de la Sécurité sociale ? Comme nous le savons tous, le patronat français et les syndicats ouvriers sont les co-gestionnaires des organismes sociaux : maladie, retraite, formation. Il y aurait sans doute mieux à faire pour les instances patronales. On me dit que les choses vont changer, je serai un observateur attentif.

 

La diffusion d’idées et de principes

Pour peu que l’on ait quelques convictions, il est possible d’entreprendre à l’intérieur même de l’entreprise un véritable travail de fond. Cela passe par la diffusion d’informations totalement disparues dans les entreprises mais aussi d’idées et de principes. Chez Chauvin Arnoux, plusieurs opérations ont été menées dans ce sens.

La première d’entre elles a consisté à diffuser le véritable bulletin de paie ou le salaire complet. C’est une notion à la fois comptable, économique et juridique. En déclinant aux salariés le net payé par l’employeur, plus l’ensemble des charges sociales (retraites, assurance maladie) en part salariale et patronale (environ le double de ce qui est perçu par le salarié), cette démarche procédait de la volonté de réduire l’ignorance du monde du travail.

En plus des charges sociales, nous leur montrions également l’importance des prélèvements directs : 10, 20 ou 30% du net perçu au titre de l’impôt sur le revenu. Ainsi l’employé français peut-il mesurer le poids véritable de la fiscalité en France : 65 et 75% pour un ouvrier, 85 à 90% pour les cadres. Avec l’ISF, l’impôt sur le capital qui repose sur la valeur des biens et non pas sur les flux monétaires que ces biens peuvent générer, il faut considérer 10 ou 11 mois par an de travail pour le compte de l’Etat. Certaines personnes se sont ainsi retrouvées dans des situations où leur impôt sur le capital était supérieur à leurs revenus ! Attendons de voir ce que donnera la promesse de « bouclier fiscal ».

Finalement, cette diffusion d’information sur les véritables revenus, sur la véritable valeur du travail, sur les sommes payées pour les logements sociaux, le chômage, la maladie… rendait plus de transparence à un système social et fiscal fort complexe.

La seconde initiative a consisté à établir un calcul actuariel sur les retraites. On calculait les pensions futures dans le cadre de la répartition et, grâce à un calcul actuariel, on comparait cela avec le rendement des placements financiers pour déterminer les pensions dans le cadre de la capitalisation. Là encore les résultats étaient assez impressionnants : en moyenne, sur 25 ans, un ouvrier épargnait un capital de 300 000 euros et pouvait prétendre à une pension deux fois plus importante que celle que la répartition était supposée lui garantir.

 

Le voyou n’est plus le patron mais l’Etat

Au sein de l’entreprise, les réactions ont été extrêmement fortes : le voyou n’était plus le patron mais l’Etat. Ce ressentiment a encore été accentué par la mise en place de cours d’économie libérale. Avec toute l’équipe de l’ALEPS, un programme de formation a été mis en place qui concernait tant l’ouvrier que le manager. Il s’agissait de faire découvrir ou redécouvrir les principes de l’échange, du capital, de l’investissement, des systèmes publics et privés.

Voilà donc des façons de faire qui permettent à l’entrepreneur de s’inscrire dans la démarche qui consiste à diffuser en France les idées de liberté et de responsabilité. Finalement, l’entrepreneur a un rôle extrêmement important pour initier et organiser la diffusion d’informations susceptibles d’animer la société civile. Il doit être un leader pour pousser et organiser ce type d’apprentissage. Il semble que ce soit le meilleur moyen de faire bouger les choses.

Ils y a bien sûr d’autres aspects purement professionnels : démontrer que si l’industrie va mal, ce n’est pas à cause des Indiens ou des Chinois mais plutôt de la situation politique française ; que les délocalisations ne visent pas à détruire les emplois en France mais plutôt à créer des richesses et éviter les faillites. Il faut dire la vérité sur ce qu’est la puissance publique et les systèmes sociaux français. La Sécurité sociale détruit des emplois de même que le code du travail, le système fiscal : il faut le dire, le répéter et en informer les salariés qui sont à même de le comprendre.

J’insisterai pour terminer sur ce dernier point : la classe dirigeante politique et syndicale prend les salariés pour des demeurés en leur mentant de façon éhontée. Le personnel a assez de bon sens et est assez proche de la réalité pour savoir distinguer le mensonge et la vérité. Les gens en ont assez de la propagande et perçoivent confusément qu’on leur cache l’essentiel. Apportez-leur les moyens de se forger leur propre opinion et vous verrez qu’ils savent mesurer les enjeux de la concurrence, les méfaits du dirigisme et du parasitisme, et qu’ils comprennent ce qui se passe et se passera pour eux. L’entrepreneur en reçoit gratitude. Il n’a pas seulement réussi à changer les mentalités, il a rendu service à des hommes et des femmes qui étaient dans l’ignorance et la crainte.

 

 

Le 22 Février 2006  

 

 

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