| QUELLE EUROPE ? |
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La
mondialisation a eu pour effet de rouvrir le débat sur l’avenir
de l’Europe.
Trois
conceptions s’affrontent :
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il y a ceux qui pensent que l’Europe doit s’intégrer purement
et simplement dans le jeu des marchés mondiaux, les Européens
sont des acteurs de la mondialisation au même titre que les
autres
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habitants
du reste du monde. L’Europe est le terrain de la mondialisation.
- Il
y a ceux qui pensent que la mondialisation appelle un renforcement
de l’Union Européenne, pour que les Européens puissent se protéger
efficacement contre les diktats du marché mondial : l’Europe
est le contre-poids de la mondialisation.
- Il
y a ceux qui pensent que la mondialisation et l’Europe sont deux
maux de même nature, destinés à se renforcer mutuellement ;
ceux-là veulent maintenir la souveraineté nationale et les pouvoirs
des Etats contre les assauts de l’extérieur, d’où qu’ils viennent :
à leurs yeux l’Europe est le fourrier de la mondialisation.
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| UN GEANT ECONOMIQUE, UN NAIN POLITIQUE |
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Cependant dans le débat on confond souvent économique
et politique.
Les
partisans de la mondialisation et de l’Europe ouverte sont aussi
ceux qui ne veulent pas de construction politique européenne :
à quoi servirait une entité politique européenne, sinon à isoler
l’Europe du reste du monde et à réglementer le marché européen ?
A leurs yeux, il est bon que l’Europe soit aujourd’hui un géant
économique et un nain politique.
Mais
ils rejoignent ainsi les souverainistes, qui ne veulent pas non
plus d’une amorce d’Etat européen qui porterait ombrage aux Etats
nationaux.
Libéraux
et souverainistes sont tous deux contre l’Europe politique, mais
pas pour les mêmes raisons : les uns parce qu’elle est politique,
les autres parce qu’elle est Europe.
Quant
aux partisans de l’Europe « contre-poids », ils sont bien
évidemment en faveur d’une Europe politique, destinée à organiser
l’Europe économique.
Ils
marquent leur différence avec les libéraux : ceux-ci estiment
que l’économie n’a nul besoin d’un pouvoir politique pour s’organiser,
car le marché coordonne au mieux les relations, ceux-là ne croient
pas aux vertus du marché pour organiser l’espace européen.
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| NI AUTONOMISTES NI JACOBINS |
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Dans
tous les cas, voici une crise menaçante pour les Etats.
Le
déplacement de dimension, de l’espace national à l’espace mondial,
induit des distorsions. Visiblement l’Etat ne peut plus prétendre
être le seul centre de décision efficace : il est tantôt trop
large, tantôt trop étroit.
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Il
est trop large dans un univers polycentrique. Comme la centralisation
est coûteuse, des espaces plus restreints, autour des cités, sont
en train de réapparaître. Régions et autres aires géographiques
retrouvent une vigueur nouvelle.
Une
erreur de lecture fait croire à certains qu’il s’agit d’une vague
d’autonomisme, et que les menées révolutionnaires d’infimes minorités
se légitiment grandement. En fait, les poussées autonomistes traduisent
au contraire l’incapacité des Etats de faire régner l’état de droit,
ils se sont eux-mêmes chargés d’ignorer ou de détruire l’état de
droit.
La
vraie contestation de l’Etat jacobin vient de la prise de conscience
qu’il n’est plus adapté à la nouvelle structure des relations entre
peuples. Les administrations centrales sont productrices de rigidités
et de sur-coûts à une époque qui requiert la souplesse et la compétitivité.
On redécouvre en revanche les immenses possibilités d’initiatives
au niveau local, régional, et l’immense besoin de libération de
la société civile.
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| LE REGIONALISME : UNE REALITE DYNAMIQUE |
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Bien
évidemment ce régionalisme n’a rien de commun avec les régions artificiellement
créées en France pour des raisons purement politiques, destinées
à mettre en place des féodalités et des bureaucraties dont le poids
ne vient pas alléger ou compenser celui des administrations centrales,
mais au contraire l’augmenter. Et que dire des départements, instances
imaginées par la Révolution pour transmettre plus vite les ordres
venus de la capitale ?
Par
contraste, on peut observer que d’authentiques régions constituent
des échelons de subsidiarité très efficaces dans un grand nombre
de pays européens. La constitution de la République Fédérale Allemande
est un bon exemple. L’Italie et l’Espagne ont une tradition régionale
qui leur a réussi, et l’Angleterre vient d’installer des Parlements
en Irlande et en Ecosse. La Belgique a des Parlements flamands et
wallons. Certes on n’a pas encore atteint le niveau d’autonomie
des cantons de la Confédération Helvétique, mais l’acharnement français
à garder, au moins en apparence, une République Une et Indivisible,
est à contre-courant.
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| L’ETAT EUROPEEN : LA REVANCHE DES DIRIGISTES |
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Que
va-t-il d’ailleurs rester de la République Française dans
quelques années, voire dans quelques mois ?
Menacés
de l’intérieur par l’affirmation des pouvoirs locaux et des
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espaces
régionaux, les Etats le sont de l’extérieur par les projets d’intégration
et, a fortiori, de supra-nationalité.
La
substitution d’un Etat européen à la mosaïque des Etats actuels
est ce que souhaitent les supra-nationalistes. Ils prétendent que
ce sont les carences de l’Etat actuel qui appellent un super-Etat
Européen : n’est-ce pas de la subsidiarité ? Mais quand
on voit les responsabilités qu’ils veulent confier à l’Europe, on
s’aperçoit qu’il s’agit toujours de restreindre le jeu du marché
et de la concurrence au prétexte de les « maîtriser »
ou les « harmoniser ». L’Euro est un instrument de dirigisme
monétaire obsolète à l’heure des marchés financiers mondiaux et
de la monnaie électronique. La Charte sociale introduit des rigidités
sur le marché du travail que toutes les entreprises veulent voir
disparaître et que tous les gouvernements désireux de supprimer
le chômage ont éliminées – avec succès. Les attaques du droit européen
ou de la Cour contre les monopoles ou les abus de positions dominantes
sont contraires au libre échange, à la libre entreprise et au jeu
normal des fusions et absorptions en Bourse. Enfin et surtout, l’Europe
devrait « parler d’une seule voix » dans les grandes négociations
commerciales, ou au sein de l’OMC.
En
fin de compte, l’Etat Européen n’est justifié que parce que les
Etats nationaux ont été battus par la dynamique du marché mondial.
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| LA DEMOCRATIE EUROPEENNE : INCONTROLABLE |
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Sur
les conditions de fonctionnement de cet Etat Européen – si jamais
il existait – on ne saurait se faire aucune illusion.
Les
phénomènes de groupes de pression, de bureaucratie, d’arbitraire,
que l’on déplore au niveau local seraient amplifiés au niveau européen.
On a parlé du « déficit démocratique de l’Europe » pour
dénoncer les pouvoirs abusifs de la Commission. Mais va-t-on instaurer
ou restaurer la démocratie en donnant au Parlement et au Conseil
de l’Union des moyens accrus ? Qui contrôle ces dirigeants
européens ? La démocratie au niveau européen est une farce,
mais elle est en bonne place dans les discours sur l’Europe.
Le
cheval de Troie des Eurocrates va certainement être le budget de
l’Union. Limité à des sommes modestes pour amorcer le processus,
il ne cessera de croître, comme les budgets nationaux, et pour les
mêmes causes. Les dépenses publiques permettent en effet d’élargir
le cercle des interventions et des clients.
On
s’engagera fatalement dans cette voie si les parlementaires européens
s’arrogent le pouvoir de voter eux-mêmes leur propre loi de finances.
Jusqu’à présent les fonds européens ne venaient que de dotations
des Etats membres, et ceux-ci n’ont pas manqué de pratiquer le chantage
fiscal contre les dépenses et politiques européennes qui n’étaient
ni de leur goût ni de leur intérêt. Ce verrou du « fédéralisme
fiscal » pourrait bien être tiré prochainement.
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| L’HARMONISATION PAR LA CONCURRENCE ENTRE ETATS |
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Dans
une vision libérale de l’Europe ces dangers sont évités, car
il n’est nul besoin d’une organisation politique ni d’une
constitution « à la française ». Ce que les Européens
peuvent souhaiter c’est de pouvoir commercer,
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circuler
et entreprendre dans une aire élargie, et de prendre dans chaque
pays ce qu’il y a de meilleur pour eux.
Dans
une vision libérale de l’Europe ces dangers sont évités, car il
n’est nul besoin d’une organisation politique ni d’une constitution
« à la française ». Ce que les Européens peuvent souhaiter
c’est de pouvoir commercer, circuler et entreprendre dans une aire
élargie, et de prendre dans chaque pays ce qu’il y a de meilleur
pour eux.
Des
principes comme celui de la mutuelle reconnaissance des normes suffisent
à régler les conflits inter-étatiques. Les institutions, les réglementations
et les politiques des différents Etats vont s’harmoniser peu à peu,
par le bas (sous la pression des Européens, sous l’effet de la concurrence
entre Etats-membres), au lieu d’une harmonisation artificielle par
le haut (par la volonté des dirigeants ou élus politiques qui veulent
« construire » l’Europe).
Ne
demeureront entre les Etats et les régions de l’Europe que les diversités
nécessaires, celles qui traduisent les cultures locales, les traditions,
les préférences individuelles.
Pour
arriver à ce résultat, les Européens doivent simplement disposer
des moyens institutionnels susceptibles de créer et faire respecter
l’état de droit : une garantie des droits individuels, notamment
une sécurité dans la propriété et les contrats.
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| LES DERIVES DE LA FEDERATION |
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Comparativement,
les formules fédéralistes paraissent moins appropriées, et moins
porteuses de liberté en Europe.
D’ailleurs
il faut déjà distinguer entre des Confédérations, qui sont des Fédérations
d’Etats, en principe assorties du droit de sécession et dépourvues
d’instances fédérales significatives, et des Fédérations, qui juxtaposent
un Etat fédéral aux Etats membres.
L’histoire
des Etats Unis, voire de la Suisse, apprend qu’il est très difficile
d’éviter le glissement de l’une à l’autre. Peu à peu les Etats membres
se vident de leur pouvoir au bénéfice de la Fédération, le droit
de sécession devient de plus en plus théorique.
On
comprend mieux la réponse de Margaret THATCHER à Michel ROCARD :
« Des Etats Unis d’Europe ? Dans deux mille ans peut-être ! ».
Beau joueur le Premier ministre français avait commenté : « Elle
n’a pas dit non ! ».
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| FEDERALISME FLEXIBLE, FEDERALISME FONCTIONNEL |
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En
réalité les formules de fédéralisme classiques datent des
XVIII° et XIX° siècles, et ne sont plus adaptées à la mondialisation.
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Celle-ci
fait naître d’ores et déjà l’idée du fédéralisme flexible et, encore
mieux, du fédéralisme fonctionnel.
Le
premier signifie la possibilité de décomposer et de recomposer les
frontières politiques, mais il implique encore des décisions étatiques
pour déplacer les frontières. Le second consiste à se détacher des
références territoriales : ce ne sont plus des espaces géographiques
qui se combinent, mais des espaces abstraits, fonctionnels.
Pour
certaines activités, pour certaines opérations, des Européens se
fédèrent avec des Asiatiques. Pour d’autres ils se lieront avec
des Américains. C’est une organisation en réseaux, sans assise territoriale,
qui permet à des individus et des groupes fort divers (et gardant
leur diversité) de se coordonner. Dans cette vue prospective les
considérations politiques passent inaperçues. La mondialisation
aboutit à la dépolitisation.
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| MONDIALISATION SANS GOUVERNEMENT MONDIAL |
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Pour
ces raisons, il est encore plus utopique de penser transposer l’Etat
au niveau mondial. La transposition au niveau européen n’est ni
souhaitable ni réaliste. A plus forte raison les projets de gouvernement
mondial, ou de législation mondiale, destinés à « maîtriser
la mondialisation » sont-ils utopiques.
Les
piètres résultats obtenus avec l’O.N.U., le F.M.I., le G7 (ou le
ridicule G8) montrent que ces organes internationaux ne sont au
mieux qu’un cartel d’Etats incapable d’aller contre les réalités
du marché, et au pire qu’une bureaucratie coûteuse souvent exploitée
par l’idéologie mondialiste et socialisante.
Dans
l’échelle de la subsidiarité, il est inutile et dangereux d’escalader
les barreaux les plus élevés. S’arrêter à l’Etat, ou peut-être au
barreau au-dessous, c’est le bon usage de la subsidiarité, avec
la plus faible dose de politique possible. Pour les libéraux, la
politique n’a qu’un rôle subsidiaire. La subsidiarité, c’est la
fin du tout politique.
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