| LA SOCIETE CIVILE MAL EN POINT |
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La société civile
est sortie en piteux état du XX° siècle. Elle a été laminée par l'Etat, qui s'est
employé à supprimer tout ce qui pouvait exister entre l'individu et le pouvoir
central. Dans
les régimes totalitaires on a souvent poussé jusqu'à détruire la famille : |
| | les
enfants appartiennent à la nation, les parents sont de simples géniteurs. Parallèlement
on a toujours interdit toute forme d'association et de regroupement volontaire
: seules les structures du Parti, seuls les faisceaux organisés à partir de l'Etat
ont droit à l'existence, pour mieux encadrer la population. Quant
aux collectivités locales , elles ne sont que des relais serviles du pouvoir central,
de nature à assurer une emprise plus directe sur chaque point du territoire. L'Etat
Providence a procédé de la même façon. Il a réussi à prendre complètement en charge
l'individu, et à l'accompagner dans tous les moments, dans tous les compartiments
de sa vie. L'éducation est sous sa coupe. L'orientation professionnelle et l'emploi
sont fonction de ses priorités. Les entreprises et les échanges sont réglementés
et entravés. L'épargne et le patrimoine sont collectivisés. Enfin la protection
sociale est assurée par le système public : retraites, santé, famille, accidents
et aléas de la vie sont gérés par les administrations de l'Etat. |
| | | RECONSTRUIRE LA SOCIETE CIVILE |
| Loin de déboucher
sur une accumulation positive de capital humain, ces interventions ont diminué
la possibilité de promotion personnelle, elles ont placé les hommes dans un environnement
délétère, où le sens de l'initiative, de la responsabilité a disparu pour fabriquer
des générations d'assistés, gavés de droits sociaux et privés de droits individuels. Dans
un monde ouvert, où la présence de l'Etat s'estompe, il est prioritaire de faire
renaître la société civile : -
d'une part elle est le lieu de la formation et du développement d'un capital
humain de qualité, plus indispensable aujourd'hui que jamais ; -
d'autre part elle est en mesure d'assurer un très grand nombre de fonctions
que l'Etat Providence s'est indûment appropriées. | | |
| APPRENDRE A VIVRE SANS L’ETAT |
| Beaucoup
sont craintifs à la seule perspective d’un naufrage de l’Etat, ou même d'un retrait
de l'Etat, fût-il partiel. Il faut les rassurer : |  |
| | diminuer
la présence des administrations publiques ce n'est pas fermer les écoles, les
hôpitaux, les usines ou les musées. C'est au contraire ôter à l'Etat des prérogatives
qu'il exerce mal, parce qu'il n'est pas fait pour cela, afin de les rendre à la
société civile qui n'aurait jamais dû en être privée. Ce
ne sont pas les carences de la société civile, ni les fameuses "défaillances"
du marché, qui ont obligé l'Etat à intervenir, mais bien la boulimie des hommes
de l'Etat qui ont voulu élargir leur clientèle en élargissant leur champ d'action. La
véritable difficulté, aujourd'hui, c'est de tabler sur une société civile qui
a si durement souffert. La priorité est donc bien celle de la renaissance de la
société civile. | | | | LA FAMILLE PEUT
RENAITRE | | La
plus atteinte des cellules de la société civile n'est-elle pas la famille ? Certains
signes sont alarmants : la dénuptialité, le nombre de "familles" monoparentales,
la fréquence des divorces, la négation des différences entre hommes et femmes
(le concept de "gender"), la prostitution , la socialisation de l'éducation,
l'ingérence de l'Etat dans la vie des couples, allant jusqu'à la limitation obligatoire
des naissances. Cependant,
lorsque les individus retrouvent leur liberté, et lorsque disparaissent les lois
de destruction de la famille, on voit la nature humaine reprendre la plupart de
ses droits. Aujourd'hui les jeunes saluent la famille comme l'une des valeurs
les plus sûres dans leur vie. La famille leur a permis de passer sans trop de
dégâts les périodes de crise et de chômage (d'ailleurs provoquées par l'économie
dirigée). La
résistance de la famille tient sans doute à ce qu'elle est la plus naturelle,
la plus spontanée des communautés que les individus cherchent à constituer. Et
cette communauté est réellement multi-fonctionnelle : ses services vont de la
naissance à la mort, de l'éducation à la religion, du métier au patrimoine, de
la convivialité à l'amour. Dans
l'ordre de subsidiarité, la famille tient la première place, parce qu'elle est
le premier choix individuel ; elle est le prochain le plus proche. |
| | | LA VIE ASSOCIATIVE DOIT REPARTIR |
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Bien que volontaires
et réversibles, les liens communautaires noués dans les associations, clubs, et
autres groupes plus ou moins |
| | élargis,
sont tout aussi importants. Au
XVII° siècle, John LOCKE citait tous les bienfaits de la vie associative. Elle
est un centre de culture et d'éducation. Les idées s’échangent, s'élaborent. Elle
est aussi un apprentissage de la vie sociale, elle favorise le débat, elle impose
l'écoute des autres, la tolérance, le respect de la minorité, mais aussi l'acceptation
de la majorité : c'est une école de démocratie. Elle est encore un contre-pouvoir,
elle est une résistance naturelle et efficace à l'oppression, elle évite au citoyen
de se trouver dans un tête à tête dramatique et perdant avec les agents de l'Etat.
Elle est enfin prestataire de tous ces services que l'on ne peut obtenir par la
voie marchande, notamment les services qui impliquent la gratuité, le don de soi. La
nature des services définit l'objet de l'association, lui donne son utilité sociale
: culture, loisirs et sports, environnement, santé, aide aux handicapés, recherche
scientifique, etc. | | | | LES ESPACES ABSTRAITS
SE MULTIPLIENT | | A
la différence de la famille ou des associations qui sont destinées à une certaine
pérennité, d'autres cellules de la société civile n'ont qu'une existence éphémère
et fonctionnelle, elles n'en sont pas moins déterminantes pour la vie en commun. Il
en est ainsi des espaces abstraits, des réseaux, créés par des liens contractuels.
Les espaces marchands sont les plus fréquents. Ils se composent de l'ensemble
des vendeurs, acheteurs, intermédiaires, producteurs, consommateurs qui participent
à un jeu de marché, qui entrent dans un processus dynamique d'informations et
de décisions. "Les hommes s'entreproduisent" disait François PERROUX. Ces
espaces abstraits peuvent se localiser : c'est le lieu du marché. Mais la mondialisation
a rendu de moins en moins importante la part de ces marchés locaux et localisés.
A l'inverse elle crée des relations parfois étroites entre des personnes qui n'ont
rien d’autre en commun que le fait de participer à un marché. Ces personnes vont
se reconnaître mutuellement des droits et des obligations, pour la durée et l'étendue
justifiées par la transaction. | | | | UNE
SOCIETE DE CONFIANCE |
| A
travers ce dernier exemple, on peut mieux comprendre quelle est la nature constitutive
de la société civile. Elle est faite de contrats volontaires, elle repose sur
le respect des engagements, qu'ils résultent d'un accord spécifique ou qu'ils
découlent de la tradition, elle-même faite de la longue expérimentation sociale. |  |
| | Au
contraire d'un ordre social politique, fondé sur la contrainte, la société civile
a pour bases l'accord mutuel, la confiance. C'est une "société de confiance"
qui se met à la place de la société de défiance, de menace, d'usage de la force
à laquelle les Etats nous avaient habitués. Evidemment
cela implique des individus dotés du sens de la coordination, de l'harmonie, de
l'initiative et de la responsabilité. Existent-ils en dehors d'une élite peu fournie?
De là à conclure que le projet est utopique, et que la réalité nous ramènera inéluctablement
vers l'Etat il n'y a qu'un pas, que franchissent volontiers les sceptiques de
la liberté. Il y a en fait une autre issue : que le plus grand nombre soit mieux
éduqué et mieux informé, et qu'on lui donne l'occasion de se familiariser à nouveau
avec le libre choix en élargissant progressivement le champ des décisions autonomes
et de leur sanction.. La société de confiance suppose aussi que l'on fasse confiance
à l'être humain. | | | | LA SUBSIDIARITE
PERMET LA SOLIDARITE VOLONTAIRE | | C'est
également en prenant les risques de l'expérimentation que l'on découvrira les
vertus de la société civile pour résoudre un grand nombre de problèmes. Il
en est ainsi de la solidarité, aujourd'hui mise en œuvre à travers des systèmes
plus ou moins proches de la Sécurité Sociale française. Cette solidarité publique
et obligatoire a fait faillite : trop coûteuse, trop bureaucratique, elle assujettit
les individus et les dépouille sans qu'ils en aient conscience : que deviendront
les retraites par répartition dans un proche avenir ? Il
appartient au contraire à la famille, au patrimoine qu'elle constitue, de gérer
la solidarité inter-générationnelle.
Il appartient à des mouvements caritatifs de prendre en charge les misères physiques
et morales que les familles et les autres n'ont pu gérer. Il appartient à des
fondations de financer le talent artistique, la recherche scientifique, au-delà
de ce que peut offrir le marché de l'art ou de la propriété intellectuelle. Dans
ce partage des dépouilles de l'Etat, n'oublions d'ailleurs pas ce qui doit revenir
au marché. Dans le domaine de la protection sociale, les mécanismes d'assurances
privées ont jadis fait la preuve de leur efficacité. Dans les pays qui aujourd'hui
s'engagent dans le processus de privatisation de la Sécurité Sociale, les résultats
sont significatifs. L'effacement
total ou partiel de l'Etat ne peut donc être considéré comme une catastrophe :
c'est au contraire une chance. | | | |
LA SUBSIDIARITE EXCLUT LE COLLECTIVISME |
 |
L'avantage considérable
de la renaissance de la société civile est de faire réapparaître le sentiment
communautaire entre les êtres humains. |
| | Certains
croient atteindre ce résultat en imposant une économie de partage, appelée encore
économie de communion. Les "communitaristes" (ou communautariens) sont
à la mode. L'intention est noble. Mais le mouvement souffre de deux maux. D'une
part il y a mise en commun de tous les talents, au prétexte que le talent individuel
est lui-même une affaire sociale : celui qui a eu la chance de naître plus doué
et plus travailleur que les autres est redevable vis-à-vis de la communauté des
avantages que le sort lui a réservés. Alors que la subsidiarité part de l'individu,
et repose sur l'affirmation de la personnalité de chacun, le communautarisme part
du groupe, lui-même constitué d'éléments égaux ou ramenés à l'égalité ; les gagnants
ne devraient pas exister. | | | | LA SUBSIDIARITE
ASSOCIE PROPRIETE ET RESPONSABILITE PERSONNELLE | | D'autre
part toute formule de partage imposé est auto-destructrice. Avant le partage il
faut l'échange, et l'échange n'est pas possible sans propriété individuelle. Le
collectivisme réduit rapidement la matière à redistribuer, et à trop partager
le gâteau on finit par ramener le gâteau à rien du tout. Il
y a donc beaucoup plus à attendre du côté de la solidarité volontaire et du partage
accepté que de tout autre formule de collectivisation, fût-elle au niveau d'un
groupe très restreint, trop restreint d'ailleurs pour permettre à la grande société
de subsister. Au
lieu de nier les réalités de la grande société et de la mondialisation en se réfugiant
dans la nostalgie de la vie tribale, il vaut mieux laisser les hommes reconstruire
les communautés de leur choix. La mondialisation fournit l'occasion de cette renaissance
de la société civile. Car la mondialisation va pousser à l’excellence, à la qualité
des hommes. Et les hommes de qualité se trouvent là où l’Etat et la société politique
s’effacent devant la société civile. | | | |
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