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| UN AVATAR DE L'ÉTAT PROVIDENCE | |
La crise de la
Sécurité Sociale n'est en réalité qu'une forme de la crise de l'État Providence. Dès
l'origine, la Sécurité Sociale, dans les pays occidentaux, a été conçue comme
un instrument du dirigisme étatique, un levier sur les masses. Les
marxistes savaient ce qu'ils faisaient : ils attaquaient la capitalisation, la
propriété, bref les bases du capitalisme. Les sociaux-démocrates ont été aveuglés
par leur égalitarisme, par leur réticence à l'égard de l'argent et de l'épargne,
à laquelle on impute au passage le chômage. Ces
diverses idéologies ont imprégné l'esprit de plusieurs générations, de sorte qu'il
est aussi difficile de mettre en cause l'État Providence que de réformer la Sécurité
Sociale qu'il inspire et domine. | | | | UNE NATIONALISATION ARBITRAIRE | | Un
épreuve irréfutable de ce complot idéologique est dans les conditions qui ont
régné sur la nationalisation des assurances-maladie et des retraites. Ces
systèmes, tant qu'ils étaient privés, marchands ou communautaires, donnaient toute
satisfaction, et le niveau de protection
sociale a sans doute beaucoup augmenté depuis les premières mutualités (XIX° siècle)
jusqu'aux "assurances sociales" (les années 30). Certains
réécrivent l'histoire en alléguant que l'ancien système, naturellement fondé sur
la capitalisation, s'est effondré dans le déluge inflationniste qui a tout emporté
juste avant et bien après la deuxième guerre mondiale. Mais
l'inflation n'est pas une fatalité historique, elle est un échec de plus à porter
au débit de l'État producteur de fausse monnaie pour financer ses dépenses. D'autre
part, rien n'interdit d'indexer des retraites par capitalisation. Enfin, la capitalisation
est en soi une indexation automatique, puisqu'elle se calcule sur le taux de croissance
réel de l'économie. La
disparition des assurances classiques n'avait donc aucune raison économique. Elle
était même anti-économique. Mais elle répondait au désir de bâtir un droit nouveau,
le droit social, différent du droit commun, du droit des contrats, un "droit
bourgeois" aux yeux de certains. | | | | LES PARTENAIRES SOCIAUX | | Les
idéologies s'incarnent toujours dans des hommes, dans des groupes. Les mêmes forces
qui ont poussé dans le sens de la Sécurité Sociale et du nouveau droit social
s'opposent aujourd'hui à toute réforme significative. Ce sont eux qui, par priorité,
clament qu'il faut "sauver la Sécurité Sociale". En la sauvant, ils
se sauvent eux-mêmes, ils sauvent leurs positions et leurs privilèges. Qui
sont-ils ? Les syndicalistes sans doute. La Sécurité Sociale est pour eux une
aubaine, ils en retirent pouvoir et finances. Le droit social les élève au rang
de '"partenaires sociaux", présents dans toutes les instances, dans
toutes les négociations, et maintenant dans tous les médias. Mais
les organisations patronales, surtout au niveau centralisé, se sont vite prises
au jeu de la "concertation" et du partenariat. Ignorants des réalités
des entreprises qui n'étaient ni grandes ni publiques, les leaders du patronat
ont fait la courte échelle aux syndicats. Gestionnaires de la Sécurité Sociale
(mais gestionnaires silencieux et impuissants), ils en sont devenus des soutiens
inconditionnels, puis inconscients. Ces
groupes d'intérêt et d'influence - certains ont même parlé de "maffia"
- s'articulent tout naturellement avec les groupes des hommes de l'État. Voilà
comment le système semble aujourd'hui parfaitement verrouillé, et les réformes
impossibles. | | | | LA PRÉFÉRENCE POUR L'IMMÉDIAT | | Ces
conservateurs prennent appui et argument sur la préférence pour l'immédiat, qui
hante l'esprit de la majorité des gens. On
voit les difficultés présentes, et les électeurs ou les assurés veulent "tout
et tout de suite". Les hommes de l'État, comme les autres, sont donc à la
recherche de mesures de court terme, spectaculaires mais superficielles, qui ressemblent
de plus en plus à des gadgets. Le
refus d'engager des réformes de longue période et en profondeur traduit donc simplement
la myopie du politique, pour ne pas dire la myopie de ce siècle. D'ailleurs,
si l'on revient sur un passé pas si lointain, on observera que la masse des "avantages
sociaux" a grossi à l'initiative de politiciens représentant essentiellement
les classes d'âges moyen ou élevé. "Revaloriser les pensions", avancer
l'âge de la retraite : voilà des mesures que votent volontiers des gens qui seront
bientôt retraités, et qui savent que ce sont les générations futures qui paieront
la facture. | | | | LE MYTHE DES DROITS ACQUIS | | Passé
le saint, passée la fête. Après
quelque cinquante ans, les illusions de l'État Providence se sont dissipées, l'État
lui-même fait naufrage, naufrage financier et naufrage fonctionnel. Mais
alors, que deviennent ces "droits acquis" dispensés naguère avec autant
de générosité que d'insouciance ? Il
n'y a plus de droits acquis, parce qu'ils étaient accordés au détriment des autres,
ils n'étaient qu'un leurre, une vaste entreprise de spoliation et de partage du
butin. Aujourd'hui,
il n'y a plus personne à dépouiller, car tout le monde est dans la quasi-nudité.
Il faudrait demander à ceux qui se sont servis de rendre l'argent. On préfère
demander à tous les Français des sacrifices nouveaux, alors qu'il ont un pouvoir
d'achat réduit par les prélèvements obligatoires et la stagnation fille du dirigisme. Aujourd'hui
ce n'est pas la fracture sociale, c'est la facture sociale. |
| | | DETTE SOCIALE, DETTE PUBLIQUE | | L'État
est bien incapable de payer la facture. Il
croule sous le poids des dettes. Le service
de la dette est en passe de devenir le plus gros poste du budget. La
fuite en avant, par l'inflation ou des prélèvements supplémentaires, n'est plus
praticable, sous peine de ruine généralisée et de chômage ingérable. L'État lui-même
doit reculer. C'est
dans cet esprit de changement que les Français croient assez régulièrement, et
portent au pouvoir des équipes qui leur semblent plus dynamiques et plus audacieuses
que les précédentes. Mais le cycle espoirs-désillusions semble se raccourcir par
les temps qui courent, et toujours point de réformes fondamentales, toujours du
court terme et des réformettes. | | | | LA PAIX SOCIALE CONTRE L'ÉTAT DE DROIT | |
Il est vrai que
les gouvernants se lient eux-mêmes les mains parce qu'ils ont l'obsession de la
"paix sociale". Si
on analyse soigneusement les troubles apportés depuis quelques années à la "paix
sociale", on conclura qu'ils proviennent toujours des mêmes foyers : le secteur
public, agité par les mêmes idéologies et les mêmes syndicalistes qu'il y a trente
ans. C'est la France du refus, qui repousse toute évolution. Ces révolutionnaires
sont bigrement conservateurs ! Attendre un changement d'attitude de ces forces du refus
est purement utopique, ces gens seraient illogiques s'ils acceptaient les réformes
de la Sécurité Sociale qui est leur enfant, et qui assure le maintien de leurs
privilèges. Un
des privilèges dont ils bénéficient, et ce n'est pas le moindre, est justement
de pouvoir troubler la paix sociale en toute impunité. Les
gouvernements qui recherchent le consensus ne font que renoncer à leur mission
fondamentale : assurer l'égalité de tous devant la loi, maintenir l'état de droit. Lorsque
la politique ne se fait plus au gouvernement ou au Parlement, mais bien dans la
rue ou dans les médias, on a cessé d'être en état de droit. La recherche de la
paix sociale ce n'est pas une politique, c'est une démission. C'est, à tout prendre,
une trahison de la démocratie. | | |
| L'OPINION PUBLIQUE EN ÉVEIL |
| Les
gouvernements doivent donc réfléchir aux risques qu'ils prennent en retardant
sans cesse l'heure des réformes, alors que le temps en est déjà presque passé. Ces
risques sont sans doute très supérieurs à ceux qu'ils prendraient s'ils faisaient
respecter la loi. Ils
peuvent aller jusqu'au risque politique d'un renversement de majorité, parce que
l'opinion publique est désormais en éveil. Peu à peu la baudruche de la Sécurité
Sociale se dégonfle. Beaucoup de gens, et bien sûr parmi les plus modestes réagissent
à l'argent détourné, aux gaspillages et aux scandales. Ils commencent à comprendre
que "le plus beau système social du monde, dont tous devraient être fiers"
est un gouffre gigantesque. Le sentiment commence à se répandre : la Sécu, c'est
cuit. Il appartiendrait
d'ailleurs aux hommes politiques de tous bords de dire la vérité, au lieu de se
réfugier dans le silence ou la langue de bois. Dans
de récents sondages, des ouvriers et des employés, dûment informés des coûts et
des prestations du système actuel, mais aussi des solutions alternatives à base
de marché, de concurrence et de privatisation, se prononcent nombreux en faveur
d'une réforme profonde. | | | | LE CONTEXTE EUROPÉEN ET MONDIAL |
| Au
demeurant, si la voix de la sagesse n'était pas entendue par le canal de l'opinion
publique nationale, elle devrait venir
à nos dirigeants à travers les relations internationales. Dans le contexte européen
et mondial actuel, les pays qui ne veulent pas ou ne peuvent pas réformer leurs
systèmes de protection sociale, seront balayés des marchés et réduiront leurs
nationaux au chômage et à la précarité. L'exclusion économique engendre l'exclusion
sociale. Il
faut espérer que les expériences menées un peu partout dans le monde de la santé
et des retraites finiront par contaminer les pays rebelles et attardés. C'est
une des vertus des échanges extérieurs de dévoiler la vérité, de mesurer les erreurs
et d'inspirer des corrections. | | | | DES SACRIFICES SANS RÉFORMES ? |
| Voici
donc le message que l'on peut transmettre aux dirigeants politiques qui sont désemparés
par la situation actuelle : -
ne demandez pas aux gens de nouveaux sacrifices sans leur offrir en même temps
la perspective de profondes réformes ; il ne suffit pas de proclamer que les temps sont durs, il faut laisser entrevoir
que les temps seront meilleurs. -
Ne vous arrêtez pas à des réformes de surface, qui ne tromperont personne et désespéreront
tout le monde. C'est un changement de cap qui s'impose, et le nouveau cap s'appelle
liberté. -
Présentez-vous comme des pourfendeurs des privilégiés, des tricheurs, des planqués,
et comme les libérateurs des assujettis, des actifs et des entreprenants. Vous
devez expliquer que la justice sociale, conçue comme le respect dû à la volonté
personnelle et responsable de promotion, exige que prennent fin les arbitraires,
les abus, et les spoliations du système actuel de Sécurité Sociale. C'est çà,
ou l'explosion généralisée. | | | |
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