| RETRAITES : UN CHEF D'OEUVRE EN PÉRIL |
La plupart des systèmes de retraite en place en Occident
mettront moins de temps à tomber en ruine que le Colisée. |
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Les
bases du théâtre romain étaient solides et ont résisté à des
siècles d'érosion. Les retraites sont souvent bâties sur du
sable.
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C'est
le sable de ce que l'on appelle "la répartition", en entendant
par là le principe qui veut que l'argent prélevé aujourd'hui sur
les revenus des actifs d'aujourd'hui ne serve pas à leurs retraites
de demain - comme le croient assez naïvement les gens qui pensent
qu'ils ont mis de l'argent "de côté" pour leur vieux jours
-. Cet argent sert à payer les retraites aujourd'hui même. Si tôt
entré dans la caisse, il en ressort.
Supposons
donc que, pour des raisons diverses, il rentre moins d'argent que
ce qu'il faut en sortir au même moment : il faut ou bien demander
aux retraités de se serrer la ceinture, ou bien exiger des actifs
de donner davantage.
Évidemment,
c'est ce qu'ont fait les gouvernements de tous les pays quand ils
se sont trouvés confrontés à cette situation.
Mais
beaucoup de ces gouvernements ont compris assez vite le vice de
constitution et ont réformé complètement les systèmes fondés sur
la "répartition".
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| UNE POPULATION VIEILLISSANTE |
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Certes,
ce qui a mis le feu aux poudres, c'est le vieillissement progressif
de la population. Ce vieillisseemnt a diminué le nombre des actifs
(c'est à dire de ceux qui payent) et augmenté le nombre des retraités
(ceux qui reçoivent);
Sans
doute "la répartition" partait-elle d'un bon sentiment
: le père prend en charge l'enfant, en attendant que l'enfant assure
les vieux jours du père. De façon élargie, c'est la solidarité intergénérationnelle
que l'on met en oeuvre. Mais quid lorsque les générations ne se
renouvellent pas ?
Ce
facteur démographique est encore aggravé par les progrès de la médecine
(qui fait que la durée de la retraite est plus longue) et la législation
sociale (qui a souvent abaissé l'âge de la retraite). Retraités
plus tôt et plus longtemps : leur poids écrase le nombre décroissant
des actifs.
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| LA LÉGISLATlON CONTRE LA FAMILLE |
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Il aurait fallu procéder autrement, et s'en remettre
tout bonnement au système classique de la capitalisation. |
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Ici,
les épargnes constituées par un assuré vont être mises en réserve
jusqu'à l'âge de sa retraite. Durant tout ce temps, ces réserves
sont activées, elles font boule de neige. Injectées dans l'économie,
où elles fournissent la base de la croissance, elles produisent
un revenu sans cesse croissant. Les retraites sont en quelque sorte
indexées sur la croissance économique (alors qu'elles sont indexées
sur la croissance démographique dans le système "par répartition").
La
capitalisation ne participe pas d'une logique du transfert : ce
n'est pas de l'argent pris aux uns pour être donné aux autres. Elle
obéit à une logique de l'investissement : les économies présentes
préparent une prospérité future. Ainsi dans les systèmes de retraites
qui pratiquent la capitalisation (comme en Hollande), les fonds
de retraite sont-ils à la tête d'une masse de capitaux considérables.
Par
comparaison, dans un pays comme la France, non seulement les caisses
se vident aussi vite qu'elles se remplissent, mais l'épargne fait
cruellement défaut pour soutenir la croissance économique : tout
le monde finit par s'endetter - y compris la Sécurité Sociale.
En
laissant venir les choses, et en espérant chaque année que les équilibres
se referont miraculeusement, on tue l'économie et l'esprit d'économie.
Comme on l'a dit "la providence a tué la prévoyance",
la cigale a eu raison contre la fourmi.
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| UNE ERREUR PSYCHOLOGIQUE |
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Les dégâts du
système de répartition vont bien au delà des déficits croissants.
En tuant l'esprit de prévoyance, le sens de l'économie, on
prive les hommes d'un projet naturel, qui est de se projeter
dans le temps.
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Le
grand'père laboureur enseigne à ses petits-enfants que "c'est
le fonds qui manque le moins" : leur travail, leur activité,
va permettre d'entretenir et d'accroître le fonds. Réciproquement,
sans possibilité de patrimoine, les fruits de l'activité s'envolent.
Les
hommes n'ont plus désormais le sentiment de travailler pour les
générations futures, ils se sentent moins responsables de l'avenir.
On a plutôt tendance à vivre au-dessus de ses moyens qu'à épargner.
Alors
qu'un mécanisme classique d'assurance met l'assuré devant ses responsabilités,
le refus de la capitalisation est une prime à l'incurie.
Cette
déviance psychologique engendre aussi un vrai drame social, une
véritable injustice. Car, pour les gens qui sont en un moment donné
au bas de l'échelle, la solution passe par la promotion, c'est à
dire par le projet, par l'investissement, donc par l'épargne. C'est
à force d'épargne que les classes moyennes se sont constituées en
Occident. Et, progressivement, tous les revenus sont tirés par le
haut.
Aujourd'hui,
comme on dit, "l'ascenseur social est en panne".
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| DIFFICULTÉS DE LA TRANSITION |
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Le
diagnostic économique, psychologique et social est donc bien clair
: il faut rompre avec les techniques de retraite qui refusent la
capitalisation.
Mais
la mise en oeuvre de cette rupture inéluctable n'est pas simple.
A
la différence des systèmes de santé, que l'on peut réformer sans
délai et sans grande précaution technique, les retraites posent
des problèmes de transition, parce que leur mécanisme s'inscrit
nécessairement dans le temps.
Il
y a des millions de personnes qui ont cotisé depuis des dizaines
d'années et qui pensent avoir "acquis des droits". Elles
ont sans doute acquis des droits, mais il n'y a plus d'argent pour
alimenter ces droits, et les retraites fondront comme neige au soleil.
Faut-il
leur dire la vérité : ils ont d'ores et déjà perdu, et les spolier
définitivement de leurs droits - ou les vider de leur contenu ?
Ou, à l'inverse, doit-on tout faire pour transférer en douceur les
assurés naguère en répartition dans un système de capitalisation
?
La
réponse ne fait guère de doute, au point de vue de la plus élémentaire
justice : il faut un parachute qui permette d'atténuer le choc de
la rupture des systèmes de retraite.
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| LES TRANSITIONS RÉUSSIES |
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Il
y a des pays qui ont fait la démonstration que la transition pouvait
se gérer. On saluera la complète réussite du Chili, les efforts
payants de l'Angleterre, et on s'interrogera sur la suite de la
transition en Italie.
Ce
qui est évidemment commun à ces pays, c'est une volonté politique
de réforme : les gouvernants ont su persuader leurs citoyens de
la nécessité d'un changement.
Est
aussi commune une certaine progressivité : on ne peut pas, sauf
cas exceptionnel, transférer une masse d'assurés d'un système à
un autre. On peut commencer par catégories d'âges, par classes de
revenus, on peut spéculer sur ceux qui d'eux-mêmes choisiront de
changer, et feront vite école. Il existe donc des précautions élémentaires
dans la procédure de transition.
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| LIQUIDER LES ANCIENS SYSTEMES |
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Il
paraît notamment nécessaire de liquider les anciens systèmes. La
meilleure méthode est sans doute celle de l'extinction progressive
:
-
on laisse dans l'ancien système les gens déjà en retraite ou très
près de la prendre ;
-
on donne le choix à ceux qui sont dans les âges intermédiaires
-
on fait entrer les jeunes générations dans le nouveau système.
Si
ce calendrier avait été admis il y a vingt ans, comme certains le
préconisaient de façon lucide, on aurait déjà asséché les deux tiers
du système de répartition en France. Au contraire, toute année qui
passe accroît le bataillon des retraités, et rend plus difficile
et plus longue la liquidation.
La
liquidation a, il est vrai, des coûts financiers considérables :
il faut compenser le transfert ou la fuite des actifs dans le nouveau
système.
Certains
y ont vu le prétexte à un emprunt
national : mais cela alourdirait une dette publique déjà
considérable et promettrait un effort fiscal surhumain aux futures
générations. D'autres ont tout misé sur la vente des actifs publics,
et notamment sur le produit des privatisations. Cela a été le cas
du Chili. Et ce serait un bon encouragement à accélérer le programme
de privatisation des entreprises publiques en France. Mais dans
notre pays, comme dans d'autres, les recettes de privatisations
ont déjà en partie été dilapidées, et ce qui est à vendre ne pourra
être placé que dans des délais très longs. Dans ces conditions,
on peut soit faire appel à l'investissement international pour racheter
les actifs des biens publics nationaux, soit émettre des titres
sur les ventes futures, renouvelant ainsi l'expérience des assignats.
A
la différence près, et elle n'est pas négligeable, que les assignats
avaient été conçus pour financer des dépenses courantes, et avaient
accru la dette, alors qu'ici il s'agit de diminuer les dépenses,
et de diminuer la dette.
Enfin
aucun problème de financement n'est insurmontable si l'on prend
en considération la croissance économique à long terme permise par
l'assainissement des retraites.
Mieux
irriguée en épargne longue, l'économie nationale peut voir sa croissance
accélérée, allégeant ainsi la charge de la transition.
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INTRODUIRE LES ASSURANCES CONCURRENTIELLES
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Une
fois réglé le délicat problème de la transition, quelle forme
peut prendre le nouveau système de capitalisation ?
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Il
va de soi qu'il doit être géré suivant les mécanismes classiques
de l'assurance, mécanismes qui pourront être d'autant plus performants
que la concurrence entre compagnies sera plus active. Voilà pourquoi
l'européanisation des retraites sera un facteur de progrès. Les
compagnies d'assurance seront en mesure de répartir l'épargne entre
les emplois les plus rentables, et on opérera ainsi une véritable
transfusion de pays jeunes, en pleine expansion, vers des pays vieillis
en déclin relatif : ceux-ci bénéficieront d'une vraie cure de jouvence.
Comme
on l'a déjà remarqué, la base-même de l'assurance est la répartition
des moyens et dans l'espace et dans le temps. Et de plus l'assurance
engage la responsabilité des assurés bien mieux qu'un service public.
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| RESPECTER L'ÉPARGNE ET LE PATRIMOINE |
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Bien
évidemment, une réforme des retraites en ce sens suppose un complet
changement d'attitude à l'égard de l'épargne, du patrimoine, et
de la propriété.
Aujourd'hui,
bien des gouvernants se complaisent à plumer la poule aux oeufs
d'or. La dénonciation démagogique des inégalités, les relents de
lutte des classes, la contestation et la jalousie du mérite et de
l'initiative : tout cela fait des "grandes fortunes" et
des 'capitalistes" les boucs-émissaires fiscaux. Le mythe de
l'intérêt général excuse toutes les expropriations, tous les arbitraires.
Il
faudra pourtant bien tôt ou tard, en revenir aux principes fondateurs
d'une société de libertés : respect de la propriété, respect de
l'effort productif, respect des gens prévoyants, économes et bons
gestionnaires.
De
ce point de vue, les fonds de pension, en honneur aux États-Unis,
en Angleterre, Allemagne et Hollande, sont une bonne façon de fuir
la spoliation du patrimoine.
Les
entreprises versent à leurs salariés une part de salaire intouchable
par le fisc, et qui alimente un fonds de capitalisation. Mais la
vraie solution consisterait évidemment à supprimer cette gymnastique
juridique et financière en laissant les individus maîtres de leur
épargne, sans aucune retenue fiscale. Seul l'impôt sur la dépense
irait au percepteur.
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| RECRÉER LES LIENS INTERGÉNÉRATIONNELS |
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Si les patrimoines
pouvaient se reconstituer, si l'épargne pouvait être enfin
respectée, la solidarité intergénérationnelle serait profondément
modifiée, et relancée.
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Si
la famille a perdu aujourd'hui sa dimension économique, et notamment
son caractère de fonds de prévoyance, d'assurance mutuelle et intergénérationnelle,
c'est sous les coups de butoir de l'État Providence.
Tous
se passe comme si l'on avait voulu briser la communauté familiale,
en la privant de ses moyens - mais aussi en la vidant de son contenu
juridique.
Le
chemin inverse pourrait bien être retrouvé. On pourrait réfléchir
à la proposition de ceux qui entendent exonérer de charges sociales
(au moins partiellement) ceux qui ont constitué, contre vents et
marées, une famille : ils ont réalisé un investissement dans la
jeunesse et dans le futur d'un coût très élevé, et d'une efficacité
sans doute supérieure aux systèmes officiels de retraites.
En
voulant s'occuper de tout, en prétendant prendre l'individu en charge
du berceau au corbillard, l'État Providence a borné la vie des hommes
à des limites étroites.
L'homme
sans tradition, l'homme sans espérance. C'est ce destin médiocre
et artificiel qu'il briser.
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