| | | SÉCURITÉ SOCIALE, SOLIDARITÉ SOCIALE |
| Dans
de nombreux pays occidentaux développés, et en France en particulier, la Sécurité
Sociale représente aux yeux du plus grand nombre un exemple vertueux de solidarité
sociale. Les
jeunes aident les vieux, les biens portants secourent les malades, les riches
paient pour les pauvres. La
Sécurité Sociale vient ainsi gommer les inégalités, certains diront les injustices
du sort. Elle permet de rapprocher des gens de conditions différentes, elle les
unit dans une même dignité. Elle
serait donc ainsi un véritable ciment social. Par
contraste, toucher à la Sécurité Sociale serait briser la société. |
| | | LA SÉCURITÉ SOCIALE EN MAUVAISE POSTURE | | Pourtant
il faut bien toucher quelque chose à la Sécurité Sociale. Elle
est dans une situation financière catastrophique, dans tous les pays où elle est
en place. Voilà qui donne à penser que la crise traversée n'est pas seulement
conjoncturelle. Les
malheurs de la Sécurité Sociale ne peuvent être mis au compte d'une mauvaise conjoncture,
même si un chômage persistant aggrave la situation. La
crise est sans doute structurelle. Elle
a d'ailleurs une dimension psychologique tout aussi dramatique : les abus, l'irresponsabilité
généralisée, sont à la fois les symptômes et les accélérateurs de la crise. |
| | | LE TEMPS DES REFORMES |
| Une crise structurelle appelle des réformes profondes. |
|
Voilà
pourquoi un très grand nombre de pays ont exploré de nouvelles voies dans le domaine
de la protection sociale. |  |
| | C'est
le cas de certains de nos partenaires européens : Grande Bretagne, Pays Bas, Italie
entre autres. Mais ces réformes ont concerné aussi le continent américain, en
Amérique Latine en particulier le Chili, en Amérique du
Nord avec les projets de la nouvelle majorité au Congrès. Bonnes
ou mauvaises, avortées ou réussies, ces réformes indiquent qu'il est temps de
revoir un système dont les principes et les techniques datent maintenant d'un
demi-siècle. En
France on se décide difficilement à faire cette cure de rajeunissement. |
| | | LE MARCHÉ AU SECOURS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE
| | Les
réformes conçues et réalisées un peu partout dans le monde diffèrent fortement. Mais
presque toutes vont dans le même sens : moins d'État, plus de marché, moins de
public, plus de privé, moins d'administration et de réglementation, plus de liberté
de choix et de concurrence. Nul
ne conteste l'efficacité du marché : il abaisse les coûts, il élimine les déficits,
parce qu'il s'attaque à la bureaucratie et engage la responsabilité personnelle. Mais
la transition au marché est-elle toujours possible ou souhaitable ? -
Les uns font valoir que la protection sociale est par nature hors marché : "la
santé n'a pas de prix", dit-on , "la retraite est un droit" dit-on
encore ; -
les autres soulignent le danger d'un retour à l'individualisme, au chacun pour
soi, alors que la protection sociale étatique reposait sur la solidarité ; cette
crainte est particulièrement vive dans les pays récemment libérés du totalitarisme,
où le sens des responsabilités a été éradiqué, et où le marché "sauvage"
(c'est à dire sans les institutions voulues) consacre la loi du plus fort et anéantit
les faibles. | | | | LA JUSTICE SOCIALE MENACÉE ? | | Ainsi
peut-on s'opposer aux réformes au nom de la "justice sociale". On craint
une Sécurité Sociale "à deux vitesses", une inégalité croissante. Mais
la "justice sociale" se mesure-t-elle à la seule inégalité ? HAYEK
a démontré toute l'ambiguïté de l'expression "justice sociale" : -
est-ce la justice de la société, ce qui signifie que la société, en elle-même, conçue
comme un tout, est juste? Mais qui se cache derrière le tout social ? Et quelle
est cette justice ? Distributive, procédurale ? -
est-ce la justice dans la société,
ce qui suggère que les comportements individuels des hommes sont "justes",
c'est à dire adaptés, ajustés, à une norme éthique transcrite dans des institutions
? En général,
le sens le plus commun est le sens collectif, holiste. La justice sociale est
un devoir des sociétés (c'est à dire concrètement des États) vis-à-vis des citoyens.
Le "droit à la santé", le "droit à la retraite" font partie
de cette deuxième génération des Droits de l'Homme apparue au XXème siècle. Menacer
la justice sociale, c'est donc, à parler clair, menacer l'État Providence et les
droits sociaux qu'il accorde. | | | |
LA FAILLITE DE L'ÉTAT PROVIDENCE |
| Malheureusement
pour l'approche holiste de la Sécurité Sociale, l'État Providence est en cessation
de paiements. Il
ne peut donc plus honorer les "droits sociaux" qu'il avait mission de
garantir. L'une des formes de cet échec est l'apparition des "nouveaux pauvres",
des milliers d'individus sont passés entre les mailles du filet de la protection
sociale, que l'on disait pourtant si bien conçue. Il a fallu ouvrir les Restos
du Coeur pour pallier les carences de l'administration publique. A
cette faillite financière de l'État Providence il faut ajouter une faillite psychologique.
Incapable de payer, l'État est incapable de motiver. Par ses interventions, il
a détruit l'initiative, il a détruit la responsabilité. | | |
| LA PROVIDENCE DÉTRUIT LA PRÉVOYANCE | | Ainsi
l'État Providence et la Sécurité Sociale ont-ils fait perdre aux individus le
sens, le goût, et bien sûr les moyens de leur propre prévoyance. C'est la cigale
insouciante qui a été subventionnée, aux dépens de la fourmi économe. Il
y a là une crise morale grave, connue de tous les pays où le social s'est développé
au détriment de l'économique, le collectif au détriment de l'individuel. Des
personnes libres sont devenues des sujets assistés. Les moins vaillants des assistés
ne résistent pas à la faillite de l'État dont ils attendaient tout, et se retrouvent
au ban de la société. L'assistance conduit à l'exclusion. | | |
| RIEN A PERDRE POUR LES PLUS DÉMUNIS |
| N'ayant
plus rien à attendre du système actuel, les plus démunis pourraient au contraire
tirer parti de la transition au marché. Avec
le système actuel, ce qui par exemple attend les Français les plus pauvres c'est
un relèvement des cotisations sociales, un élargissement et un accroissement de
la CSG (Contribution sociale généralisée), une diminution des remboursements,
une amputation des retraites. Toutes ces mesures, présentées "pour sauver
la Sécurité Sociale" s'abattent plus lourdement sur ceux que l'on prétend
continuer à protéger. Avec
le marché, le coût de la protection sociale diminuerait rapidement, tandis que
la sécurité serait retrouvée. Une réduction de 2.000 Francs par mois des retenues
sur le salaires d'un smicard, c'est 2.000 Francs de net payé en plus, et un pouvoir d'achat accru d'un tiers. |
| | | LE MARCHÉ COMBINÉ A LA VRAIE SOLIDARITÉ SOCIALE | | Mais
si le marché peut rassurer ceux qui ont un emploi et un niveau minimum de ressources,
que va-t-il apporter à ceux qui n'ont rien ? Le
marché n'obéit qu'à la loi de l'argent, et ceux qui n'ont pas d'argent ? La
réponse est simple : il faut leur donner l'argent nécessaire à entrer sur le marché
de la protection sociale, à souscrire les contrats garantissant un niveau minimum
jugé digne par l'ensemble de leurs concitoyens, payant un impôt de solidarité.
Le marché n'exclut donc pas une vraie solidarité sociale, faite pour éviter l'exclusion
et pour gérer des situations provisoires et exceptionnelles. Par
opposition, la fausse solidarité sociale pratiquée aujourd'hui est une incitation
à la marginalité ; le RMIsme est devenu un mode de vie, au lieu d'un secours.
La fausse solidarité, c'est aussi l'aubaine des tricheurs, des planqués, c'est
l'occasion de gaspiller de l'argent en bureaucratie, ou de le détourner vers quelques
budgétivores qui ont transformé la Sécurité Sociale en chasse gardée. |
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LE MARCHÉ LIBERE LES SOLIDARITÉS SPONTANÉES |
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En réduisant substantiellement le poids des prélèvements
obligatoires et en remettant les gens en situation de responsabilité, le
marché permet de libérer les solidarités spontanées. | |
| Il
n'y a pas que la solidarité sociale qui puisse garantir les individus contre les
mauvais coups du sort. Il faut aussi compter avec tout ce potentiel de générosité,
de service, qui peut exister dans le cercle privé des familles, des voisinages,
des communautés de toutes sortes. Aujourd'hui
ce potentiel est amenuisé financièrement parce que l'État s'est emparé de la moitié
des revenus des particuliers, psychologiquement parce qu'il s'est arrogé le monopole
du coeur. Secourir un blessé, s'occuper d'une personne isolée, soigner des détresses physiques
ou morales : c'est devenu de plus en plus une affaire d'État, et de moins en moins
notre propre affaire. Or,
la générosité privée et volontaire vaut bien, à tous points de vue, la solidarité
publique et forcée. Elle est le complément indispensable du marché et des administrations,
parce que quel que soit le système il ne sera jamais parfait, et il appartiendra
à chacun d'entre nous de gérer les imperfections. La
confusion des esprits aujourd'hui sur la Sécurité Sociale provient de la confusion
ou de l'ignorance des trois ordres, des trois logiques, nécessaires pour le bon
fonctionnement et la justice d'une société : l'ordre politique, dépositaire du
pouvoir minimum de coercition compatible avec les libertés individuelles, l'ordre
marchand, fondé sur l'échange, le contrat et l'honnêteté, l'ordre communautaire,
fondé sur le partage et la solidarité. Le drame de la Sécurité Sociale, c'est
l'absorption du marchand et du communautaire par le politique. Il faut dépolitiser
la vie sociale. |
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