LA CROISSANCE DE L’ECONOMIE

DANS LE CADRE DE LA CONCURRENCE MONDIALE

1978 : LES NOUVEAUX ECONOMISTES

11 Septembre 1978 : un groupe de jeunes économistes réunit à Aix en Provence une cinquantaine d’étudiants pour les familiariser avec « la démarche scientifique en économie ». Ils veulent leur faire connaître les derniers développements de la science économique, qui vient de prendre une inflexion décisive après plus de trente ans de règne incontesté de la pensée keynésienne.

KEYNES, c’était la macro-économie, c’était la contestation du marché, c’était l’appel à l’intervention de l’Etat. De l’étatisme au socialisme il n’y a qu’une nuance. Du keynésianisme à la planification il n’y a qu’un pas.

La Nouvelle Economie, c’est au contraire la redécouverte des vertus du marché, de la libre entreprise et du libre échange. Une redécouverte provoquée par les échecs répétés et dramatiques de l’économie dirigée et des interventions de l’Etat, mais aussi par l’aspiration d’un nombre croissant de peuples et d’individus à la liberté.

La Nouvelle Economie c’est l’annonce de la victoire du capitalisme et du libéralisme. Elle a déjà eu l’adhésion de la plupart des grands économistes, de HAYEK à FRIEDMAN, en passant par STIGLER, BUCHANAN, COASE et tant d’autres. Mais en France elle n’est connue et admise que de la petite poignée des Nouveaux Economistes.

 
2002 : LE REVE DE LA LIBERTE REALISE ?

Nous voici à nouveau à Aix, mais en Septembre 2002, vingt cinq ans plus tard.

On parle beaucoup de la Nouvelle Economie. Est-ce la même ? Le rêve de la liberté économique se serait-il réalisé ? Oui et non.

Oui, dans la mesure où l’on a progressé sur le chemin de la liberté. Quand on évoque aujourd’hui la Nouvelle Economie, on pense à la mondialisation, à l’abaissement des frontières qui enfermaient naguère les économies dans le cadre étroit de la nation et les soumettaient complètement aux décrets des autorités politiques locales. On pense aussi, en parallèle, à l’importance de la communication, de toutes les activités liées à la circulation de l’information, de toutes les nouvelles formes de services qu’elle permet de produire.

Non, dans la mesure où les progrès de la liberté semblent à la fois fragiles et incomplets. Il reste du chemin à faire, la mondialisation est menacée, le marché est contesté, le libre échange et la libre entreprise ne bénéficient pas de toutes les sympathies, et par conséquent ne disposent pas du cadre institutionnel, juridique et politique, qui serait nécessaire à leur développement. La route vers la liberté est encore longue et difficile.

 
LE BILAN DE LA LIBERTE

Le bilan de la liberté s’impose, en ce début de millénaire, en ce tournant de l’histoire. Sans doute avons-nous vécu au cours de ces vingt cinq années les plus grands changements intervenus depuis la révolution industrielle de la fin du XVIII° siècle.

Mais comme dans toute période de transition coexistent les structures obsolètes du monde ancien et les hésitations du monde nouveau, en quête de nouvelles règles, de nouveaux comportements.

Sommes-nous préparés à entrer dans la civilisation de la liberté ? La question se pose quand on est confronté au spectacle quotidien de la barbarie, quand ne cesse de se prolonger ce XX° siècle, siècle des progrès techniques spectaculaires, mais aussi siècle des totalitarismes, des guerres mondiales, des luttes intestines et fratricides.

Etablir le bilan de la liberté ne devrait pas nous conduire à un scepticisme résigné, mais nous inciter à un nouvel effort pour trouver la voie d’une liberté complète et durable. L’espoir de la liberté ne se réalisera pas sous l’effet mécanique des forces de l’histoire, mais seulement grâce à l’engagement lucide de tous ceux qui aspirent à un monde de compréhension et d’harmonie.

 
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN

Pour savoir où nous en sommes de la liberté aujourd’hui, commençons par une rétrospective de ces vingt cinq dernières années.

Sans doute l’événement le plus spectaculaire et le plus heureux aura-t-il été la chute du mur de Berlin. Il a signifié non seulement l’accès à la liberté politique de millions d’hommes et de femmes soumis au communisme totalitaire, mais aussi la fin des illusions sur les mérites de l’économie planifiée.

Certes la victoire du marché sur le plan n’a jamais fait de doute dans l’esprit des plus grands économistes. Dès les années 1930 MISES et HAYEK avaient démontré l’impossibilité de coordonner la vie économique à partir de décisions centralisées. Mais quand la police économique a trouvé ses limites et montré ses échecs, reste la police politique, reste la terreur, reste la nomenklatura. La foi et le courage de quelques-uns en ont eu finalement raison.

Pour un temps, et pour la plupart des pays, les illusions du socialisme se sont dissipées, au moins dans le domaine de l’efficacité économique.

 

LA MONDIALISATION

L’effondrement de l’URSS et de l’économie de plan ont rendu possible l’élargissement de la vie économique au niveau mondial. Les discussions menées pendant des décennies dans le cadre du GATT avaient amorcé la libération des échanges.

Désormais cette libération peut se vivre au niveau mondial. Il faut dire que les télécommunications se déjouent des frontières politiques, de sorte qu’il est possible d’opérer des échanges, et notamment des transferts financiers, d’un bout de la planète à l’autre sans aucun délai, sans aucune formalité.

La mondialisation, c’est aussi l’émergence de nouveaux partenaires.

De nombreux pays peuvent ainsi amorcer leur transition au marché, qu’il s’agisse de l’Europe centrale et orientale, ou du Sud Est asiatique ou d’une partie de l’Amérique Latine.

L’ouverture économique a pour effet l’amorce d’un développement dans les régions les plus pauvres, mais aussi l’accélération de la croissance dans le monde entier.

 
TRANSITIONS ANARCHIQUES

Cette transition au marché mondial ne va pas sans difficultés.

Elle est tantôt anarchique, tantôt paralysée. On va trop vite, ou on va trop lentement.

On va trop vite dans de nombreux pays où les institutions nécessaires au bon fonctionnement du marché ne sont pas en place, parfois même après vingt ans de rupture avec le plan.

Parmi ces institutions, celle de la propriété privée, qui met en jeu la responsabilité des acteurs de la vie économique. Ou encore celle de la stabilité monétaire, qui assure la solidité des transactions et la qualité du calcul économique en longue période. Ou encore celle de la sécurité des contrats, source de confiance dans les relations marchandes.

Dans bien des pays, on a eu tôt fait d’assimiler liberté et anarchie, certains ont amassé des fortunes spectaculaires en pratiquant le vol, la corruption et le crime. Par ignorance ou par idéologie, on a dénoncé ces « échecs du marché » : on a involontairement ou volontairement oublié que le marché repose sur des règles du jeu, sur la vertu morale de l’honnêteté. Mais cet oubli a permis à la vieille nomenklatura de se survivre en une nouvelle mafia.

Les procédés mafieux ne sont pas l’apanage des économies « en transition ». On les observe aussi dans les sociétés « d’économie mixte » où subsiste un secteur public important et irresponsable. Voire même dans des sociétés réputées « capitalistes » où les tricheurs ont encore de l’imagination et des moyens. Les adversaires de l’économie marchande de se récrier, d’en appeler à un retour de l’Etat, et de s’employer à la revanche du socialisme.

 

LA TYRANNIE DU STATU QUO

Si on va trop vite et dans le désordre dans certains pays, ailleurs on va trop lentement, et on cherche à maintenir un ordre établi. C’est la tyrannie du statu quo, dit Milton FRIEDMAN.

Depuis des décennies, voire des siècles, certaines catégories, certaines castes ont su acquérir des privilèges, et vivre des rentes de ces privilèges.

Ces gens se sentent à juste titre menacés par la mondialisation : les voici maintenant plongés dans un nouvel ordre social, soumis à une concurrence qu’ils avaient su jusque là neutraliser.

Le rejet de la concurrence prend maintenant plusieurs formes, pour continuer à être efficace dans le nouveau contexte.

Certes le protectionnisme traditionnel, fait de droits de douane, de restrictions et de quotas, n’a pas disparu, Etats Unis et Union Européenne le pratiquent sans vergogne. Mais sont apparues des formes plus subtiles de protectionnisme : les normes techniques, les normes d’hygiène et de sécurité, les « exceptions culturelles », la référence aux « services publics ». Enfin, et non le moindre, les législations nationales perpétuent des « droits acquis », et le pouvoir syndical freine les adaptations, crée les rigidités qui empêchent le marché de donner toute sa mesure. C’est une des causes majeures de l’Eurochômage et, de façon plus générale, de l’Eurosclérose, qui à son tour entretient une animosité contre le reste du monde. Le marché est considéré comme une brèche ouverte dans le mur de la forteresse des privilèges.

 

CROISSANCE ET DEVELOPPEMENT : LA LIBERTE A FAIT SES PREUVES

Il faut sans doute s’alarmer de ces multiples tentatives pour bloquer ou infléchir la marche vers la libération mondiale de l’économie. Mais elles ne doivent pas masquer les perspectives sans précédent ouvertes par la mondialisation.

Perspectives que l’on peut apprécier dès aujourd’hui, mais que laisse présager une vue prospective du marché et de la concurrence. 

Dès aujourd’hui, on mesure le progrès considérable réalisé dans tous les pays qui ont accepté et relevé le défi de la mondialisation. Certains étaient parmi les plus pauvres, ils accèdent aujourd’hui à leur plein développement. Quand on dit que les écarts se creusent entre riches et pauvres, c’est sans doute par un abus de langage : il est vrai qu’il y a des pays de plus en plus pauvres face à d’autres de plus en plus riches, mais l’écart est entre ceux qui sont opprimés et ceux qui sont libres.

Quant aux pays les plus développés, en dépit de la conjoncture présente, ils ont connu au cours des vingt dernières années une croissance de leurs échanges et de leur produit sans précédent, et ceux qui ont su revenir à la liberté économique la plus complète ont retrouvé aussi le plein emploi. Là encore, au sein de l’Europe par exemple, on mesure les écarts de liberté aux écarts de chômage.

Ainsi la mondialisation apparaît-elle comme un fait irréversible, parce que le degré d’interdépendance des diverses économies est déjà très avancé, parce que l’élargissement du cadre des échanges a amené la prospérité, et demeure aujourd’hui la seule chance d’enrichissement des plus pauvres.

 

CONCURRENCE ET RESPONSABILITE STIMULENT LE PROGRES

Faut-il s’étonner de ce constat global ?

Adam SMITH et les pères fondateurs de la science économique expliquaient qu’il n’y a pas de miracle en économie : la richesse des nations vient de l’élargissement de l’espace.

 

Peut-être parce que s’opère une certaine spécialisation des tâches en fonction de la répartition géographique des ressources naturelles – ce qui était vrai au XVIII° siècle. Mais encore plus sûrement, aujourd’hui comme hier, parce que s’organise une diffusion du savoir, à travers la concurrence, qui pousse à l’innovation, à la mise en valeur des ressources humaines.

Ce qui a changé dans la science économique depuis vingt cinq ans, sans doute sous l’impulsion de l’école autrichienne, c’est cette prise en compte des capacités et des comportements humains, et de la qualité des relations entre les hommes.

La concurrence permet de connaître et d’améliorer les performances : chacun prend la juste mesure de ses capacités. Chacun essaiera aussi de progresser s’il a conscience d’être responsable de son propre développement, s’il peut exploiter et augmenter ses capacités.

Ces principes de base de l’action humaine trouvent leur application à tous les niveaux :

- au niveau de l’individu qui cherche à améliorer son bien-être et celui de sa communauté,

- au niveau de l’entreprise qui obéit à la loi du profit parce que le profit est à la fois l’indice de la satisfaction de la clientèle, de la qualité de la gestion et du personnel, et la rémunération des propriétaires, entrepreneurs ou des actionnaires, qui veillent au bon usage des ressources qui leur appartiennent,

- au niveau des décisions publiques, qui doivent se garder d’installer ou de protéger les monopoles et les structures publiques sources de gaspillages et de bureaucratie.

 
LA CONCURRENCE GENERALISEE

Voilà pourquoi, au cours des années à venir, on devrait utiliser les vertus de la concurrence à un nombre croissant de domaines de la vie sociale. C’est ce que pronostique avec insistance et talent Gary BECKER. Par exemple, concurrence dans la production et la circulation de la monnaie, mettant fin aux monopoles et cartels des banques centrales, et ouvrant l’ère de la micro-régulation monétaire. Ou bien concurrence dans les systèmes de protection sociale, qu’il s’agisse de l’assurance-maladie ou des régimes de retraites. Ou encore concurrence entre les systèmes éducatifs, pour rétablir la qualité et assurer ainsi les chances de promotion par la reconnaissance et le développement des talents de chaque enfant. Ou enfin concurrence entre les institutions, entre les systèmes de droit, les lois fiscales, les lois sociales.

Voilà ce que sera demain le nouvel univers de concurrence, de la liberté et de la responsabilité, pour peu que nous ayons la lucidité et la volonté de garder le même cap : celui qui a été choisi ici même il y a vingt cinq ans, mais celui vers lequel naviguent tant d’êtres humains depuis des siècles, en quête des harmonies économiques.

 
   
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