COLLECTIVISATION DU FUTUR OU RESPONSABILITE DE L'AVENIR PERSONNEL

L’Etat Providence contre la prévoyance individuelle. Libertés individuelles et projets personnels.

 
L’HOMME INSTALLE DANS LA PRECARITE

Le résultat le plus clair des attaques contre l’épargne et le patrimoine est de mettre les individus sous la dépendance totale de l’Etat.

Rendu incapable de s’assurer de façon autonome, l’individu ne peut être protégé que par la puissance publique. Autant dire qu’il est livré sans défense à l’arbitraire politique.

Cette dépendance finit par changer la mentalité des gens et par produire des peuples du renoncement, des peuples de l’impuissance. On est renvoyé quelques siècles en arrière, quand nos ancêtres les Gaulois craignaient que le ciel leur tombe sur la tête. Tout se passe comme si la révolution humaniste de la Renaissance ne s’était pas produite : l’être humain perd de sa créativité, de sa dignité, il est un jouet entre les mains de puissances qu’il ne contrôle pas. Il n’ose plus faire de plan à long terme. Il vit dans le quotidien, dans la précarité, et se contente de profiter du moment, quand il le peut. “ Carpe Diem ”.

Les dirigeants actuels ont donc renoué avec la tradition des empereurs romains : il suffit de prodiguer du pain et du jeu au bon peuple. Quand on occupe l’esprit des gens et qu’on remplit de façon correcte leurs estomacs, ils sont prêts pour la servitude consentie.

 
LE RISQUE ZERO

Une manifestation de ce changement de mentalités est l’aversion croissante pour le risque. Habitués à être déchargés de la moindre responsabilité, de la moindre initiative, parce que l’Etat agit et pense à leur place, les individus sont désarmés devant le moindre imprévu. Ils finissent par vivre dans la peur, par refuser tout risque : la société doit tout prévoir, quelqu’un doit veiller à ce que tout se passe bien.

Ces réactions sont compréhensibles chez des peuples qui ont subi l’esclavage communiste pendant des dizaines d’années. On comprend que le vent de la liberté les perturbe, et qu’ils veuillent parfois lui fermer leur porte et revenir à la quiétude des dictatures.

Mais ces réactions sont de plus en plus celles de nations réputées libres, mais qui ont ingurgité de telles doses d’Etat Providence qu’elles en ont perdu toute velléité d’autonomie personnelle. L’indépendance d’esprit et de comportement est devenue trop dangereuse pour ceux qui voudraient la manifester.

Il est évident qu’en niant le risque on nie la vie. “ Il faut vivre dangereusement ”, disait Carnegie, qui avait compris que la personnalité d’un homme ne se révèle et ne s’épanouit qu’au contact des difficultés et des surprises de la vie, et que c’est un mauvais service rendu aux enfants, aux jeunes (et aux moins jeunes) de leur proposer une route semée d’étoiles, un parcours sans danger ni effort.

 
L’ETAT CAPITALISE POUR TOUS

La vie sans risque, c’est aussi le crédit gratuit. C’est une vieille lune socialiste. Les individus doivent avoir un accès égal et gratuit au capital.

La propriété et la rémunération du capital par de simples particuliers sont sources d’exploitation honteuse. Les banquiers privés et leurs alliés détiennent cette ressource rare, qui permet de tout réaliser : maîtres du capital, ils sont maîtres des hommes. Pour réagir contre cette rente des capitalistes, il faut nationaliser les banques et proposer le crédit gratuit à tous les créateurs, tous les industriels, toute l’élite productive de la nation.

Mais en prônant le crédit gratuit les socialistes n’ont fait que tuer la création, l’industrie et la production. Le crédit n’est qu’une avance sur des richesses existantes ou futures. Et si le crédit est entre les mains de l’Etat, il n’ira pas nécessairement à ceux qui créent des richesses.

Tout le monde ne peut créer, tout le monde ne peut emprunter.

Mais cette évidence n’est pas apparue aux yeux des socialistes et des étatistes. Ils ont simplement retenu le fait très intéressant pour eux que la capitalisation serait publique ou ne serait pas. Voilà pourquoi ils n’ont cessé de décapitaliser les particuliers, les entreprises, pour établir et conserver le monopole du capital.

 
UN PROGRAMME DE RECAPITALISATION

Les libéraux, dans le monde entier, mettent en place un programme de réhabilitation de l’épargne et du patrimoine privés. Il est nécessaire qu’en France aussi ce programme soit prévu, dans le cadre plus général d’une remise en cause du socialisme et de l’Etat Providence.

Ce programme de recapitalisation tient en quatre points.

Le premier est d’exonérer complètement l’épargne de toute ponction fiscale, et de ne taxer les contribuables que sur les revenus non épargnés. C’est l’idée de l’impôt sur la dépense, dont le principe est simple : les contribuables font une double déclaration : de leur revenu d’abord, de leur épargne déductible ensuite.

Aujourd’hui certaines formes d’épargne sont exonérées ; mais ces exonérations sont établies au bon vouloir du législateur et de l’administration fiscale, et orientent l’épargne vers des formes qui ne correspondent pas toujours à ce que désirerait spontanément le contribuable, mais lui permettent de diminuer la facture à régler au percepteur.

 

LIBRE DISPOSITION DU PATRIMOINE

Le deuxième volet d’une réforme consiste à instaurer une totale liberté de la disposition et de la succession du patrimoine.

Cette liberté s’entend d’abord de la complète exonération fiscale : suppression des droits de mutation, suppression des droits de succession. Les plus values patrimoniales doivent être considérées comme l’épargne, et n’être taxées que si elles ne font pas l’objet d’un placement.

Cette liberté est aussi celle de pratiquer des libéralités et de tester en faveur de n’importe quelle personne choisie par le titulaire du patrimoine.

Ces dispositions s’entendent bien sûr également pour le capital des entreprises, leur transmission doit pouvoir se faire sans impôts ni frais, et le choix du repreneur ou du successeur doit être laissé à la discrétion complète de l’entrepreneur ou des associés – sous réserve des accords que les associés auraient pu prendre entre eux par contrat antérieur.

 
REFORME DE LA PROTECTION SOCIALE

Troisième point : pour la protection sociale il s’agit d’en finir avec les monopoles publics, et de recourir à la privatisation et à la concurrence.

Parallèlement, il faut amorcer la transition de la répartition à la capitalisation le plus vite possible, puisque dans ce domaine chaque année perdue représente des coûts supplémentaires considérables.

Comme on l’a rappelé, de très nombreux pays se sont engagés dans cette voie et à ce jour le succès a été complet. Pour la France, il sera politiquement préférable de laisser survivre la Sécurité Sociale un certain temps pour ceux qui n’auraient pas compris les avantages et la sécurité de la capitalisation et pour les irréductibles du service public. Cependant la Sécurité Sociale ne saurait prétendre à aucun privilège, et les apports du budget de l’Etat ou d’autres ressources publiques seraient révolus.

 
DE LA PROGRESSIVITE A LA PROPORTIONNALITE

Le quatrième et dernier point de la réforme est la baisse de la fiscalité sur les revenus, et surtout la disparition rapide de la progressivité. Les taux marginaux de l’impôt sur le revenu doivent s’abaisser jusqu’à un niveau proche de 30 %, qui est celui d’un grand nombre de pays qui ont réussi leur lutte contre le chômage, le nombre de tranches doit être réduit à deux. A plus long terme, on devrait s’acheminer vers un taux unique, une “ flat tax ” autour de 20 %.

On n’insistera jamais assez sur cette priorité dans la lutte contre le chômage. C’est le plus puissant stimulant pour les entrepreneurs et pour la création d’emplois – ce qui n’exclut pas de profondes révisions de la législation du travail dans le sens d’un assouplissement général.

Ceux qui craignent pour l’équilibre des dépenses publiques ont à considérer d’une part qu’une baisse des taux de prélèvements aboutit habituellement à une augmentation des recettes fiscales, puisque l’assiette de l’impôt s’est brutalement élargie  (c’est le fameux “ effet Laffer ”), d’autre part que l’Etat n’aura plus à sa charge les déficits et les intérêts de la dette sociale, enfin qu’un Etat privé de ressources se trouvera naturellement conduit à diminuer son train de vie, à vendre la majeure partie de son patrimoine, et à renoncer à la plupart de ses interventions intempestives.

 
EFFICACITE ECONOMIQUE ET COURAGE POLITIQUE

Ce programme de réformes est absolument nécessaire pour remettre l’économie sur la voie du marché, de la croissance et du plein emploi.

Son efficacité n’est pas en doute puisque les pays qui l’ont appliqué même partiellement en ont connu les effets positifs – fussent-ils partiels. La vraie difficulté, une fois de plus, tient au jeu politique.

L’Etat Providence s’est tellement développé que la courbe de ses clients n’a cessé d’augmenter. Réformer, c’est mettre fin à des privilèges, à des subventions, c’est remettre pas mal de gens au travail, au contact des réalités du marché. Réformer c’est renoncer à diriger l’économie. Même quand la machine est devenue folle et incontrôlable, le conducteur n’aime pas abandonner les commandes ; au contraire il se croit plus indispensable que jamais.

Il faut donc une sacrée dose de lucidité et de courage pour qu’un homme politique dise la vérité et, l’ayant dite, passe aux actes. Dans certains pays comme la France, on s’interroge pour savoir qui passera aux actes, qui attaquera les déficits, qui remettra en cause la Sécurité Sociale, qui libérera l’économie du carcan politique.

 
REMISE EN CAUSE DE L’ETAT PROVIDENCE

C’est bien le fond du problème : toute libéralisation de la sphère privée réduit d’autant la sphère publique.

Il ne s’agit pas seulement d’un simple transfert financier, ou d’une nouvelle ligne de partage entre l’Etat et les citoyens. Ce qui est en cause ici et avant tout c’est une nouvelle vision de la place de l’homme dans la société, et des responsabilités qu’il est amené à prendre.

Nous devrions tourner la page de l’assistanat et de l’irresponsabilité pour ouvrir celle de l’initiative et de la propriété. Non seulement c’est la condition pour libérer les entrepreneurs et tous ceux qui veulent concourir à la création de richesses, donc à la création d’emplois, mais c’est aussi un nécessaire acte de confiance dans les capacités de tous les individus.

Délivré des soins de l’Etat Providence, l’individu est en mesure de diriger sa vie et par conséquent de gérer son patrimoine de façon autonome.

Il nous faut retrouver la tradition de l’humanisme, la foi dans l’homme porteur d’un projet, dans l’homme responsable.

 
DE L’INDIVIDU COLLECTIVISE A L’INDIVIDU ENRACINE

Libérer l’homme de l’Etat Providence et de la collectivisation ne signifie pas pour autant flatter des tendances à l’égocentrisme.

C’est un mauvais procès fait au libéralisme que de l’assimiler à l’individualisme forcené. Les libéraux, respectueux de la nature et de la vocation de l’homme, savent très bien que l’homme a besoin, pour son propre épanouissement, d’un cadre communautaire, d’une relation privilégiée aux autres. L’individu a besoin de racines, comme il a besoin de liberté et les deux ne sont pas contradictoires. “ Etre libre, c’est dépendre de ce que l’on aime ” : cette définition de la liberté met l’accent sur la tension permanente qui pousse les individus à se rencontrer, à échanger, à partager. L’économie, vécue dans le cadre du marché, est déjà un acte tourné vers autrui. Mais le plus gros du potentiel de solidarité et de compréhension se développe dans le cadre communautaire, et notamment au sein de la communauté familiale.

On a vu que le patrimoine établit cette liaison durable et volontaire entre l’individu et la famille. A une époque où tant de gens sont désemparés, isolés, changeants, la redécouverte des vertus du patrimoine est un bienfait inégalable. Avec le patrimoine, chaque personne humaine affirme son existence propre, mais aussi sa présence et sa permanence au milieu des siens.

 
   
L'homme installé dans la précarité L'Etat capitalise pour tous Réforme de la protection sociale Efficacité économique et courage politique