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| LE DROIT ET LA
LÉGISLATION |
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Il y a des lois qui détruisent le droit.
L'opposition entre droit et législation a été particulièrement soulignée
par Friedrich HAYEK et Bruno LEONI.
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Les règles que les assemblées législatives et les
juges produisent de nos jours, qui constituent ce que l'on
appelle le droit positif, n'ont qu'un rapport très lointain
avec le vrai droit.
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La vraie règle de droit a en effet pour caractéristiques
d'être durable, générale et impersonnelle. Aujourd'hui, la législation
est faite de textes discordants, éphémères, pour satisfaire quelques
groupes de pression et créer des privilèges.
Si le droit de propriété est de droit naturel, si le
patrimoine est le reflet de la liberté et de la responsabilité personnelles,
certains textes et certaines pratiques juridiques ne cessent de
les limiter, de les encadrer, jusqu'à les ruiner.
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| LE CODE CIVIL
CONTRE LE PATRIMOINE |
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L'histoire de ces déviations a commencé avec le Code
Civil. Le Code a pourtant inspiré un grand nombre de droits étrangers,
et aujourd'hui les pays se divisent entre ceux qui se rattachent
à la tradition du Code, et ceux qui sont restés fidèles au système
anglo-saxon de la "common law".
Ce que l'on trouve dans le Code Napoléon a donc de
l'importance non seulement pour les Français, mais aussi pour un
grand nombre de peuples du monde entier.
Le Code Civil passe pour un modèle de définition et
de protection des droits civils. En réalité, pour diverses raisons,
et notamment sous l'influence des idées de la Révolution, le Code
Civil n'aime pas le patrimoine. S'il consacre la propriété individuelle,
il se refuse à associer la propriété et le patrimoine. La propriété
est attachée à l'individu, et pas à une communauté familiale - ce
qui est pourtant l'une des raisons d'être du patrimoine.
Un des effets les plus connus de cette position a été
le démantèlement de la propriété foncière. On dit à juste titre
que "le Code Civil est une machine à hacher le sol".
Le régime successoral mis en place en 1802 rend impossible
la transmission globale du patrimoine, et par le jeu des réserves
légales, qui sont en fait des réserves collectives, il a obligé
le patrimoine à éclater, à se morceler à l'occasion de chaque succession.
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| LA CONTESTATION
DE L'HÉRITAGE |
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Certes le Code Civil entendait mettre fin au droit
d'aînesse, qui participait d'un choix arbitraire et dont la
tradition juridique était d'ailleurs mal assurée.
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Mais si le privilège de l'aîné était choquant,
ce n'était pas une raison suffisante pour établir l'égalité absolue
entre tous les héritiers, au risque de les diviser et de diviser
la propriété.
Tout au long du XIX° et du XX° siècle, la tendance
égalisatrice et redistributive des régimes successoraux s'est développée,
parce que l'héritage a été de plus en plus contesté. Les grands
socialistes du XIX°, comme PROUDHON, sont tous contre l'héritage.
De nos jours, nombreux sont les philosophes et les juristes qui
estiment que les compteurs doivent être remis à zéro à chaque génération.
Le fait que certains héritent et d'autres pas est considéré
comme un scandale, comme une injustice sociale majeure, que l'Etat
doit réparer.
Ces doctrines font évidemment bon marché de la volonté
du propriétaire de disposer de son bien comme il l'entend, de son
vivant ou au moment de son décès.
L'usage de la propriété est passée sous contrôle social.
On retourne aux vieilles théories du domaines éminent. Tout se passe
comme si le propriétaire potentiel de toutes choses était en dernière
analyse l'Etat, les individus n'ayant finalement qu'une possession
précaire, limitée à leur vivant.
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| LA COLLECTIVISATION
DE LA PROPRIÉTÉ |
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Il n'y a qu'un léger pas à franchir pour passer des
contraintes patrimoniales à la collectivisation de la propriété.
Ce pas a été franchi par les régimes communistes, et cet héritage
là paraît particulièrement lourd.
Dans beaucoup de pays que l'on dit "en transition
vers le marché", tout progrès significatif est exclu parce
que l'on ne parvient plus à redéfinir les droits de propriété privés
de façon assez précise. Cela est vrai pour les exploitations agricoles.
Les lois de privatisation ont pendant longtemps admis la possession
familiale, mais interdit la transmission héréditaire. Là où on a
voulu réinstaller les anciens propriétaires, le désordre et les
conflits ont été sans fin.
Cela est vrai aussi pour les entreprises industrielles
et commerciales. Au lieu de mettre en circulation des titres de
propriété du capital de ces entreprises et organiser un libre marché
des actions et autres droits de propriété, on a adopté la formule
des assignats, créances sur la vente des biens nationaux. Comme
en 1791, ces chiffons de papier n'ont eu le plus souvent aucune
valeur marchande, et la propriété des entreprises dites "privatisées"
est passée entre les mains des caciques du régime (ancien ou nouveau).
Quand on s'interroge sur le démantèlement de l'économie
russe et la dévaluation du rouble, quand on observe la stagnation
de la Bulgarie, de la Roumanie et de plusieurs pays de la CEI, on
ne peut manquer de relever le poids de l'éclatement de la propriété
et l'impossibilité de donner un contenu juridique à la propriété
et au patrimoine. On n'a pas vraiment mis fin à la collectivisation.
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| QUE FAIRE DE
SON BIEN ? |
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Si la législation détruit le patrimoine, notamment
à l'occasion de sa transmission, cela ne veut pas dire que le patrimoine
soit réellement reconnu et protégé pendant son existence.
Car, lorsqu'il y a patrimoine, on ne peut en faire
ce que l'on en veut.
Il faut d'abord compter avec la fiscalité. Comme on
l'a vu, elle peut faire disparaître l'épargne et la fortune dans
des délais très rapides.
Mais sur la partie non confisquée du patrimoine, la
liberté du gestionnaire est de plus en plus limitée.
Veut-il se livrer à quelques libéralités dont jouiraient
ses enfants ou d'autres personnes ? La législation prévoit un système
complexe et arbitraire de rapport et de réduction des libéralités.
Veut-il donner à ses propriétés foncières une nouvelle
destination ? Veut-il construire, lotir, aménager ? On entre ici
dans l'épais brouillard du Code Foncier, du Code d'Urbanisme. Des
terrains perdent du jour au lendemain toute valeur marchande parce
que les contours du POS ou les chiffres du COS auront été modifiés.
Au prétexte d'aménagement, des quartiers entiers sont sous la menace
d'expropriations.
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| LA PROPRIÉTÉ
PUBLIQUE |
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Parallèlement à l'érosion des patrimoines privés, on
a vu apparaître une législation de nature à développer le
patrimoine public.
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Le domaine public a toujours existé dans
la plupart des pays, mais il se limitait traditionnellement à des
biens fonciers et immobiliers.
La nouvelle propriété publique est industrielle, financière,
commerciale.
L'Etat et les collectivités locales sont directement
propriétaires, ou indirectement à travers des sociétés d'économie
mixte qui exploitent des ressources devenues "publiques"
pour l'occasion. Ce capital est formé et entretenu par les contribuables
; c'est souvent le tonneau des Danaïdes comme le montre l'exemple
de la "recapitalisation" de certaines entreprises publiques,
déjà évoqué.
Alors que le droit des biens et des personnes était
relativement homogène dans le passé, on parvient aujourd'hui à une
mosaïque juridique qui paralyse les transactions, ou en augmente
considérablement le coût. Il ne fait pas bon avoir à faire au public,
et à la série de démarches administratives que cela implique. On
voudrait bien se passer d'un tel partenariat mais, un peu partout,
le partenaire s'est imposé !
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| LA PROTECTION
DE L'ENVIRONNEMENT |
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Ce phénomène d'omniprésence de la chose publique, stérilisante
de la chose privée, s'est considérablement développé au prétexte
de protection de l'environnement. La législation fait peser sur
les propriétaires des obligations sans cesse croissantes : lutte
contre le feu, lutte contre l'eau, sauvegarde de l'eau, sauvegarde
des forêts, parcs naturels, défense des espèces, défense des essences,
sites classés, paysages classés, etc.
En quelques années, la France s'est donnée une loi
sur la montagne, une loi sur les fonds marins, une loi sur l'air,
dont chacune représente non seulement un bijou de précision juridique,
mais aussi des atteintes innombrables au droit de propriété.
Dans ce domaine, des initiatives locales font surenchère
au législateur national, et certains maires qui voulaient avoir
une ville propre ont fini par avoir une ville morte.
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| L'ÉTAT POSSÈDE
LE SOL FRANCAIS |
| Le paradoxe est que les propriétaires privés sont tenus
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responsables du patrimoine naturel, alors que bien
souvent c'est l'Etat qui possède le sol, échappant aux contraintes
que subissent les particuliers.
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En plein coeur de la Sainte Victoire, site protégé,
s'élève un bâtiment administratif qu'aucun particulier n'aurait
osé ériger. Les milliers de kilomètres carrés de voies ferrées,
de gares, d'ateliers, possédés par la SNCF défigurent les centres
villes, mais comme cela ne suffisait pas la SNCF a conquis la campagne
et la montagne en installant des villages de vacances. Depuis Yellowstone,
on sait que ce sont plutôt les forêts domaniales et les parcs nationaux
qui sont dévastés par le feu. Depuis les inondations en Chine, on
sait que ce sont plutôt les ouvrages d'art et les centrales construites
par l'Etat qui modifient tous les éco-systèmes et font courir de
graves risques à la population.
Cette responsabilité de l'Etat dans la dégradation
du patrimoine naturel n'est pas souvent mise en cause : l'Etat est
un être mythique bienfaisant.
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| RETOUR À LA GESTION
PRIVÉE |
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De même, on n'évoque pas souvent les formidables possibilités
de la gestion privée de l'environnement.
Aujourd'hui, certains environnementalistes font pourtant
la démonstration que la meilleure façon de protéger la nature, d'éliminer
la pollution, d'améliorer le cadre de vie, n'est autre que la propriété
privée.
Aux Etats Unis, ce mouvement de "nouveaux environnementalistes"
progresse, grâce aux réalisations spectaculaires obtenues avec l'appropriation
privée d'éléments naturels. Les troupeaux de baleines et de cétacés
sur la côte Pacifique, les parcs naturels privés et payants, les
réserves d'oiseaux organisées par les compagnies pétrolières, l'élimination
des gaz d'échappement à Los Angeles : tout cela a été rendu possible
parce que des particuliers en ont fait leur affaire, et ils ont
pu réaliser leurs initiatives parce que le principe de la propriété
et de la gestion privées avait été remis à l'honneur.
Par ce biais, on en arrive à une conclusion que l'on
aurait dû garder sans cesse à l'esprit : la maîtrise de la terre,
de ses ressources de toutes sortes, la maîtrise de la richesse,
doivent être sous la responsabilité de particuliers agissant de
façon spontanée, garantis dans leurs droits de propriété, et non
des administrations irresponsables et ignorantes des droits de propriété.
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| MEILLEURE GESTION
ÉQUIVAUT À CRÉATION D'EMPLOIS |
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Quant au lien entre la défense du patrimoine privé
et le chômage, il revient à une idée simple : les emplois sont créés
pour produire des richesses. Et on ne peut associer richesse et
dilapidation. Dans les pays où le patrimoine est respecté, les gens
épargnent pour constituer leur patrimoine. Directement ou indirectement,
cette épargne se retrouve sous forme d'investissement dans des activités
rentables. Une partie de l'épargne est affectée à des placements
qui donnent au patrimoine sa rentabilité et sa mobilité.
Dans les pays où le patrimoine n'est pas respecté,
ou est collectivisé, ou étatisé, il y a perte nette de ressources
et de richesses, gaspillage du potentiel productif de l'économie
considérée.
Voilà qui devrait infléchir la législation vers plus
de libertés patrimoniales. Non seulement on préserverait ce qui
existe, et notamment les ressources naturelles, mais on développerait
l'activité économique en donnant à chacun le sentiment qu'il travaille
pour lui et pour les siens, et que son bien sera à son entière disposition,
protégé contre les spoliations et les dégradations, y compris celles
qui jusqu'à présent ont été légalisées par les pouvoirs publics.
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