LES IDEES ECONOMIQUES DANS LE MONDE CONTEMPORAIN

Témoignages : les courants intellectuels dans les changements politiques en Europe Centrale et de l'Est.
 
OU EN SONT LES IDÉES ÉCONOMIQUES ?

Où en sont les idées économiques dans le monde contemporain ?

Quels sont les courants qui ont inspiré, inspirent, inspireront l'action politique dans les différents pays ?

Ce bilan devrait permettre de mesurer la nature exacte des liens entre réflexion économique et action politique : très étroits, approximatifs, très distendus, voire nuls ?

Ce bilan devrait aussi suggérer des comparaisons, désigner les "bons élèves" et expliquer comment les mauvais pourraient les imiter.

Mais les expériences nationales sont-elles transposables ?

Universalistes et nationalistes s'affrontent ici, une fois de plus.

 

LES PAYS DE L'EST

Commençons notre réflexion par des témoignages sur les pays encore aujourd'hui les plus déshérités (puisque leur héritage c'est souvent le plan et le communisme) : ceux de l'Est et du Sud.

Ils ont donc en commun de vivre la "transition au marché".

Mais peuvent-ils la vivre de la même façon ?

La différence de taille a son importance. Les problèmes posés par le démantèlement de l'Union soviétique sont spécifiques. Ils concernent les structures du pouvoir politique, l'articulation des nationalismes et du fédéralisme. Comment un grand empire peut-il devenir une "grande" démocratie et un "grand marché" ?

 

L'HÉRITAGE DU MODELE SOVIETIQUE

Une autre différence tient au degré de collectivisation et de centralisation que connaissaient les divers pays avant 1989.

Les uns ont connu la totale disparition de la propriété privée aussi bien dans les campagnes que dans les usines ; c'est le cas de la Bulgarie. D'autres ont gardé une tradition de propriété et d'échanges commerciaux : c'est le cas de la Hongrie et de la République Tchèque.

Plus la fidélité au modèle soviétique a été accentuée, plus on rencontre des difficultés pour privatiser et s'ouvrir à l'étranger.

 
LES SCHÉMAS INTELLECTUELS COLLECTIVISTES

Mais la différence décisive ne tient-elle pas à la pénétration des idées économiques, à l'existence d'un dynamisme intellectuel qui pousse aux réformes, alors qu'ailleurs les forces conservatrices et la nomenklatura sont les plus puissantes ?

L'affranchissement du joug intellectuel marxiste va sans doute de pair avec l'élimination des anciennes castes communistes. Mais comme le montrent les exemples polonais et hongrois, il est peut-être moins dangereux d'avoir d'anciens communistes au pouvoir que de rester prisonnier des schémas de pensée collectiviste.

Parmi ces schémas : l'égalitarisme (fût-ce au prix de la misère), la sécurité (fût-ce au prix de la servitude), la xénophobie (même au prix de l'isolement).

 

UNE JEUNE CLASSE INTELLECTUELLE

Par contraste, il existe certainement, même dans les pays les moins bien pourvus, une classe intellectuelle, en général une jeune classe intellectuelle, qui a parfaitement saisi les illusions du socialisme, et compris les promesses du libéralisme.

Cette classe est assez lucide pour déplorer les maffias, les affairistes, les spéculateurs, nationaux et étrangers, qui sont allés à la curée dès que l'ordre communiste a disparu. Ce sont même parfois les mêmes qui allaient hier à la curée avec le Parti et au détriment du peuple.

Mais cette jeune classe politique est assez  cultivée et assez enthousiaste pour contribuer au vrai changement de régime, et expliquer et réaliser les vrais  réformes.

C'est à cette minorité agissante que devraient aller les égards et les appuis du monde occidental, qui les réserve pour l'instant aux dirigeants conservateurs et aux experts internationaux budgétivores et aux prébandiers de marchés publics.

 

CHAINE INTELLECTUELLE, CHAINE COMMERCIALE

La chaîne intellectuelle avec l'Europe de l'Est et l'Europe Centrale sera d'autant plus solide qu'elle s'accompagnera d'une chaîne commerciale et économique.

Voilà   pourquoi   le  protectionnisme  de  ladite  "Union Européenne"  est  une  façon  de  perpétuer l'ignorance et la barbarie. A l'inverse, que les Européens de tous les pays puissent saluer comme un progrès d'ouvrir largement les frontières aux produits, aux capitaux et aux hommes. Ce n'est pas en bloquant les importations et l'immigration qu'on diminuera la pression de l'Est sur l'Ouest. C'est en permettant la pénétration des idées et des institutions de la liberté.

Désespérer les peuples en les rejetant dans leurs erreurs est la meilleure façon de transformer l'Europe en bombe explosive.

Aujourd'hui comme hier, le marché et les idées de la liberté, demeurent la meilleure garantie de la paix et de la compréhension entre les peuples.

 

L'AFRIQUE ISOLÉE

Ce discours vaut évidemment, et même à plus forte raison, pour les pays du "Sud" : ceux de l'Asie, de l'Amérique Latine, mais encore plus de l'Afrique.

Là encore, la situation n'est pas homogène.

L'Asie et l'Amérique Latine s'intègrent déjà dans des ensembles marchands élargis. Tellement élargis que les Européens en subissent le choc - et ont là encore des réactions de rejet.

Par contraste, l'Afrique se morcelle et s'isole. Ses élites intellectuelles fuient les régimes totalitaires fabriqués, soutenus, contrôlés ou incontrôlés par les puissances étrangères. Pas d'échanges, pas de marché, pas d'entrepreneurs, pas d'universités, pas de progrès : tout se tient.

 

LE CAPITALISME UNIVERSEL

La conclusion de ce bilan nous conduira-t-elle à une vision pessimiste ou optimiste ?

Sans doute y a-t-il déjà des percées spectaculaires. S'agit-il de pays habités par des peuplades privilégiées, pratiquant des religions appropriées, disposant de ressources inespérées ?

Nous pourrions par contraste proposer une autre lecture de ces bilans contrastés : le succès est du côté des nations où les dirigeants ont laissé s'exprimer les libertés personnelles, où le capital humain a pu se créer et s'exprimer pleinement.

La ligne de partage n'est donc ni géographique, ni ethnique, ni religieuse, elle est bien politique et institutionnelle.

Elle est intellectuelle : ici les idées de la liberté ont fait leur chemin, là elles sont rejetées ou ignorées.

La mission des peuples riches qui veulent aider les pauvres est donc, avant tout, une mission intellectuelle.

 
   
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