LIBERTÉ ET POUVOIR : L'ACTION POLITIQUE


Nous voici parvenus au terme de la semaine du 1er au 6 Septembre 1997, pendant laquelle se tenait la XX° Université d’Eté de la Nouvelle Economie sur le thème général : « Liberté des Actes, Dignité des Personnes ». En ce Samedi matin, les participants étaient invités à débattre de la dimension internationale de la liberté. Comme à l’habitude un audio-visuel permettait de présenter les grandes idées et d’introduire les conférences. En voici le texte.

 

TOUS APPELÉS À LA LIBERTÉ

Tous les individus, tous les peuples sont appelés à la liberté, parce qu'elle est constitutive de la personne humaine.

Pourtant, certains se demandent si la liberté ne serait pas l'apanage exclusif des nations riches.

Ces doutes se nourrissent de deux interrogations :

- la liberté et notamment la liberté des échanges, n'est-elle pas une source d'exploitation des nations pauvres par les autres ?

- les pays pauvres ne progressent-ils pas plus vite avec des régimes autoritaires, au détriment de la liberté politique ?

 

LE MODÈLE CHINOIS

Sur ce dernier point, on cite volontiers la Chine d'aujourd'hui, mais aussi ce qui s'est passé hier à Taiwan, à Singapour, voire à Hong Kong ou en Corée. La liberté économique ne doit-elle pas précéder la liberté politique ?

Par contraste, d'autres nations comme celles d'Europe de l'Est, seraient passées trop vite à la liberté politique, et auraient manqué ou retardé leur transition au marché.

En réalité, la grande affaire demeure toujours celle de la reconnaissance des droits individuels, de la possibilité pour chacun d'exprimer sa personnalité, de développer ses projets. Dans le "modèle" chinois, les droits individuels subissent une double limitation : ils ne sont accordés qu'à une "élite" dûment autorisée par le régime, et uniquement pour exercer une activité économique.

Tôt ou tard, ces limitations peuvent neutraliser tout progrès soutenu, à moins qu'elles ne sautent sous la pression de la dynamique de la liberté.

Pour qu'il y ait développement économique, il faut qu'il y ait pleine reconnaissance de la dignité des hommes.

 

REGAIN DU NATIONALISME

Mais tout le monde accepte-t-il cette vue du développement ?

Une doctrine bien établie, objet d'une propagande tapageuse, impute au libre-échange les malheurs du Tiers-Monde, aussi bien d'ailleurs que les déséquilibres et le chômage de certains pays riches.

En réaction contre les prétendus dangers de la mondialisation des échanges, voici poindre le nationalisme, le fanatisme politique et religieux.                                                                     

Voilà une vraie menace, car le refus de l'étranger dresse les peuples les uns contre les autres, et les peuples eux-mêmes se divisent de l'intérieur entre ceux qui ont intérêt au protectionnisme et ceux qui vont sûrement en souffrir.

 
COMPARER C'EST PROGRESSER   

Les évidences sont pourtant là : le libre-échange a mis sur la voie du développement rapide des pays naguère très pauvres. Le commerce extérieur, loin de créer la misère, permet de la vaincre rapidement. Pourquoi cela ?

Il ne faut pas chercher l'explication du côté de la "spécialisation internationale" : aujourd'hui n'importe qui produit n'importe quoi, techniques et capitaux se délocalisent à une vitesse impressionnante.

La véritable explication tient à la circulation de l'information, à la communication et à la motivation qu'elle engendre. La mise en contact de cultures, de savoir-faire, de modes d'organisation, de règles sociales fournit l'occasion d'agir, d'innover, à quelques pionniers - pour peu qu'on les laisse librement entreprendre.

Les lourdeurs structurelles qui pesaient sur les coûts disparaissent sous l'effet de la concurrence : tout le monde est condamné à mieux faire.

C'est la comparaison internationale qui accélère le progrès.

 
LES ÉTATS EN CONCURRENCE
Les États ne voient pas toujours d'un bon oeil cette évolution.

D'une part ils subissent les pressions protectionnistes des gens installés, de ceux qui bénéficient de rentes et de privilèges, à l'abri derrière les frontières.

Les États ne voient pas toujours d'un bon oeil cette évolution.

D'une part ils subissent les pressions protectionnistes des gens installés, de ceux qui bénéficient de rentes et de privilèges, à l'abri derrière les frontières.

D'autre part, ils perdent une partie de leurs moyens et de leur prestige en perdant le contrôle des échanges extérieurs ; désormais les gens dynamiques veulent faire du commerce au lieu d'entrer dans l'administration.

Enfin, les Etats sont eux-mêmes en concurrence, et doivent se soumettre aux lois du marché mondial et renoncer à leurs souverainetés dans le domaine de la monnaie, de la fiscalité, de la législation.

Les gens de l'État vont donc dénoncer eux aussi les périls de la mondialisation, et exacerberont les sentiments "d'identité culturelle" au prix de beaucoup de désinformation.

 
REJET DU MODÈLE AMÉRICAIN

Aujourd'hui une vague d'anti-américanisme déferle sur la vieille Europe. Elle est propagée, à travers les thèses du développement durable, sur les continents africain et latino-américain.

Certains reproches à l'égard des Etats Unis sont légitimés : la diplomatie du Département d'État n'est pas toujours la mieux avisée, et la société américaine est une caisse de résonance pour les fléaux et les vices du monde entier.

Mais, depuis l'ère Reagan, une grande partie des Américains a renoué avec les valeurs traditionnelles de cette grande démocratie libérale, et les Européens sans foi ni loi sont mal placés pour rejeter globalement tout ce qui vient d'Outre Atlantique.

Quant aux succès de l'économie américaine, ils sont obtenus par beaucoup de conscience professionnelle, un désir et une possibilité de promotion personnelle, une grande vague de recul de l'État fédéral, de ses dépenses et de ses réglementations.

Les Européens seraient bien inspirés de voir les réalités américaines et d'y réfléchir, au lieu de s'en tenir à une image caricaturale et à un rejet aussi absurde que total.

 
JEUNESSE, COMPRÉHENSION ET OUVERTURE

Pourquoi ne pas reconnaître que, depuis des siècles, les relations marchandes sont de nature à rapprocher les peuples ?

C'est la politique qui divise et dresse les uns contre les autres ; c'est le marché qui rapproche et harmonise. Des gens de toutes nationalités apprennent à se connaître,  à se comprendre.

De ce point de vue, la jeunesse du monde entier n'a pas les préventions et les peurs des générations hantées par les guerres mondiales, idéologiques et armées, les générations condamnées au mensonge et au repliement par des régimes totalitaires.

C'est pour cette jeunesse qu'il faut formuler le voeu d'un monde sans frontières politiques ni économiques, ce qui ne devrait pas exclure la survie et la vigueur de cultures nationales dont l'être humain a besoin, comme il a besoin de toutes ces communautés dans lesquelles il puise traditions et valeurs.

 
LA PAIX DES MARCHANDS

Ainsi ne faut-il pas attaquer ni diminuer la liberté dans les relations mondiales. Elle n'est pas l'occasion d'installer la domination de quelques peuples sur les autres. Elle ne signifie pas la disparition des nations.

Echanger sans contrainte, c'est l'un des droits fondamentaux de la personne humaine. C'est le nécessaire prolongement de la propriété individuelle.

Par voie de conséquence, les hommes sont plus en sécurité, plus en sympathie, quand ils peuvent librement échanger. Les intérêts économiques n'opposent pas les peuples, ils les rapprochent. Les conflits naissent quand l'État se substitue aux individus, ou quand par facilité et par inconscience les individus s'en remettent à l'État pour neutraliser la concurrence. Entre les marchands, on négocie ; entre les Etats, on fait la guerre. La liberté est un facteur de paix durable : c'est la paix des marchands.

 
AMOUR ET EXIGENCES DE LA LIBERTÉ  

Si, à l'heure présente, des millions d'êtres humains sont dans le doute, dans la misère, si les perspectives du monde contemporain les révoltent, c'est bien à tort qu'ils mettraient la liberté en accusation. Ce ne sont pas les excès de la liberté qui menacent l'homme dans son existence ou dans son avenir.

Ceux qui menacent l'homme sont les adversaires de la liberté, qui la rejettent - ou pire encore - la déforment et la caricaturent. Ceux qui aiment la liberté en connaissent les exigences morales, les rigueurs quotidiennes.

Ils savent aussi qu'il faut donner à la liberté l'épaisseur d'une foi, d'une fin. Ils savent que la liberté de l'action humaine ne prend son sens que dans la perspective de la dignité de la personne.

 
 
  
Les Etats en concurrence Jeunesse, compréhension et ouverture Amour et exigences de la liberté Regain du nationalisme