| | | TOUS APPELÉS À LA LIBERTÉ | | Tous
les individus, tous les peuples sont appelés à la liberté, parce qu'elle est constitutive
de la personne humaine. Pourtant,
certains se demandent si la liberté ne serait pas l'apanage exclusif des nations
riches. Ces
doutes se nourrissent de deux interrogations : -
la liberté et notamment la liberté des échanges, n'est-elle pas une source d'exploitation
des nations pauvres par les autres ? -
les pays pauvres ne progressent-ils pas plus vite avec des régimes autoritaires,
au détriment de la liberté politique ? | | |
| LE MODÈLE CHINOIS | |
Sur ce dernier
point, on cite volontiers la Chine d'aujourd'hui, mais aussi ce qui s'est passé
hier à Taiwan, à Singapour, voire à Hong Kong ou en Corée. La liberté économique
ne doit-elle pas précéder la liberté politique ? Par
contraste, d'autres nations comme celles d'Europe de l'Est, seraient passées trop
vite à la liberté politique, et auraient manqué ou retardé leur transition au
marché. En réalité,
la grande affaire demeure toujours celle de la reconnaissance des droits individuels,
de la possibilité pour chacun d'exprimer sa personnalité, de développer ses projets.
Dans le "modèle" chinois, les droits individuels subissent une double
limitation : ils ne sont accordés qu'à une "élite" dûment autorisée
par le régime, et uniquement pour exercer une activité économique. Tôt
ou tard, ces limitations peuvent neutraliser tout progrès soutenu, à moins qu'elles
ne sautent sous la pression de la dynamique de la liberté. Pour
qu'il y ait développement économique, il faut qu'il y ait pleine reconnaissance
de la dignité des hommes. | | | |
REGAIN DU NATIONALISME | | Mais
tout le monde accepte-t-il cette vue du développement ? |
 |
Une doctrine bien
établie, objet d'une propagande tapageuse, impute au libre-échange les malheurs
du Tiers-Monde, aussi bien d'ailleurs que les déséquilibres et le chômage de certains
pays riches. | | | En
réaction contre les prétendus dangers de la mondialisation des échanges, voici
poindre le nationalisme, le fanatisme politique et religieux.
Voilà
une vraie menace, car le refus de l'étranger dresse les peuples les uns contre
les autres, et les peuples eux-mêmes se divisent de l'intérieur entre ceux qui
ont intérêt au protectionnisme et ceux qui vont sûrement en souffrir. |
| | | COMPARER C'EST PROGRESSER
| | Les
évidences sont pourtant là : le libre-échange a mis sur la voie du développement
rapide des pays naguère très pauvres. Le commerce extérieur, loin de créer la
misère, permet de la vaincre rapidement. Pourquoi cela ? Il
ne faut pas chercher l'explication du côté de la "spécialisation internationale"
: aujourd'hui n'importe qui produit n'importe quoi, techniques et capitaux se
délocalisent à une vitesse impressionnante. La
véritable explication tient à la circulation de l'information, à la communication
et à la motivation qu'elle engendre. La mise en contact de cultures, de savoir-faire,
de modes d'organisation, de règles sociales fournit l'occasion d'agir, d'innover,
à quelques pionniers - pour peu qu'on les laisse librement entreprendre. Les
lourdeurs structurelles qui pesaient sur les coûts disparaissent sous l'effet
de la concurrence : tout le monde est condamné à mieux faire. C'est
la comparaison internationale qui accélère le progrès. | | |
| LES ÉTATS EN CONCURRENCE | | Les
États ne voient pas toujours d'un bon oeil cette évolution. |
| D'une
part ils subissent les pressions protectionnistes des gens installés, de ceux
qui bénéficient de rentes et de privilèges, à l'abri derrière les frontières. |  |
| | Les
États ne voient pas toujours d'un bon oeil cette évolution. D'une
part ils subissent les pressions protectionnistes des gens installés, de ceux
qui bénéficient de rentes et de privilèges, à l'abri derrière les frontières. D'autre
part, ils perdent une partie de leurs moyens et de leur prestige en perdant le
contrôle des échanges extérieurs ; désormais les gens dynamiques veulent faire
du commerce au lieu d'entrer dans l'administration. Enfin,
les Etats sont eux-mêmes en concurrence, et doivent se soumettre aux lois du marché
mondial et renoncer à leurs souverainetés dans le domaine de la monnaie, de la
fiscalité, de la législation. Les
gens de l'État vont donc dénoncer eux aussi les périls de la mondialisation, et
exacerberont les sentiments "d'identité culturelle" au prix de beaucoup
de désinformation. | | | | REJET DU MODÈLE AMÉRICAIN | |
Aujourd'hui une
vague d'anti-américanisme déferle sur la vieille Europe. Elle est propagée, à
travers les thèses du développement durable, sur les continents africain et latino-américain. Certains
reproches à l'égard des Etats Unis sont légitimés : la diplomatie du Département
d'État n'est pas toujours la mieux avisée, et la société américaine est une caisse
de résonance pour les fléaux et les vices du monde entier. Mais,
depuis l'ère Reagan, une grande partie des Américains a renoué avec les valeurs
traditionnelles de cette grande démocratie libérale, et les Européens sans foi
ni loi sont mal placés pour rejeter globalement tout ce qui vient d'Outre Atlantique. Quant
aux succès de l'économie américaine, ils sont obtenus par beaucoup de conscience
professionnelle, un désir et une possibilité de promotion personnelle, une grande
vague de recul de l'État fédéral, de ses dépenses et de ses réglementations. Les
Européens seraient bien inspirés de voir les réalités américaines et d'y réfléchir,
au lieu de s'en tenir à une image caricaturale et à un rejet aussi absurde que
total. | | | | JEUNESSE, COMPRÉHENSION ET OUVERTURE | Pourquoi
ne pas reconnaître que, depuis des siècles, les relations marchandes sont de nature
à rapprocher les peuples ? |
 |
C'est la politique
qui divise et dresse les uns contre les autres ; c'est le marché qui rapproche
et harmonise. Des gens de toutes nationalités apprennent à se connaître,
à se comprendre. | | | De
ce point de vue, la jeunesse du monde entier n'a pas les préventions et les peurs
des générations hantées par les guerres mondiales, idéologiques et armées, les
générations condamnées au mensonge et au repliement par des régimes totalitaires. C'est
pour cette jeunesse qu'il faut formuler le voeu d'un monde sans frontières politiques
ni économiques, ce qui ne devrait pas exclure la survie et la vigueur de cultures
nationales dont l'être humain a besoin, comme il a besoin de toutes ces communautés
dans lesquelles il puise traditions et valeurs. | | |
| LA PAIX DES MARCHANDS | |
Ainsi ne faut-il pas attaquer ni diminuer la liberté dans
les relations mondiales. Elle n'est pas l'occasion d'installer la domination de
quelques peuples sur les autres. Elle ne signifie pas la disparition des nations. Echanger
sans contrainte, c'est l'un des droits fondamentaux de la personne humaine. C'est
le nécessaire prolongement de la propriété individuelle. Par
voie de conséquence, les hommes sont plus en sécurité, plus en sympathie, quand
ils peuvent librement échanger. Les intérêts économiques n'opposent pas les peuples,
ils les rapprochent. Les conflits naissent quand l'État se substitue aux individus,
ou quand par facilité et par inconscience les individus s'en remettent à l'État
pour neutraliser la concurrence. Entre les marchands, on négocie ; entre les Etats,
on fait la guerre. La liberté est un facteur de paix durable : c'est la paix des
marchands. | | | | AMOUR ET EXIGENCES DE LA LIBERTÉ |
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Si, à l'heure présente,
des millions d'êtres humains sont dans le doute, dans la misère, si les perspectives
du monde contemporain les révoltent, c'est bien à tort qu'ils mettraient la liberté
en accusation. Ce ne sont pas les excès de la liberté qui menacent l'homme dans
son existence ou dans son avenir. Ceux
qui menacent l'homme sont les adversaires de la liberté, qui la rejettent - ou
pire encore - la déforment et la caricaturent. Ceux qui aiment la liberté en connaissent
les exigences morales, les rigueurs quotidiennes. |  |
| | Ils
savent aussi qu'il faut donner à la liberté l'épaisseur d'une foi, d'une fin.
Ils savent que la liberté de l'action humaine ne prend son sens que dans la perspective
de la dignité de la personne. | | | | |
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