LES STRUCTURES MORALES DE LA LIBERTÉ
La liberté est ordonnée à la vérité
 
BIENVENUE A LA XX° UNIVERSITÉ D'ÉTÉ

Bienvenue à la XX° Université d'Eté de la Nouvelle Economie.

En 1978, la Nouvelle Economie portait bien son nom : elle était une réaction contre les idées à la mode à l'époque en France.

La macro-économie était dominante, KEYNES avait conquis tous les esprits, la planification était l'espoir du XX° siècle.

De même que les nouveaux philosophes se proposaient de libérer l'intelligentsia de l'emprise du marxisme, les nouveaux économistes voulaient diffuser en France le nouveau message de la science économique : "trop d'Etat, trop peu de marché".

Partout dans le monde on avait finalement compris que la planification, l'étatisme, étaient les vraies causes de ce que l'on appelait "la crise", on avait redécouvert les vertus du marché et de la liberté économique. Mais, en France, on ne savait pas encore.

Tout au contraire, les Français se préparaient à entrer dans une ère de socialisme flamboyant. Si le programme commun de la gauche était repoussé en 1978 (de très peu), il triomphait en 1981. Il est vrai qu'à l'époque on se moquait de ce que pouvaient faire les autres, et on ne croyait guère à la science économique : comme l'expliquait Jacques ATTALI l'économie devait tout à la politique, et rien à la science.

 
DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE À L'ÉCONOMIE ÉTHIQUE

Aujourd'hui l'expression "Nouvelle Economie" a pris un deuxième sens.

En approfondissant l'analyse du marché, en développant la philosophie libérale, on a facilement découvert que la supériorité du capitalisme tenait dans la place centrale qu'il reconnaissait à la personne humaine, à sa liberté, à sa dignité.

Dès avant 1989, ici même à Aix, on discutait de l'"humanisme marchand". La chute du mur de Berlin, la fin des régimes communistes, confirmaient cette idée : le socialisme n'était pas seulement une erreur d'organisation de l'économie, il était aussi et surtout une erreur sur la nature de l'homme et de ses aspirations. Ce n'était pas les pénuries et la misère qui chassaient les dictateurs, c'était le désespoir auquel étaient réduits des hommes privés de tout projet, de toute initiative, de toute autonomie.

Par contraste, la clé de la prospérité et du développement se trouve dans la qualité des hommes. "Il n'est de richesse que d'hommes". La qualité des hommes, c'est le produit d'une éducation, d'une culture des valeurs morales et spirituelles, c'est le fruit d'une recherche personnelle. Nous savons que la page de l'Etat, de la politique, est tournée et que l'histoire s'ouvre sur la page de la qualité des hommes. L'économie politique a vécu ; l'économie éthique est riche de promesses.

 
DONNER UN SENS À LA LIBERTÉ

Voilà qui explique le choix du thème de cette XX° Université.

En 1997, comme il y a vingt ans, on cultive l'exception française, le décalage français.

En France, le libéralisme n'a pu se frayer un chemin parce qu'il a été mal compris, mal pratiqué par ceux qui s'en réclamaient. Les adversaires du libéralisme mobilisent les craintes des Français en présentant le marché et le libre échange comme des procédures injustes, de nature à broyer l'être humain, à flatter les égoïsmes et la violence, à aggraver les inégalités et les tensions. Or, les grands auteurs libéraux, philosophes, économistes ou juristes, n'ont jamais ignoré les dimensions éthique, sociale et juridique du libéralisme.

Il fallait donc, une fois de plus, rappeler que quand on prône les idées de la liberté, ce n'est pas pour des raisons d'efficacité, ce n'est pas pour l'enrichissement de quelques-uns et pour la performance des entreprises, mais bien parce que la liberté a un sens. Elle n'est pas un absolu, ni une technique ou une politique. Elle prend sa valeur dans la perspective des hommes qu'elle concerne. La liberté des actes ne se conçoit qu'au service de la dignité des personnes.

 
ERREURS SUR LA LIBERTÉ

La nécessité de donner un sens à la liberté est d'autant plus grande aujourd'hui que, dans les esprits comme dans les faits, on s'obstine à voir

dans la liberté un absolu, un pouvoir de faire, un pouvoir de tout faire, de tout penser. Tout ce que l'on peut faire serait bon. Tout ce que l'on pourrait penser serait vrai.

Cette conception "positive" de la liberté est une erreur, commise de bonne ou de mauvaise foi, par des adversaires mais aussi des partisans maladroits du libéralisme.

Cette erreur sur la liberté se traduit dans les faits et l'on s'inquiète et se révolte à juste titre contre ce qui se passe dans certains pays "libérés" du communisme, mais incapables de se donner les institutions, les exigences morales, l'éducation de la liberté.

La Russie est un exemple, parmi d'autres, de ces fortunes vite faites, le plus souvent à partir de spoliations, de corruptions, de pressions, de trafics illicites de toutes sortes. On mettra tous ces débordements au passif de la "transition au marché", et d'aucuns se prendront à regretter le bon vieux temps du communisme, où les vices avaient au moins la pudeur de se cacher.

 
LE CAPITALISME "SAUVAGE"

Rien de surprenant, alors, si se manifestent de très vives réactions contre ce capitalisme "sauvage". Si, en effet, la liberté n'avait pour résultat que de vouer l'être humain à l'indignité, à le diminuer au lieu de l'élever, elle devrait susciter la méfiance, voire l'hostilité de la part de ceux qui souhaitent pour l'homme un autre destin que celui de l'enrichissement et de la jouissance par tous les moyens.

Cependant, ce rejet du capitalisme sauvage entache la réputation du capitalisme lui-même, dont beaucoup vont estimer que, par nature, il ne saurait être que "sauvage".

 
LE FAUX PROCÈS DU LIBÉRALISME

Cette thèse est d'autant plus crédible qu'aucune nation au monde ne vit aujourd'hui suivant les règles du pur libéralisme. Dans un pays comme la France c'est même par principe que l'on s'est donné une "société mixte". Il est facile alors d'imputer au capitalisme ce qui relève en réalité du socialisme, et le paradoxe est que, dans le pays le moins libéral d'Occident, on ne cesse de hurler au danger de l'ultra-libéralisme, et de lui attribuer la paternité de tous les dérèglements de l'économie et de la société.

 
SI TOUT SE VAUT RIEN NE VAUT

L'erreur sur la liberté a aussi sa traduction dans la pensée, et conduit au relativisme, à certaines formes du libéralisme philosophique.

Si toute pensée est vraie, cela revient à nier la vérité. Si tout se vaut, rien ne vaut.

Bien évidemment, la liberté de penser doit être totale. Si l'on admet que la vérité est impossible à atteindre et à maîtriser par la seule raison humaine, elle ne sera approchée que par des voies différentes. Et c'est à travers les erreurs et les expériences négatives que se poursuivra la quête de la vérité. Voilà pourquoi la pluralité est indispensable, et pourquoi il ne saurait y avoir aucune restriction dans la recherche du vrai.

Mais, pour autant, on ne peut prétendre que tout chemin intellectuel, quel qu'il soit, conduit à la vérité. Ni davantage soutenir, au prétexte que la quête de la vérité procède d'un mouvement personnel, qu'il y a autant de vérités que d'êtres humains.

 
LIBERTÉ, ABSENCE DE COERCITION

C'est cette idée précise d'un être humain en quête de vérité qui permet de donner à la liberté son contenu. Comme l'a indiqué HAYEK, c'est un contenu négatif : la liberté est absence de coercition.

Par coercition, il faut entendre tout moyen de pression, physique ou psychologique, qui oblige l'individu à agir dans un sens qu'il ne souhaite pas.

La coercition ne se confond pas avec la contrainte, puisque la contrainte fait partie du destin de l'homme, éternellement confronté à la rareté (à commencer par la rareté du temps). La coercition implique une perte du contrôle de ses actes par l'effet de la volonté d'un autre.

On formule la même idée en disant que la liberté des uns s'arrête là où commence la liberté des autres. Et on traduit cette idée concrètement par la reconnaissance du droit individuel qui résulte de l'obligation de respecter le droit de l'autre. On voit donc que, dans son principe, la liberté est une exigence. Une société de libertés est une société où cette exigence est satisfaite, elle est un état de droit.

 
LIBERTÉ ET RESPONSABILITÉ : AU SERVICE DES AUTRES

Ainsi, c'est bien dans les relations aux autres que la liberté prend sa consistance.

Voilà pourquoi la liberté est tellement indispensable à l'économie. A base d'échanges volontaires, l'économie requiert de ceux qui la pratiquent une disposition de l'esprit qu'Adam SMITH appelait la "sympathie", que nous pouvons assimiler au souci et au respect de l'autre, à la nécessité de se mettre à sa place, de comprendre et servir les différentes personnes que nous rencontrons dans le processus du marché.

Il n'y a rien de plus extraverti que le marché, que la vie économique fondée sur la liberté des actes et des échanges. L'économie libre nous rend tributaires des autres, responsables vis à vis des autres. Elle soumet toutes nos initiatives, tous nos projets, à la sanction de la communauté. A tout moment, nous mettons notre liberté au service des autres.

A l'inverse notre période cultive l'irresponsabilité : se servir des autres au lieu de les servir, profiter sans créer.  Cette irresponsabilité se développe parce que s'exercent des contraintes, des pouvoirs sans contrôle. C'est la coercition qui rend les gens irresponsables.

 
L'HOMME SUR LE CHEMIN DE SON PROGRÈS

Responsable vis à vis des autres, l'homme libre fait de ses actes une avancée sur le chemin de son propre progrès. La liberté, c'est ce qui nous permet d'aller

plus loin, de développer nos capacités, ce que nous avons en propre, nos propriétés.

"Deviens ce que tu es" : cette formule de Saint Jean de la Croix traduit bien ce mouvement qui permet à chacun de se parfaire - sans hélas jamais atteindre la perfection. Elle traduit aussi la mission à laquelle chaque homme est appelé, et qui lui donne sa dignité : agir dans la perspective de sa vocation, de sa tension permanente vers la vérité.

 
   
De l'économie politique à l'économie éthique Erreurs sur la liberté Si tout se vaut rien ne vaut L'homme sur le chemin de son progrès