LE MARCHE AU SECOURS DES SYSTEMES SOCIAUX

Pour assurer une protection sociale efficace, les formules de marché sont supérieures : comment "privatiser la Sécurité Sociale" ?

 
LE MARCHÉ, UN GÉANT QUI DORT

Quand on reproche à l'économie de marché de ne pas avoir de dimension sociale, autre que négative, c'est qu'on ignore le marché.
On l'ignore par confusion. On pense que tous les pays occidentaux sont autant d'économies de marché, et les désordres sociaux qu'on y observe sont imputés au marché. Les nouveaux riches, les nouveaux pauvres doivent-ils leur situation au jeu normal de l'économie de marché, ou faut-il chercher ailleurs l'explication ? Après tout, les nouveaux pauvres sont les enfants de l'État Providence.
On l'ignore aussi par carence. Entendons par là que ce n'est pas parce que les solutions du marché ne sont pas appliquées partout, ou ne sont pas appliquées du tout, qu'elles n'existent pas. Beaucoup de possibilités du marché ne sont pas aujourd'hui exploitées. Dans le domaine social les perspectives offertes par le marché sont considérables.
Le marché est un géant qui dort.

 

LES SYSTEMES SOCIAUX EN CRISE

Explorer les formules du marché paraît aujourd'hui d'autant plus nécessaire que les systèmes dits "sociaux", gérés par l'État Providence, sont en crise.
La crise est financière. Les caisses sont en déficit, le coût des prestations augmente et le poids des cotisations s'élève. Presque tous les systèmes publics de retraite dans les pays occidentaux sont aux bords de la faillite, les formes de l'aide à la famille sont contestées.
Mais la crise est aussi psychologique. Les systèmes sociaux ont créé des droits tout à fait abusifs. Les individus ont le sentiment que la société leur doit un certain nombre de prestations et qu'il serait injuste de ne pas en bénéficier ; l'irresponsabilité est la règle. Elle dégrade un peu plus chaque jour les conditions financières des systèmes sociaux.

 
SÉCURITÉ SOCIALE OU ASSURANCES PRIVÉES

Ces résultats catastrophiques ne sont pas surprenants. C'est toute la logique des systèmes sociaux qui doit être reprise.  
Il faut par priorité se demander si la plupart des prestations aujourd'hui confiées à la "Sécurité Sociale" ne seraient pas naturellement du ressort des assurances privées.

La plupart de ces services sociaux peuvent être marchands, et c'est un peu rapidement qu'on les a étiquetés "services publics". La couverture du risque de maladie, ou de chômage, ou la retraite, peut être l'objet de contrats d'assurances, que n'importe quelle entreprise privée pourrait gérer.
Dans le système actuel, séparer ce qui obéit à une logique d'assurance et ce qui relève d'une mission de service public constituerait déjà un grand progrès.

 

LES COUTS PROHIBITIFS DES MONOPOLES PUBLICS

Non seulement la notion de service public a été indûment étendue dans ce domaine, mais qui plus est la gestion de ce service public a été confiée à des administrations pléthoriques, centralisées et bureaucratiques.
En France, la Sécurité Sociale est gérée par une entité vraiment monstrueuse. Comme la baleine à laquelle elle s'identifie volontiers, la Sécurité Sociale a une telle dimension qu'elle ne peut survivre. Il est vain de rechercher des gains de productivité dans un ensemble qui échappe à la concurrence. Seule la pluralité et l'autonomie  des organes de gestion peuvent conduire à de meilleures performances. Mais quoi de plus diversifié, de plus autonome et de plus performant que des entreprises privées soumises à la concurrence ?

 
ASSURANCE CONTRE REDISTRIBUTION

Une dernière erreur de fond des systèmes sociaux a été de vouloir  faire de ces systèmes des moyens nouveaux d'opérer une redistribution des revenus. De la même façon que la fiscalité a été voulue progressive, on a décidé que ceux qui avaient des revenus supérieurs devaient faire preuve d'esprit de solidarité à l'égard des plus modestes.

Ainsi la Sécurité Sociale s'est-elle trouvée emmêlée dans une politique des revenus, dans une politique fiscale, dans une politique familiale.
Il aurait mieux valu, ici encore, séparer ce qui appartient à l'assurance et ce qui concerne la solidarité. Pour l'assurance on doit refuser le principe de primes variables avec les revenus : en économie de marché les prix sont les mêmes pour tous. S'agissant de la solidarité, le meilleur moyen d'aider les faibles n'est pas nécessairement de les couvrir de droits sociaux.

 
ASSISTÉS NON, CONSOMMATEURS OUI

Car les "bénéficiaires" du système social en deviennent vite les victimes. Ils s'en remettent peu à peu à la collectivité pour déterminer leur sort, et perdent toute chance d'une autonomie et d'une promotion personnelles.
Au fond, tout le système actuel a été conçu pour transformer les "assurés" en assistés, on dit même en "assujettis".
Un  changement radical consiste à mettre les individus en état de gérer eux-mêmes la protection d'un certain nombre de risques.
Même si certains doivent être aidés, qu'au minimum cette aide ne soit pas donnée sous forme de gratuité, mais sous forme de pouvoir d'achat. Les "chèques ou bons sociaux" (les "vouchers") s'inspirent de ce principe. Mais, de façon plus générale, les individus doivent être amenés à se comporter en consommateurs, soucieux du prix et de la qualité des prestations sociales qu'ils consomment.
Avec de vrais consommateurs, tous les mécanismes de marché peuvent alors jouer dans ce domaine réputé rebelle au processus marchand.

 
LE MARCHÉ DE LA SANTÉ

Par exemple le marché convient parfaitement pour avoir un système de santé de qualité et économique. Comme pour tous les biens et services, les prestations de santé seront les meilleures lorsqu'elles seront offertes par des producteurs privés, mis en concurrence. Aujourd'hui la concurrence n'existe pas.

Les professions de santé sont sous haute surveillance publique, parce que les honoraires font l'objet d'une convention imposée par l'administration. L'hospitalisation privée ne peut lutter contre le secteur public, où pourtant les gaspillages sont criants. L'industrie pharmaceutique est victime d'une réglementation arbitraire, d'un contrôle des marges. De même les pharmacies sont soumises à des contraintes ruineuses, qui représentent une lourde compensation pour le privilège d'installation, contraire aux règles de la concurrence.
Le mal est plus ou moins profond suivant les pays. En Angleterre la marche vers la médecine socialisée a été la plus rapide, ce qui vaut un système de prévention et de soins tout à fait lamentable. En Suisse les ressorts de la concurrence ont été utilisés au mieux et la qualité du système de santé est dans l'ensemble très satisfaisante.
Un libre marché de la santé exige : une liberté d'installation, une liberté de choix pour les malades, une liberté des honoraires, des prix et des marges pharmaceutiques, des prix et des prestations hospitalières. Sur un tel marché, toute spéculation sur la croissance des dépenses de santé ou sur la "démographie médicale" est inutile. Le marché régule à long terme le nombre et la qualité des prestations de santé.

RETRAITES : ÉCONOMIE CONTRE DÉMOGRAPHIE

La plupart des systèmes de retraite sont en faillite dans les pays occidentaux. Il en est ainsi parce qu'ils ont fait le choix de "retraites par répartition", ce qui est une expression impropre pour indiquer que ceux qui payent les cotisations et ceux qui reçoivent les pensions ne sont pas les mêmes : les actifs payent, les retraités touchent pour les futurs retraités.
En fait, il s'agit d'une redistribution inter-générationnelle imposée par le législateur. Elle a fait l'affaire de quelques générations, mais aujourd'hui elle n'offre plus beaucoup de garantie pour les futurs retraités.
A ce principe s'oppose celui de la "capitalisation", qui consiste pour l'individu à constituer son propre fonds de retraite à partir de l'épargne qu'il accumule durant toute sa vie active.
Dans le premier cas, l'avenir de la retraite est conditionné par la croissance démographique. Dans le deuxième cas, c'est la croissance économique qui garantit la retraite ; une croissance que l'injection régulière de l'épargne dans le marché financier permet d'entretenir. C'est cette intégration de l'épargne dans le circuit économique qui n'est pas comprise de ceux qui pensent que la retraite est un simple mécanisme redistributif. Ils ignorent du même coup les moyens dont on dispose aujourd'hui pour transférer dans un système de "capitalisation" des personnes ayant acquis des droits dans un système "par répartition".

 
LA COUVERTURE DU CHOMAGE

Le problème de la couverture du chômage est par comparaison bien plus simple.
Une technique classique d'assurance permet aux individus de se prémunir contre ce risque. Il est possible que les primes soient en partie payées par les employeurs, moyennant sans doute plus de facilités pour licencier provisoirement du personnel et assurer la survie de l'entreprise à terme.
Un système d'assurance personnelle inciterait la personne sans travail à le retrouver le plus rapidement possible, alors que les pratiques actuelles encouragent les gens à s'installer dans l'inactivité.

 

LA LOI DE L'ARGENT

On objectera aux solutions présentées jusqu'à présent qu'elles ont en commun de convenir parfaitement à ceux qui ont des moyens financiers et culturels de gérer leur propre protection, mais qu'elles excluent à coup sûr tous les autres.
Le marché, c'est la loi de l'argent. Et ceux qui n'en ont pas ?
Remarquons d'abord que les gens ont plus d'argent qu'il n'y paraît : il y a toutes les sommes qui sont aujourd'hui prélevées sur les revenus des salariés et des autres, et qui peuvent représenter, comme en France, un tiers des revenus. Cet argent serait évidemment restitué à ses légitimes propriétaires.
Remarquons ensuite que rien n'interdit d'introduire quelques doses de générosité spontanée et de gratuité volontaire  dans  des  domaines  aussi personnels que la santé, l'éducation  ou  la culture. Les bons vieux docteurs avaient l'habitude de moduler leurs honoraires en fonction des revenus des familles : ce genre de redistribution entre clients était couramment admis.
Remarquons enfin qu'il n'est pas interdit par la logique du marché de donner de l'argent à ceux qui n'ont pas les moyens d'entrer sur les marchés.

 

UN REVENU MINIMUM ?

 

C'est le problème du revenu minimum qui est posé ici, et qui ne reçoit pas une réponse unanime de la part de tous les libéraux. Si HAYEK a admis le principe, MISES lui en a fait le reproche.
Précisons d'abord que le revenu minimum s'entend d'un "chèque social" de nature à permettre à chaque famille de faire face à un certain nombre de dépenses incompressibles, dont justement les dépenses de protection sociale.

Précisons encore que ce chèque (distribué par exemple sous forme d'impôt négatif) devrait au minimum être d'un montant décroissant avec le temps.
Mais alors ne serait-il pas plus simple d'imaginer que les individus s'assurent contre leur impécuniosité, et souscrivent des primes pour couvrir le risque que leur revenu familial tombe en dessous d'un certain montant ? Là encore, les formules du marché et de la concurrence n'ont pas été suffisamment explorées.

 
LA PROMOTION PERSONNELLE
 

Avec ce dernier exemple, on comprend mieux la philosophie des formules du marché.
Elles mettent l'accent sur la responsabilité personnelle, sur les qualités de prévoyance et de gestion que tout individu doit cultiver.
C'est un devoir qui est indissociable de la jouissance de la liberté.
Un régime de liberté est celui qui permet à chacun de donner le meilleur de ce qu'il a en lui. La promotion personnelle est au fond la meilleure garantie contre tous les risques que l'on veut faire aujourd'hui endosser par la société.
Cela veut dire que le marché est à la mesure de la dignité et du progrès des hommes. Au lieu de prévoir pour eux des systèmes pré-fabriqués, arbitraires et dégradants, le marché offre à chacun l'occasion et les moyens de ses responsabilités.

   
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