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| LA TROISIEME VOIE |
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Actuellement, tout le
monde convient de la nécessité du passage
de l'économie de plan à l'économie de marché.
Mais on connaît aussi
les réticences qu'inspire le passage au capitalisme. |
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Et
même si en apparence on veut une rupture avec la planification,
on ne veut pas tomber dans le "capitalisme sauvage". D'où
l'idée de la "troisième voie", une sorte de compromis
entre la liberté économique, dont on apprécie les performances,
et l'intervention de l'État, chargé d'organiser la justice sociale.
La troisième voie a
déjà été tentée dans de nombreux pays occidentaux. Les résultats
autorisent-ils d'en faire un modèle pour les pays de l'Est ?
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LE POIDS DE L'ÉTAT
PROVIDENCE
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Quelle
que soit la formule choisie, la troisième voie conduit toujours
à l'État Providence.
Et la présence de l'État
Providence, à son tour, conduit à la croissance permanente des prélèvements
obligatoires. Les individus et les entreprises sont écrasés
d'impôts, de cotisations, et les budgets publics ne cessent d'augmenter.
Cela signifie qu'une
grande partie de l'activité économique n'obéit plus aux lois du
marché, mais dépend des décisions de l'administration et des choix
politiques : nous voici revenus, de façon indirecte, à une logique
de planification.
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| LA REGLEMENTATION |
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Les
ponctions financières ne sont pas la seule façon pour l'État Providence
de faire sentir sa présence.
La règlementation
est tout aussi pesante. Elle encadre toute l'activité économique
et sociale.
L'État ne laisse rien au hasard. De sa naissance à sa disparition,
en passant par son éducation, son travail professionnel, l'individu
est pris en charge par la collectivité.
Aucune entreprise,
aucune initiative économique, aucune relation sociale ne peut exister
et se développer sans l'accord de la puissance publique.
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| LE SECTEUR PUBLIC |
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Mieux
encore : c'est l'État qui prend directement sous sa coupe des pans
entiers de la vie économique.
Non seulement il gère
des activités qui peuvent à la limite passer pour des services publics
(comme l'enseignement ou la santé), mais il produit des biens et
services marchands, qui pourraient très bien être fournis par des
entreprises privées concurrentielles. L'existence d'un secteur public
très important est évidemment un moyen d'entretenir une administration
et une bureaucratie influentes. Dans ces conditions on comprend
pourquoi certains pays socialistes sont séduits par la méthode :
on veut bien passer au capitalisme et admettre les bienfaits de
la libre entreprise, mais ce n'est pas une raison pour démanteler
l'économie publique. On garde ce qui existe et on y adjoint des
espaces de marché.
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LA PROGRESSIVITÉ CONTRE LA PRODUCTIVITÉ
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Le
drame de la troisième voie ainsi conçue est qu'elle va très vite
casser les ressorts de la croissance économique.
Puisque l'État a besoin
de beaucoup de fonds pour opérer sa redistribution et faire tourner
le secteur public, il prendra l'argent "là où il est".
Tout État Providence
verse dans la progressivité : la facture de l'État est plus forte
au fur et à mesure que l'on monte dans l'échelle des revenus et
des patrimoines.
La progressivité atteint
les éléments les plus dynamiques de l'économie ; ceux qui par leur
travail, leur initiative, leur volonté de progrès et de changement,
sont en mesure d'entraîner l'ensemble de la collectivité. Ce sont
les plus productifs qui sont les plus taxés.
Ils ne se laissent
pas longtemps prendre à ce jeu, et ils finissent par aller à la
pêche plutôt qu'à leur travail, puisque leurs efforts ne sont ni
reconnus ni rentables.
La croissance disparaît
et toute la population, y compris les plus pauvres, en pâtit. C'est
ce scénario qui a caractérisé les pays scandinaves et la Grande
Bretagne dans les années soixante dix.
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| LA PROTECTION CONTRE LA CONCURRENCE |
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Destructeur
de la croissance, l'État Providence veut réparer ses dégâts. Il
est amené, dans un climat d'improductivité croissante, à prendre
plus fortement en charge encore le destin des entreprises. Bientôt
elles ne pourront plus fonctionner que par subventions et protections
de toutes sortes.
La sanction pourrait
venir du commerce extérieur. Dans ce domaine les légèretés et les
erreurs commises dans un pays constituent une aubaine pour les producteurs
étrangers.
Les gouvernements se
font alors un devoir de protéger leurs "nationaux" contre
la concurrence internationale : les barrières douanières réapparaissent,
souvent sous la forme subtile de protectionnisme monétaire, financier,
au prétexte de "politique industrielle". Dans cette affaire,
quelques avantages de très courte période qui permettent la survie
de quelques entreprises annoncent et préparent une perte générale
de compétitivité, et font subir un préjudice très lourd à tous les
consommateurs : le pouvoir d'achat diminue.
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L'ÉCONOMIE MIXTE
SOURCE D'INEFFICACITÉ
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L'idée
même d'"économie mixte" est un défi à la logique et à
la réalité économiques.
On ne peut en effet
faire durablement coexister deux secteurs de la vie sociale, dont
l'un obéit à des impératifs de rentabilité et de concurrence tandis
que l'autre est sensé satisfaire la justice sociale et bénéficie
de monopoles et privilèges. Pour cette raison, celui-ci paralyse
très vite celui-là. Les grèves des services publics, dans les transports,
dans l'énergie, dans la banque, finissent par bloquer tout le pays
et font supporter aux entreprises du secteur privé des sur-coûts
qui les éliminent de la compétition mondiale.
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| L'ÉCONOMIE MIXTE
SOURCE D'ARBITRAIRE |
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Source
d'inefficacité par les coûts qu'elle engendre, l'économie mixte,
loin de réaliser des objectifs de "justice sociale", est
également source d'arbitraire.
Elle crée une inégalité
inadmissible entre ceux qui travaillent dans des entreprises soumises
à la concurrence, dont on attend une haute productivité, et où l'emploi
est toujours menacé, et ceux qui bénéficient de la sécurité et de
la tranquillité du secteur public.
Elle crée aussi une
inégalité dans le pouvoir d'achat. Les producteurs du secteur privé
se contentent de salaires sans cesse rognés par la concurrence,
mais en tant que consommateurs ils subissent les sur-coûts
du secteur public. Les fonctionnaires et salariés du secteur public,
au contraire, gagnent sur les deux tableaux : leur revenu se fixe
sans considération de productivité, et ils bénéficient en tant que
consommateurs de la bataille des prix que se livrent les entreprises
du secteur privé.
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| CORRUPTION ET PRIVILEGES : LA DÉMOCRATIE
CONFISQUÉE |
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Dans
cette description de ces sociétés duales, fruits de la troisième
voie, il n'y a aucune condamnation morale de ceux qui bénéficient
du système. Au fond, le système a été conçu de la sorte, pourquoi
n'en tireraient-ils pas partie ?
Mais, à partir de ce
moment-là, ils deviennent de chauds partisans de la situation actuelle,
et le passage à l'économie pure de marché ne les intéresse pas.
Ils comprennent qu'ils
ont davantage à gagner en agissant sur le marché politique, en conservant
et augmentant leur privilèges, qu'en travaillant sur le marché économique.
Cela finit par devenir un jeu tout à fait conscient. Des minorités
bien organisées font fonctionner l'État Providence à leur seul avantage.
Ils comptent sur la législation, sur la redistribution, pour profiter
davantage des efforts des autres.
Des avantages corporatifs
dont bénéficient un certain nombre, on passe assez facilement aux
avantages individualisés : le privilège devient corruption. Les
apparences de la démocratie masquent une distribution de rentes
et de prébandes.
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| DROIT DE VOTE CONTRE DROIT DE PROPRIÉTÉ |
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On
peut se demander si ces détournements de démocratie ne sont pas
inhérents à la démocratie elle-même.
N'y aurait-il pas un
conflit entre démocratie et libéralisme ?
Une société de libertés
exige un strict respect des droits individuels, et notamment des
droits de propriété.
Une société démocratique
accorde à chacun un droit de vote. Mais que se passe-t-il si l'exercice
du droit de vote conduit à spolier les uns de leur travail, de leurs
revenus et de leurs patrimoines, au prétexte d'une justice sociale
décrétée par la majorité des électeurs ?
Le péril est très concret
: c'est comme cela que l'on peut expliquer la faveur des démocraties
occidentales pour l'État Providence. La coalition de ceux qui ont
intérêt à la redistribution, la pression des groupes d'intérêt sur
les hommes politiques, aboutissent à limiter,
voire à anéantir les droits de propriété de ceux qui ne peuvent
avoir une position majoritaire.
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| LES FRAGILES GARANTIES CONSTITUTIONNELLES |
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On peut se rassurer à
bon compte en affirmant qu'une constitution peut garantir les droits
de propriété contre les appétits d'une majorité d'électeurs.
Mais c'est oublier
que cette même majorité a le pouvoir de modifier les termes de la
constitution, et de la dévier dans le sens de ses intérêts spécifiques. |
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Il ne faut pas idéaliser
la procédure du vote, et imaginer que l'électeur oublie ses intérêts
personnels dès qu'il est dans l'isoloir et qu'un genre de miracle
fait sortir des urnes un mythique "intérêt général".
Il faut sans doute
des formes d'organisation de l'État et surtout des modes de sélection
et d'évolution du droit très rigides, insensibles aux variations
de majorité politique, pour que les droits individuels soient respectés.
Dans le jeu délicat
entre Démocratie et Liberté la troisième voie n'apporte aucune solution
acceptable. Elle aboutit à étouffer la liberté en défigurant la
démocratie.
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