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LA POLITIQUE DETRONEE
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Toutes
les réformes susceptibles d’ouvrir la route de la liberté se ramènent
à une réduction du champ du politique. HAYEK parlait de « détrôner
la politique », qui a envahi tous les aspects de la vie en
société.
Mais
la résistance à une telle entreprise est vigoureuse, et beaucoup
de pays subissent la « tyrannie du statu quo ». Les forces
ayant intérêt à maintenir un Etat Providence, parce qu’elles en
tirent pouvoir et avantages, se coalisent pour bloquer toute volonté
de changement. Ce qui rend leur action si efficace, c’est qu’elles
s’appuient sur la démocratie, dont elles ont canalisé et perverti
le jeu.
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| LE VRAI SENS DE LA DEMOCRATIE |
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A
la suite de Benjamin Constant, HAYEK a opposé deux conceptions de
la démocratie : l’une est assimilée à la loi de la majorité,
l’autre à la protection de la minorité. Il va de soi que seule cette
dernière est conforme à la liberté individuelle : la démocratie
doit préserver chaque être humain contre les abus et les attaques
du pouvoir politique, quel qu’il soit. La démocratie repose sur
l’état de droit.
Bien
au contraire, la plupart des démocraties occidentales soumettent
les citoyens à la volonté populaire, telle qu’elle s’exprime par
le suffrage universel : les minorités sont réduites au silence
et à l’oppression quand la majorité le décide.
C’est
aussi la majorité qui, dans le cadre de la législature, fait et
défait le droit jusqu’à la dénaturer.
Comment
empêcher cette dérive de la démocratie ?
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| DESETATISATION |
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HAYEK
indique davantage le but à atteindre : désétatiser, que les
moyens pour y parvenir. Il est sûr que le jeu démocratique se calme,
et les groupes de pression tournent dans le vide, si le domaine
d’intervention de l’Etat se réduit jusqu’à un Etat « veilleur
de nuit » gardien des droits individuels.
Mais
le chemin de l’Etat providence à l’Etat minimum est bien long.
HAYEK
mise beaucoup sur l’effet des privatisations. D’une part elles sont
inévitables de plus en plus imposées « de l’extérieur »,
par les exigences de la compétitivité mondiale.
Les
gouvernants et leurs clientèles peuvent tout au plus, comme en France,
les retarder par des poussées protectionnistes et xénophobes.
D’autre
part les privatisations sont exemplaires : elles font vite
apparaître la supériorité de l’action responsable sur l’arbitraire
administratif. Enfin, elles sont profitables : elles économisent
beaucoup de subventions et de coûts liés au monopole, et elles permettent
ainsi un allégement fiscal.
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| DECENTRALISATION |
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HAYEK
vante aussi les mérites de la décentralisation. Le renforcement
des pouvoirs locaux au détriment du gouvernement central permet
aux individus de participer plus réellement et plus efficacement
à la vie publique. Dans les pays de tradition jacobine comme la
France, le citoyen est tellement loin des décisions politiques,
prises par la capitale, qu’il se désintéresse de la chose publique,
laissant libre champ aux lobbies et aux professionnels de la politique.
On se rappelle qu’une partie des premiers succès de REAGAN s’explique
par sa violente opposition à tout ce qui se faisait à Washington.
Un
peu partout dans le monde on observe une reviviscence des sentiments
régionaux, provinciaux. HAYEK faisait remarquer que cette participation
à la démocratie locale devait être le contre-poids de relations
économiques mondialisées désincarnées et virtuelles. Les individus
ont besoin d’un enracinement, et cette participation à la démocratie
locale est fortement souhaitable.
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| FEDERALISME |
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Enfin
HAYEK a été un adversaire résolu du concept de souveraineté, et
en particulier de souveraineté nationale. Il estimait que cette
prétention de n’admettre qu’une source du droit et du pouvoir (ce
qui est la signification de la souveraineté) était le pur fruit
du constructivisme et n’apparaissait qu’au XVI° et XVII° siècle
pour justifier rationnellement l’absolutisme.
Il
est nécessaire, pour la protection de leurs droits individuels,
que les citoyens puissent bénéficier de la diversité des sources
juridiques et des pouvoirs politiques et ne soient plus tenus en
esclavage par leurs Etats « souverains ».
Bien
que le pouvoir de Washington soit bien trop développé, c’est grâce
à leur fédéralisme que les Américains ont pu se protéger contre
les abus de ce pouvoir. L’Europe pourrait aussi se donner un visage
confédéral, au lieu de se laisser emporter par la tentation unitaire,
qui n’a d’autre effet que de substituer une souveraineté élargie
à une souveraineté nationale.
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| LA SUBSIDIARITE |
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Bien
qu’il n’utilise pas le terme, et se réfère constamment à l’ordre
social spontané ou étendu, HAYEK est un partisan de la subsidiarité,
compris au sens d’Alexis de TOCQUEVILLE.
Dans
une société de libertés, l’initiative de l’action appartient par
priorité à ceux, individus et groupes, qui sont directement concernés :
la société civile règle ses propres affaires. La société politique
n’intervient qu’à titre subsidiaire. Encore faut-il considérer qu’au
sein de la société politique, c’est l’échelon local qui doit intervenir
si la société civile fait appel à lui, puis l’échelon régional ou
national si nécessaire, puis enfin, le niveau transnational ou mondial.
En
ce qui concerne ce dernier, HAYEK fait remarquer (et cette remarque
prend tout son sens à l’heure actuelle) que les gouvernements s’engagent
dans une mauvaise voie quand ils cherchent à créer un gouvernement
ou une autorité politique mondiale alors qu’ils devraient accepter
en commun les règles d’un droit international, jadis proposé par
Grotius avec « le droit des gens ».
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| HAYEK A ETE ECOUTE |
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En
dépit des difficultés de la désétatisation, en dépit des exigences
et parfois de l’imprécision du rêve hayékien, certains pays ont
suivi les indications de HAYEK, et bien leur en a pris. L’Angleterre
est sortie du chaos travailliste et keynésien avec Margaret THATCHER.
Les Etats Unis ont renoué avec le plein emploi et la croissance
grâce à REAGAN. La République tchèque avec Vaclav KLAUS, la Hongrie
avec Viktor ORBAN, la Pologne avec Laszec BALCEROWICZ ont maîtrisé
leur transition au marché, alors que bien des pays ex-communistes
restent prisonniers des féodalités et des maffias héritées de l’ancien
régime.
C’est
peut-être pour avoir été écouté qu’HAYEK cristallise tant d’oppositions,
pour ne pas dire tant de haines, en France en particulier.
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| LE PREALABLE DE L’OUVERTURE DEMOCRATIQUE |
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En France, pour mettre les préceptes hayékiens prochainement
en application, il faudra satisfaire à deux préalables.
Le
premier préalable est le déverrouillage du système des partis. Simples
syndicats électoraux, sans doctrine ni projet, ballottés par des
vents idéologiques contraires, les partis français n’en contrôlent
pas moins la vie publique, et ôtent aux citoyens toute occasion
et toute envie de participer à la démocratie française. Voilà qui
explique d’une part le discrédit qui touche les partis, d’autre
part la pérennité des hommes et des formations. Personne n’en veut,
mais il sont toujours là.
La
loi sur le financement des partis politiques est un signe de « l’exception
française ». Les partis ne peuvent recevoir de fonds que de
l’Etat, et en proportion des sièges acquis ! L’origine de cette
loi unique au monde est idéologique : seul l’argent public
est propre. En privant les citoyens du droit de donner leur argent
à qui bon leur semble et de soutenir de nouveaux hommes porteurs
de nouvelles idées, la classe politique a trouvé un moyen imparable
pour ne pas élargir le cercle. Les « recompositions »
se font à l'intérieur du monde des initiés. Si on ajoute que, non
contents de constituer un cartel ces partis sont étatistes, jacobins
et parisiens, on voit que les chances de participation des Français
à la vie démocratique sont bien minces.
Il
faut évidemment en finir avec cette caricature indigne d’un pays
civilisé.
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| LA RECOMPOSITION DE LA SOCIETE CIVILE |
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Le
deuxième préalable est que la société civile retrouve vigueur et
initiative.
Les
hommes libres qui la composent ne peuvent défendre la démocratie
et la liberté que s’ils s’impliquent dans la vie publique.
Hélas,
les uns par désenchantement, les autres par découragement, beaucoup
préfèrent se réfugier dans des votes négatifs ou dans l’abstention.
Certes,
comme HAYEK le faisait remarquer, les amis de la liberté et les
adversaires de l’Etat sont trop nombreux pour s’organiser sans frais ;
peut-être même sont-ils inorganisables ?
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| REVITALISER LA SOLIDARITE VOLONTAIRE |
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L’expérience
montre pourtant, comme en Italie, le réalisme et la puissance des
réseaux de citoyens réunis par des convictions communes. Pourquoi
ne pas serrer la trame du réseau libéral français ? Cela aurait
évidemment plusieurs avantages :
- alertés par
les réactions d’électeurs, les politiciens seraient peut-être davantage
à leur écoute ; peu à peu les chances électorales du libéralismes
apparaîtraient ;
-
un contrat moral pourrait alors s’instaurer entre société
civile et classe politique ; comme les Républicains l’ont fait
aux Etats Unis en 1996 avec le « Contrat pour l’Amérique »
les choses seraient claires entre élus et électeurs. La confiance
et la crédibilité renaîtraient ;
-
un réseau de libéraux français pourrait s’articuler avec
les réseaux européens et mondiaux pour tirer leçon des expériences
et des progrès vécus chez nos partenaires et voisins dans la voie
du libéralisme et pour mesurer les bienfaits qu’ils en ont retiré.
-
Cela semble beaucoup pour des gens qui ont été abusés, déçus,
qui paient un lourd tribut historique au colbertisme, au jacobinisme,
au bonapartisme et au communisme, et qui sont aujourd’hui dominés
par une énarchie saint-simonienne. Mais si la liberté est la condition
de la dignité de l’homme, la dignité de l’homme est de défendre
la liberté.
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