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| LE DROIT AU CŒUR DE L’ORDRE SOCIAL |
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Chez
HAYEK, la grande société s’organise en un système complexe
et adaptatif, régi par des règles institutionnelles évolutives.
Le droit est l’une de ces institutions.
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Le
droit est au cœur de l’ordre social, d’un ordre social spontané,
d’un ordre social évolutif. L’ordre social est ce qui permet à un grand nombre d’individus d’interagir
et de se coordonner, en dépit de la multiplicité et de la variabilité
de leurs objectifs, de leurs situations, de leurs informations et
de leurs perceptions. Il rend l’attitude des uns prévisible par
les autres, alors même que tous sont dans l’ignorance, incapables
de connaître le détail voire même la nature de tous les éléments
qui entrent en jeu dans les relations sociales. L’ordre social permet
de former des anticipations correctes (ou qui ont une bonne chance
de l’être) sur le comportement de nos partenaires.
Je
ne sais rien du conducteur que je croise. Mais je peux supposer
qu’il conduira à droite. Si personne ne respecte le code de la route,
plus personne ne pourra rouler.
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| QUI FAIT LE DROIT ? |
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L’ordre
social qui a la préférence d’HAYEK est un ordre
social spontané. Il n’est pas le fruit d’un quelconque dessein,
providentiel, naturel ou individuel.
Pour
HAYEK c’est un phénomène « du troisième type » :
ni déterminé par des forces physiques ou métaphysiques, ni forgé
par la volonté des hommes.
Voilà
pourquoi HAYEK prend ses distances à l’égard de la philosophie du
droit naturel, aussi bien qu’à l’égard de la « créativité »
juridique. Ce n’est pas le législateur qui fait le droit, il peut
simplement le dire, lui donner la vigueur du pouvoir. Ce n’est pas
davantage le juge, qui ne fait que décliner le droit dans des situations
concrètes. Le droit est en réalité le fruit de la tradition, il
se construit à partir d’un stock de connaissances constitué et conservé
dans la mémoire collective de la communauté à partir des innombrables
expériences vécues. Le droit est l’alluvion déposé par le fleuve
des relations interpersonnelles.
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| COMMENT EVOLUE LE DROIT |
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L’ordre
social spontané n’est pas figé, et la tradition ne signifie pas
l’absence de changement.
Le
droit évolue. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles
HAYEK préfère la common law : par contraste, la règle écrite
a tendance à figer le droit. Le juge a le mérite d’introduire la
souplesse dans le système juridique, et HAYEK a ainsi tendance à
accorder une confiance imprudente au pouvoir judiciaire.
Il
faut dire qu’il a la plus grande aversion pour ces législateurs
qui prétendent refondre le droit à la moindre occasion. L’évolution
du droit ne saurait être que progressive, grâce à un processus de
sélection des règles qui à l’usage apparaissent les mieux adaptées
aux besoins de l’interaction.
Il
est vrai que le critère de cette sélection demeure un peu mystérieux.
Est-ce parce que la nouvelle règle est plus efficace, plus utile
que la précédente ? HAYEK serait-il utilitariste ? ou
« darwiniste » ? Est-ce parce que la nouvelle règle
est plus juste, plus morale ? HAYEK veut se tenir éloigné de
toute considération éthique dans la compréhension des phénomènes
sociaux, il a d’ailleurs éliminé la référence au droit naturel. Il y a des moments où la position d’HAYEK est difficilement tenable.
Que dire d’une évolution juridique qui tendrait à faire disparaître
le droit de propriété individuelle ?
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| L’ETAT DE DROIT |
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En
dépit de ces points controversés sur l’évolution des institutions,
HAYEK a le mérite de rappeler l’importance de l’état de droit
pour le fonctionnement d’une société libre.
Pour
être en situation de droit, pour que règne le droit (« rule
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of law ») il faut que les lois soient stables, générales et égales :
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Stables : elles ne doivent pas changer suivant l’humeur d’un
législateur ou d’un juge, ni ne peuvent être rétroactives ;
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générales : elles doivent être conçues en termes universels
et intemporels, et non pour une situation particulière ;
-
égales : applicables à tous sans aucune discrimination,
elles doivent être les mêmes pour tous, y compris pour les
dirigeants.
Seul l’état de droit
apporte la certitude des relations, des transactions. Donc il permet
la projection dans le futur et l’innovation ; les talents d’entrepreneurs
peuvent s’exercer, les libertés personnelles sont protégées, les
responsabilités sont clairement définies.
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| LE DECLIN DU DROIT |
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Hélas,
la plupart des démocraties occidentales, pourtant réputées libres,
sont loin de vivre en état de droit.
HAYEK
est inquiet du déclin du droit, dont l’origine est l’Etat Providence.
En élargissant sans cesse son domaine d’intervention, l’Etat a multiplié
les lois de circonstance. Jouant un rôle grandissant dans la vie
économique et sociale, le législateur est soumis à la pression des
groupes d’intérêts, il produit des textes de plus en plus nombreux,
qui rendent le droit précaire, complexe, inégal, et finalement arbitraire,
supprimant les droits individuels qui protègent la liberté personnelle.
De
nouvelles philosophies du droit légitiment cette évolution. HAYEK
dénonce le positivisme qui veut que toute législation soit conforme
au droit du moment que les formes légales ont été respectées :
« la loi, c’est la loi ». Il est peut-être moins vigilant à l’égard du
« réalisme » ou de l’activisme judiciaire qui pousse les
juges, notamment aux Etats Unis, à introduire de véritables ruptures
dans la tradition jurisprudentielle.
En
fin de compte, c’est la « loi du plus fort », le privilège,
ou la « loi de la jungle » qui s’instaure, avec toutes
les apparences de la légalité.
Voici
l’un des premiers chantiers auxquels les libéraux doivent s’attaquer,
et de ce point de vue la France est une terre de mission.
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| QUATRE PRINCIPES DE REFORME DU DROIT FRANCAIS |
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La
France est en effet caractérisée par une inflation législative,
un « harcèlement textuel » avec une production annuelle
de plusieurs milliers de lois, décrets, arrêtés.
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La
France est aussi le pays des privilèges, des lois et des tribunaux
d’exception. Du coup, la France est le pays de l’arbitraire :
le législateur se croit tout permis, le droit est politisé, les
droits individuels sont ignorés ou diminués. Les espoirs mis dans
le Conseil Constitutionnel se dissipent avec le temps.
Les
quatre grands principes d’une réforme juridique libérale en France
sont : la déréglementation, la redécouverte du contrat et la
subsidiarité, le retour à l’isonomie, la contestation juridique.
En
d’autres termes, il faut moins de lois, de meilleures lois, parce
que mieux faites.
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| DEREGLEMENTATION |
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La
première réforme n’est pas seulement juridique. Car pour déréglementer
il faut retirer à l’Etat et aux administrations publiques les prérogatives
qu’ils se sont attribuées depuis soixante ans.
Déréglementer
c’est réduire au minimum le nombre des entreprises et services du
secteur public. La privatisation rend caducs les textes qui aujourd’hui
assurent son privilège et le protègent contre la concurrence.
Déréglementer
c’est substituer la loi du marché à la législation publique. Tout
ce qui a été fait pour contrôler, réguler, organiser le marché doit
être désormais supprimé. Pas plus que l’agriculture, les transports,
le logement et l’urbanisme, la santé n’ont besoin d’une législation
providentielle. Pas besoin non plus d’une législation étatique particulière
pour que le marché du travail, le marché financier, fonctionnent
correctement.
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| REDECOUVRIR LE CONTRAT |
| Déréglementer et faire confiance au marché ne signifie pas ouvrir
la porte à l’anarchie. |
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Il
s’agit simplement de rendre vigueur aux arrangements privés
et au contrat quand on peut se dispenser d’une intervention
du législateur.
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Il
s’agit d’appliquer ici le principe de subsidiarité : quand
les individus peuvent organiser eux-mêmes leurs mutuelles obligations,
point besoin de légiférer. Quand il n’est pas nécessaire de faire
une loi, il est nécessaire de ne pas la faire. « Le contrat
tient lieu de loi à ceux qui le concluent ».
Après
tout, certaines des règles de droit aujourd’hui en vigueur sont
nées de la pratique commerciale, ou des mœurs familiales. Ce sont
en général les meilleures. Ensuite, pour des raisons politiques
et idéologiques, il y a eu une nationalisation du droit comme une
nationalisation de l’industrie, sans que le progrès ait été sensible.
Au
contraire, l’inflation législative a occulté les qualités du contrat.
C’est le cas du « contrat de travail » en particulier.
Ainsi, l’extension automatique des conventions collectives, le monopole
de représentation des contractants, l’interdiction de clauses sur
la durée et les conditions de travail : toutes ces atteintes
à la liberté contractuelle doivent disparaître.
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| LA FIN DES PRIVILEGES |
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HAYEK
estimait à juste titre que pour la défense des libertés individuelles
l’isonomie était plus importante que la démocratie. L’isonomie,
c’est l’égalité devant la loi. On en parle peu, on évoque plus souvent
l’égalité des chances (ce qui manque de précision) ou l’égalité
des situations (ce qui conduit à un égalitarisme liberticide).
Il
faut restaurer le concept de droit commun, et supprimer tous les
droits spécifiques. Par le jeu des pressions politiques, certains
Français ont obtenu une législation qui leur soit propre, une loi
privée (priva lex), un privilège. Beaucoup de ces privilèges concernent
la vie économique : monopoles ou restrictions d’exercice de
certaines professions, statut fiscal ou social dérogatoire, restrictions
de la propriété individuelle, etc.
D’autre
part, l’idéologie a inspiré une législation de lutte des classes :
le locataire contre le bailleur, l’emprunteur contre le prêteur,
le consommateur contre le producteur. En droit français, il faut
être du bon côté…
Enfin
la technocratie a marqué de son empreinte dirigiste des pans entiers
de l’activité courante : l’urbanisme, l’environnement, la santé,
l’enseignement, sont soumis à une législation pléthorique, arbitraire
et paralysante.
Le
retour au droit commun doit s’accompagner du retour au juge de droit
commun. Les juridictions d’exception doivent disparaître, en particulier
les législations administratives qui sont, en elles-mêmes, la négation
de l’état de droit. Les juridictions consulaires ou prud’hommales
doivent retrouver un caractère purement arbitral, et faire l’objet
d’un libre choix des parties contractantes.
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| LA CONTESTATION JURIDIQUE |
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Les
réformes juridiques nécessaires ne seront réalisées en France que
si l’on repense complètement la procédure d’élaboration et d’application
du droit.
La
séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif doit être totale
: le gouvernement doit perdre l’initiative des lois, les décrets-lois
doivent disparaître. Le Parlement doit partager son pouvoir législatif avec le peuple.
Les référendums d’initiative populaire, négatifs ou positifs, doivent
être organisés à la demande d’un nombre significatif de citoyens,
le vote doit intervenir dans des délais assez longs pour disposer
d’une information et d’un débat suffisants.
Le
pouvoir judiciaire doit être confié à des juges indépendants de
l’Etat.
La
constitution doit être complétée en indiquant les moyens dont disposent
les individus pour faire valoir leurs droits personnels. Le Conseil
Constitutionnel peut être saisi directement par les personnes concernées
par une proposition de loi ou un jugement.
Enfin
le principe de la territorialité des lois doit s’effacer pour toutes
les activités et contrats qui concernent les marchés commerciaux,
et le principe de la mutuelle reconnaissance des normes doit être
reconnu.
Toutes
ces réformes ont pour objectif de rendre aux individus la possibilité
de contester les lois mal conçues, mal faites ou mal appliquées.
En
France, comme ailleurs, l’état de droit doit être restauré.
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