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| L'EUROPE
DES MARCHANDS |
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Assimiler l'Europe à un grand
marché, n'est-ce pas la réduire à sa seule dimension économique
?
Sans doute la prospérité et
le bien-être matériel sont appréciables, mais que deviennent dans
cette recherche de la performance économique les valeurs morales
et spirituelles qui caractérisent aussi l'Europe ?
Pour gagner de l'argent, l'Europe
doit-elle perdre son âme ?
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| ETHIQUE
ET ECONOMIE |
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Vieux débat en effet que celui
des relations entre éthique et économie.
Chez Adam SMITH lui-même, l'auteur
des "Sentiments Moraux" n'a-t-il pas laissé les passions
et les croyances des hommes pour ne retenir dans "La Richesse
des nations" que le calcul économique et le jeu des intérêts
personnels ?
Nombreux sont ceux qui condamnent
le progrès économique au nom de la morale, ou à l'inverse effacent toute référence éthique pour sacrifier à l'efficacité
économique.
Une forme moderne de cette dialectique
naît du rapprochement de l'Est et de l'Ouest. L'Ouest c'est la cupidité,
mais c'est la réussite. L'Est c'est la solidarité, mais c'est l'échec.
Peut-on imaginer une Europe équilibrée et sereine dans ces conditions
?
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| HUMANISME
ET LIBERALISME |
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Ces approches pessimistes de
l'éthique et de l'économie européennes ignorent que le libéralisme
et le marché sont non seulement des recettes d'efficacité, mais
aussi et avant tout des formes supérieures d'humanisme.
Par leur façon de concevoir
la personne humaine, et les liens entre les hommes, libéralisme
et marché sont en nécessaire harmonie avec l'éthique qui a marqué
la civilisation européenne.
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| RESPECT
DE L'INDIVIDU |
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L'éthique européenne est avant tout dominée par le respect
de l'individu. La dignité de la personne humaine, lentement émergée
de la cité grecque, a été pleinement reconnue dans la tradition
chrétienne.
Le collectivisme est étranger
à l'Europe ; voilà pourquoi les régimes où l'homme est soumis à
la société ont été autant d'accidents dans l'histoire de l'Europe.
Le dernier accident en date a été le communisme ; c'était une atteinte
à l'éthique de l'Europe.
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| LIBERTE
ET RESPONSABILITÉ DES CHOIX |
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L'économie de marché est avant
tout un système décentralisé, laissant aux individus la totale liberté
- mais aussi la totale responsabilité – de leurs choix. L'économie
de marché part de la base, elle repose sur les initiatives individuelles.
Ainsi l'homme est-il pleinement
installé dans sa dignité. Il a son rôle à jouer dans son progrès
personnel, dans le progrès général. Le système
libéral permet à chacun d'aller au plus loin de sa personnalité.
A l'inverse, dans une économie
socialisée, les choix collectifs s'imposent au plus grand nombre,
considérée comme une masse amorphe, irresponsable et assistée.
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| OUVERTURE
ET COMMUNICATION |
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L'éthique de l'Europe c'est
aussi l'esprit d'ouverture, le désir de communication et de compréhension.
Toutes les grandes périodes
du progrès européen ont été celles de la paix, de la rencontre entre
les peuples.
Le pacifisme européen contraste
avec la violence, la xénophobie et l'impérialisme de certaines autres
civilisations. Le désir de communiquer contraste avec le cloisonnement,
le repliement des sociétés tribales.
L'Europe est recherche, l'Europe
est accueil.
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| LA CATALLAXIE
DU MARCHE |
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Dans le domaine économique,
l'esprit d'ouverture et de rencontre se traduit par la volonté d'échanger.
Mieux encore : par la volonté
de découvrir par l'échange, grâce à l'échange. C'est ce procédé
d'information mutuelle que les libéraux appellent la catallaxie.
Avant tout le marché est la
découverte des autres et, à travers les autres, la découverte de
nous-mêmes. L'économie marchande est placée non pas sous le signe
de la rivalité mais sous celui de la complémentarité. La rivalité
est la situation de départ dans un monde de ressources rares ; grâce
au marché la rivalité s'infléchit en complémentarité : on a intérêt
à négocier, à unir nos efforts plutôt qu'à écraser les autres.
Voilà pourquoi l'économie marchande
va de pair avec la paix des peuples. Echanger, travailler ensemble,
négocier : voilà qui permet aux différentes personnes de se connaître,
de vaincre la peur de l'autre, de désamorcer l'agressivité.
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PROPRIETE
ET PERSONNALITE
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Enfin l'éthique de l'Europe
c'est celle qui reconnaît l'aspiration naturelle des hommes à posséder,
à se sentir responsable de quelque chose, à avoir quelque chose
en propre. La propriété est le prolongement de la personnalité.
Chacun veut signer son oeuvre,
chacun veut voir reconnaître ses capacités spécifiques.
Mal définie et mal dégagée au
départ, la propriété privée sera un progrès décisif de la civilisation
médiévale. La vie communautaire des monastères fait place à la responsabilité
individuelle des paysans affranchis. La propriété féodale, d'essence
politique, est contestée par la propriété individuelle.
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| PREVOYANCE
ET CAPITALISATION |
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La vraie signification du capitalisme
est également là. Chacun se voit offrir le moyen de capitaliser,
c'est à dire d'intégrer le temps dans son calcul, de gérer toute
une vie, voire pour plusieurs générations. L'esprit de prévoyance
est encouragé.
Mais évidemment on ne peut prévoir
et spéculer sur le temps que si la propriété est reconnue et garantie.
Voilà d'ailleurs pourquoi les
peuples soumis au socialisme sombrent tôt ou tard dans le désespoir
: il n'y a pas de place pour le rêve individuel, il n'y a de progrès
que dans le collectif. En ce sens il n'y a pas de socialisme à visage
humain.
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| DES HOMMES
JUSTES |
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L'éthique Européenne s'est aussi
enrichie du message chrétien de justice et de charité. L'attention
prêtée aux pauvres, aux faibles, le désir de venir en aide, le souci
de l'honnêteté font partie de la tradition des Européens.
Mais, à la différence de ce
que pensent les socialistes, cette justice à laquelle nous aspirons
ne saurait être une justice sociale. La justice sociale est un pur
mirage, qui a été l'alibi du renforcement des pouvoirs de l'Etat
et de l'étouffement de l'individu par la société.
En fait, ce n'est pas la société
qui fait ou organise la justice, ce sont les hommes eux-mêmes. La
justice européenne, c'est celle d'hommes justes, qui se conduisent
"justement".
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| L'ETAT
DE DROIT |
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Voilà qui est également indispensable
à l'économie de marché.
Celle-ci repose sur des règles
de juste conduite individuelle qui constituent
l'état de droit. Ces règles ne sont que le fruit de la tradition,
elles ne sont pas dictées par un ordre créé artificiel, elles sont
mises à jour en accord avec un ordre spontané naturel.
Au fond, le marché respecte
le grand mystère de la vie en société, décrit par Adam SMITH sous
le nom de "main invisible". C'est la reconnaissance que
notre raison humaine est inapte à comprendre totalement la complexité
de la société des hommes. Il nous faut accepter l'éclatement du
savoir, les limites de la raison. Il nous faut nous inscrire dans
la tradition pour la prolonger.
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| L'EUROPE,
TERRE DE LA LIBERTE |
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En fin de compte si l'Europe
a été la partie du monde la plus durablement prospère, mais aussi
la plus proche de la personne humaine, ce n'est pas le fruit d'un
miracle.
Il n'y a pas eu davantage de
miracle européen au cours de l'histoire qu'il n'y a eu naguère de
miracle allemand, ou italien, ou japonais.
Il y a eu en toutes ces circonstances
l'éclosion de la liberté. Les hommes ont eu, en un moment privilégié,
la possibilité d'exprimer leur génie créateur plutôt que leur pouvoir
destructeur. Ils ont appris le respect des autres, ils ont développé
le goût de l'effort, de la promotion et de la dignité.
C'est la liberté qui a fait
le rayonnement de l'éthique européenne. C'est en retrouvant et en
honorant la liberté que les Européens renoueront avec leur tradition
spirituelle.
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