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| LES ETATS UNIS D'EUROPE ? |
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On connaît le fameux dialogue entre Margaret THATCHER et Michel
ROCARD.
Le
premier ministre français interrogeait la Dame de Fer sur les perspectives
des Etats Unis d'Europe, il s'était entendu répondre : "Les
Etats Unis d'Europe ? Dans mille ans peut-être ...".
Et
Michel ROCARD, très satisfait, d'en conclure : "Elle n'a pas
dit non".
Le
débat est en effet ouvert entre les fédéralistes et ceux qui ne
le sont pas. Mais qui n'est pas fédéraliste ? Nombreux sont ceux
qui rejettent le fédéralisme au nom du nationalisme. C'est peut-être,
en partie, la position de Margaret THATCHER.
Mais
on peut aussi rejeter le fédéralisme au nom des droits individuels.
Cette
position, plus conforme au libéralisme, voit dans le fédéralisme
une nouvelle occasion d'écraser le citoyen, plus fortement encore
que ne peut le faire l'Etat-nation.
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| AMERIQUE 1787- EUROPE 1990 |
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Puisque l'idée fédérale est en cause, suivons le conseil de
JamesBUCHANAN et sachons tirer comme lui les leçons de l'histoire
américaine. James BUCHANAN montre comment le père de la Constitution
américaine, James MADISON, a été piégé par le fédéralisme.
Sans
doute la Fédération américaine sera-t-elle un succès économique,
en permettant la création d'un grand espace de libre-échange, sans
que les Etats puissent mettre obstacle à la libre initiative des
citoyens.
Mais
la Constitution américaine n'a pas réussi à défendre véritablement
les droits individuels, contrairement a ce que voulait MADISON.
Celui-ci avait en effet sous-estimé l'aptitude de l'Etat Fédéral
à s'arroger de nouveaux pouvoirs. Or la Constitution américaine
n'avait pas proclamé une idée chère à MADISON : le droit de sécession.
Faute
d'avoir été organisé dans la constitution, ce droit n'a pu jouer
lorsque les citoyens Américains voudront s'opposer aux empiétements
du pouvoir fédéral, de plus en plus grand en matière économique.
Les Européens veulent-ils arriver au même résultat maintenant ?
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| LA CEE, ORGANE SUPRANATIONAL |
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Il
ne manque pas d'avocats d'une Communauté européenne dotée de pouvoirs
supranationaux. Dans leurs rangs, on trouve bien entendu les actuels
dirigeants et administrateurs de la Communauté, qui rêvent de voir
leurs prérogatives élargies au détriment de celles des Etats-membres.
Mais il y a aussi un certain nombre d'hommes politiques qui songent
à doter le Parlement européen d'un véritable pouvoir législatif.
Les
uns et les autres conduisent l'Europe sur la voie de la centralisation.
Donner
au parlement des prérogatives élargies, au prétexte qu'il est élu
par le peuple n'est pas une garantie de démocratie ; au contraire,
c'est lui donner un pouvoir sans contrôle véritable. Enfin, on voit
mal comment les Etats accepteraient de renoncer à leur souveraineté
et de s'en remettre à un exécutif et un législatif sur lesquels
ils n'auraient aucun moyen de contrôle.
Le
projet de supranationalité n'est donc pas seulement dangereux, il
est aussi irréaliste.
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| UNE CONSTITUTION EUROPEENNE, POUR QUOI FAIRE ? |
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Se
pose d'ailleurs le problème plus général du sens à accorder à une
Constitution.
Dans
la conception française, la Constitution est essentiellement une
façon d'organiser les pouvoirs politiques. Sous l'influence de Montesquieu,
on est persuadé qu'une bonne distribution et définition de ces pouvoirs
est une condition suffisante de la protection des droits individuels.
Ainsi,
la Constitution européenne aurait-elle pour but de répartir les
compétences entre les Etats membres et les organes fédéraux. Ce
sont les gouvernements des divers pays qui sont par priorité concernés.
Une telle constitution ne serait que d'un médiocre secours pour
les citoyens européens eux-mêmes. Elle laisserait au contraire le
champ libre aux groupes de pression, qui trouveraient auprès des
organes fédéraux une compréhension plus grande et des moyens plus
étendus qu'au niveau national, comme le prouve l'expérience américaine
d'ailleurs.
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| UNE DECLARATION DES DROITS DES EUROPEENS |
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L'autre
manière de voir la Constitution est d'en faire une charte des droits
individuels en Europe. Ici, les Européens se voient reconnaître
un
certain nombre de droits (qui évidemment
ne sont ni des droits économiques ou sociaux, mais des droits civils,
attachés à la personne).
L'Europe
devient alors le moyen d'obtenir ce que les Etats nations refusent
à leurs citoyens respectifs.
Une telle constitution n'est pas faite pour les Etats, mais
contre eux.
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ETAT DE DROIT ET ECONOMIE
DE MARCHE
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Au
fond, si on exclut toute idée d'organisation politique de l'Europe
autour d'un pouvoir fédéral, la seule chose dont les Européens aient
besoin est de disposer des droits individuels nécessaires sans frontière. |
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Cette
situation a été vécue en Europe aux XIIe et XIIIèmes siècles. A
ce moment là, aucun pouvoir étatique national n'était assez puissant
pour imposer sa règle et la faire respecter dans un espace élargi.
Les Européens de l'époque ont donc pris l'habitude de se donner
le minimum de règles qui étaient justifiées par les échanges commerciaux
et contribuaient à des rapports pacifiques. Le monde des affaires
disposait ainsi d'un état de droit qui lui suffisait à pratiquer
le libre-échange.
Une
économie de marché ne requiert donc pas un ordre juridique pléthorique
et uniformisé, mais au contraire des règles juridiques accessibles
à tous, et dont la sélection se fait par l'usage.
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| UNE NATION EUROPEENNE |
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C'est peut-être ce qu'ont en vue les partisans d'une nation
européenne. Le concept est séduisant s'il signifie un espace de
commune éthique, fondée sur la liberté.
Les exigences et les perspectives de la liberté se raccordent
à une culture que les Européens n'auront pas de mal à accepter :
respect de la personne humaine, respect des communautés naturelles
librement consenties, respect du droit - et notamment du droit de
propriété. En ce sens il existe sûrement une nation européenne,
et elle puise ses racines fort loin dans
l'histoire - sans doute à la Grèce, à Rome et à la chrétienté. C'est
l'Europe des Bénédictins, des pèlerinages, et de la paix de Dieu.
Mais si la nation européenne implique une sorte de citoyenneté
supérieure garantie par un Etat européen, on retombe dans le mythe
"supranational" qui de Jean MONNET à Jacques DELORS, conduit
l'Europe à la dictature politique. Après tout, la nation européenne
était revendiquée également par Robespierre, Napoléon, Hitler, Mussolini
et quelques autres.
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| LA NATION AMBIGUE |
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C'est que le concept de nation, plus généralement, est ambigu.
Il en est ainsi à cause de la récupération politique dont la nation
a été la victime.
Une première récupération a été faite au moment de la Révolution,
lorsqu'on a légitimé le pouvoir de l'Etat
par la "souveraineté de la Nation", ce qui a autorisé
les gens de la Convention non seulement à éliminer les ennemis "internes"
de la nation - c'est à dire les opposants au régime - mais encore
de porter la guerre partout en Europe pour élargir la Nation Française,
qui était la Nation de la Liberté et des Droits de l'Homme, un message
universel que l'on pouvait évidemment imposer par la force !
Une deuxième récupération s'est produite au XIXème siècle avec
le "principe des nationalités", qui a été le moyen pour
certains Etats (comme la Prusse) de se renforcer au détriment d'autres
(comme l'empire austro-hongrois). Le principe des nationalités,
qui triomphe avec les traités de Versailles et de Sèvres, a été
source permanente de conflits en Europe, et a sans doute préparé
efficacement la deuxième guerre mondiale.
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| NATIONALITE, NATIONALISME |
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S'il est donc légitime de reconnaître l'existence de nations,
qui sont des entités culturelles, historiques, et représentent une
version élargie de la cité, communauté choisie par les individus,
il est dangereux de se laisser aller au nationalisme.
Le nationalisme procède en effet d'une sacralisation de la
nation, et donne un contenu politique à la Nation qui devient vite
dangereux, puisqu'il s'affirme au détriment des autres.
Ainsi le nationalisme européen veut-il s'affirmer contre les
"agressions" des Asiatiques, des Africains ou des Américains.
Ainsi certains nationalismes régionaux n'ont-ils qu'un contenu politique,
au service de puissances étrangères.
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| NATIONALISME ET PROTECTIONNISME |
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Aujourd'hui le nationalisme est souvent utilisé par les Etats-Nations pour justifier le protectionnisme. Au prétexte
de défendre les intérêts économiques, sociaux ou culturels de la
Nation, on organise le rejet de l'étranger, et on dresse les peuples
les uns contre les autres.
Le nationalisme a toujours conduit à l'incompréhension et au
conflit.
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| NATIONALISME ET DEMOCRATIE |
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Néfaste dans ses effets externes, le nationalisme est également
destructeur de démocratie interne. En effet, la doctrine nationaliste
pose la suprématie du collectif sur l'individuel, au nom de la souveraineté
nationale. La Nation est alors le prétexte d'une réduction des libertés
individuelles et d'une atteinte aux droits de propriété. C'est la
négation de la souveraineté de l'individu. Au prétexte qu'il s'inscrit
dans une tradition nationale, l'individu perd l'exercice de sa liberté
d'accepter ou de refuser la nation. La nation s'impose à tous.
Ce droit fondamental, qu'est le droit de sécession - puisqu'il
garantit le contrat implicite qui crée la nation - est oublié.
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| L'EUROPE, CONTESTATION DES ETATS |
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Un espace économique européen ouvert, à l'intérieur duquel
les hommes, les produits et les idées circuleraient librement, serait
une formidable occasion de contester l'Etat-Nation.
Cela ne ferait en rien disparaître les vraies entités nationales,
celles qui sont le fruit d'une tradition librement reconnue et acceptée.
Mais cela permettrait aux citoyens européens de contester leur propre
Etat, pour reconnaître un état de droit élargi, et pour obtenir
les garanties attachées à sa personne.
A ce jeu, les Etats seraient bien obligés, tôt ou tard, de
traiter leurs nationaux avec ménagement, au risque de perdre leur
clientèle, leurs contribuables, leurs producteurs et leurs consommateurs.
C'est aux Etats les plus respectueux des individus qu'irait
finalement la préférence des Européens.
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| IL NOUS FAUT UN MADISON |
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On comprend dans ces conditions la position de James BUCHANAN
qui indique aux Européens qu'ils ont "besoin d'un Madison".
C'est-à-dire d'un homme politique, ou d'un parti politique, qui
ait un sens aigu de la défense des droits individuels, qui ait un
profond respect pour les personnes, et une grande méfiance à l'égard
de l'Etat.
Il est certain qu'aujourd'hui les Européens sont très sceptiques
à l'égard de l'Etat. A l'Est comme à l'Ouest, et souvent pour les
mêmes raisons, les hommes de l'Etat n'inspirent plus aucune confiance.
Les Européens ne doivent pas s'encombrer d'une machinerie administrative
et politique qui s'empresserait de réinventer des frontières, des
occasions de conflits, et soufflerait sur la braise du nationalisme.
Les Européens ont besoin qu'on les laisse se connaître, se comprendre
et s'apprécier. Ils ont besoin d'une Europe ouverte.
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