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BIENVENUE DANS LE MONDE DE LA
LIBERTE
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Si l'Europe de l'Est quitte la route de la servitude, c'est
aussi dans l'espoir de s'intégrer dans l'espace mondial de la liberté,
de la prospérité.
Mais sommes-nous en état d'accueillir nos cousins orientaux
dans le monde de la liberté ?
Nos souhaits de bienvenue risquent de paraître un peu suspects
; car qu'avons-nous fait de notre propre liberté ?
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UNE REVOLUTION A REFAIRE
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La Révolution en Europe de l'Est est peut-être à parfaire.
La Révolution à l'Ouest est sûrement à refaire.
Quelque dix ans en arrière, il semblait que le libéralisme
serait définitivement vainqueur. Ici, déjà, on avait compris que
le socialisme n'était réellement pas la bonne formule, à aucun point
de vue. Aux Etats Unis d'abord, puis en Angleterre et dans la plupart
des pays européens occidentaux, l'Etat était contesté. Des gouvernements
audacieux mettaient en place les bases d'une révolution libérale
: moins d'Etat, moins d'impôts, moins de réglementation, moins de
centralisation.
C'est d'ailleurs grâce à ce radical changement de cap que l'Occident
s'est sorti de ce mauvais pas appelé crise, et qui n'était pour
l'essentiel que l'illustration des dégâts causés par l'économie
dirigée et la société dominée par la politique.
Aujourd'hui, l'Occident est à nouveau dans le doute : la révolution
est peut-être à refaire.
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| LA TYRANNIE DU STATU QUO |
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Comme Milton FRIEDMAN l'a expliqué, toute avancée vers la liberté
se heurte à la coalition d'intérêts très divers, qui ont avantage
à ce que rien ne change : c'est la tyrannie du statu quo.
Aux Etats-Unis même, les grandes réformes introduites par la
première administration REAGAN n'ont pas abouti ou sont en train
d'être remises sérieusement en cause.
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| LA SOCIETE D'ECONOMIE MIXTE |
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Dans d'autres pays, comme la France, la part des prélèvements
obligatoires et du secteur public n'a pas diminué.
Les Français sont devenus les adeptes de la "société d'économie
mixte" mélange contre nature d'économie de marché et d'économie
publique. Ils veulent la donner en exemple aux pays d'Europe de
l'Est. Ce qui est un comble quand on connaît tous les gaspillages
et toutes les injustices que crée ce système. Seuls bénéficient
du système les fonctionnaires et salariés du secteur public (ils
ne sont pas très payés mais disposent de la sécurité de l'emploi
et de nombreux avantages). Va-t-on proposer aux peuples de l'Est
de devenir des rentiers de l'Etat ? Va-t-on leur conseiller de résorber
le chômage en créant et en subventionnant des emplois factices ?
C'est la solution qu'on leur a imposée depuis cinquante ans ; peut-être
aspirent-ils à autre chose !
La société d'économie mixte n'est pas une étape du passage
du socialisme au capitalisme ; elle a été conçue et elle est vécue
comme une étape du passage inverse, celui qui mène du capitalisme
au socialisme. Il ne faut pas se tromper de sens.
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LES CORPORATISMES
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En fait ce qui se passe en France n'est qu'une illustration
du phénomène très général du corporatisme. De très nombreuses professions
ont réussi, par le jeu du marché politique, à se faire reconnaître
des privilèges, à échapper à la concurrence et au droit commun.
Des milliers de personnes se sont investies dans cette recherche
de privilèges et de rentes, et en sont devenues des professionnels
dans ce domaine : les leaders syndicaux, les dirigeants des organisations
professionnelles, sans parler évidemment des hommes politiques à
tous les niveaux.
Voilà une des plus anciennes et des plus dangereuses perversions
du jeu de la démocratie représentative : la défense et la promotion
des intérêts catégoriels au nom de l'"intérêt général".
Dans sa célèbre "pétition des marchands de chandelles",
Frédéric BASTIAT avait montré comment l'Etat est cette "grande
fiction sociale à travers laquelle chacun croit vivre au dépens
de tous les autres".
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| LE PROTECTIONNISME |
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Un autre démon qui hante la société occidentale est celui du
protectionnisme. Avec l'ouverture mondiale des marchés financiers,
avec l'assouplissement des échanges commerciaux, la concurrence
est très vive.
Les Européens se sentent en péril, menacés par les Japonais,
les Asiatiques ou les Américains du Nord. Ils sont prompts à dénoncer
les manoeuvres contraires à la concurrence pour tenter de s'isoler,
et supportent difficilement de perdre la partie commerciale et financière.
De ce point de vue, l'Europe de l'Est suscite des espoirs et
des craintes. Espoirs dans la mesure où une Europe plus forte pourrait
se protéger contre les agressions extérieures ; crainte parce que
les gens de l'Est sont aussi des concurrents...
Ces sentiments sont exploités par les autorités de BRUXELLES.
Pour "organiser" la concurrence à l'intérieur de l'Europe
élargie, et pour défendre cette Europe organisée contre les pays
tiers, il faut évidemment mettre en place des règles du jeu.
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OUVERTURE A L'EST : OUI MAIS
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Voilà pourquoi il y a tellement de réticences à l'égard d'une
totale ouverture économique avec l'Est.
On est très désireux d'accueillir ces braves cousins, mais
à condition qu'ils ne constituent pas une gêne trop grande.
Par exemple, les produits agricoles de l'Est ne doivent pas
concurrencer ceux des paysans de l'Ouest : on barrera la route !
De même les salariés de l'Est ne peuvent pas proposer leurs services
à un taux de salaire inférieur : pas de dumping social.
En d'autres termes, ceux qui voudraient se faire leur place
sur le marché en consentant des prix et des conditions plus avantageux
- ce qui est le principe même de la concurrence - sont menacés d'exclusion.
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L'EUROPE AUX COULEURS SOCIALISTES
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Toutes ces réactions hostiles au changement et à l'ouverture
se cristallisent autour d'une vision socialiste de l'Europe.
Le courant socialiste peut ouvertement s'exprimer aujourd'hui, puisque la plupart des institutions européennes sont dominées
par les partis socialistes : parlement de Strasbourg, Commission
de Bruxelles et naguère Conseil des Ministres.
Cela témoigne bien du fait que si à l'Est on cherche la rupture
avec le socialisme, à l'Ouest la tentation socialiste est toujours
forte.
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Les socialistes jouent en la circonstance les moralisateurs.
Ils veulent mettre en garde leurs "frères" de l'Est contre
les périls de cette société capitaliste dont les Occidentaux ont
eu tellement à souffrir. Ils veulent leur éviter les affres de la
propriété privée, du profit, des multinationales et du laissez-faire.
Mais les socialistes occidentaux auront beaucoup de mal à persuader
leurs interlocuteurs des mérites du "socialisme à visage humain"
ou de la société d'économie mixte : ils ont déjà donné...
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EUROPE DE BRUXELLES OU EUROPE
DE VIENNE
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Plus que jamais le débat entre les deux conceptions de l'Europe
prend de l'importance. Les Européens, à l'Ouest, se partagent entre
une vision organisationnelle et dirigiste de l'espace européen,
à base de coordinations étatiques, et une vision marchande et libérale
pour laquelle l'espace européen s'organise spontanément - c'est
à dire sans impulsion centrale - par le seul jeu de la concurrence
et le fonctionnement des marchés libres.
Cette dernière vision tend à donner à l'Europe des liens économiques
étroits, par la mise en présence de tous les producteurs et de tous
les consommateurs d'un espace de libre-échange total, et des liens
politiques les plus relâchés possible, à la manière de l'ancien
empire austro-hongrois, qui avait su faire
de l'Europe Centrale un espace de communication s'accommodant
d'une grande diversité de culture, de particularités régionales
et d'initiatives individuelles.
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| EUROPE INTEGREE |
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Cette vision de l'Europe, grand marché ouvert, sans institution
politique majeure, contraste évidemment avec les projets des dirigeants
politiques.
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Qu'il s'agisse de la "grande maison" de GORBATCHEV
ou de la Communauté élargie de Jacques DELORS, voilà des projets
qui privilégient le rôle d'une autorité centrale, et supposent une
coordination entre Etats souverains, sans que les Européens aient
quelque chose à dire. L'intégration européenne n'est qu'une façade
du dirigisme européen.
L'Europe de l'Ouest ne rendrait donc pas un grand service aux
Européens de l'Est en plaidant pour la constitution d'un vaste ensemble
intégré.
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UN NOUVEAU PLAN MARSHALL ?
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Mais au moins les Occidentaux ne peuvent-ils pas accélérer
le progrès à l'Est en imaginant un nouveau plan MARSHALL ?
L'intention est sans doute noble, mais elle aboutit à plusieurs
aberrations. |
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La première est d'utiliser, une fois de plus, le canal étatique
: l'aide MARSHALL a été allouée de gouvernements à gouvernements.
Ce serait donc une manière de soutenir des régimes dont les sentiments
libéraux sont tout à fait suspects, et de maintenir au pouvoir une
nomemklatura dont plus personne ne veut.
Ensuite ces aides publiques sont le plus souvent à fonds perdus,
et incitent les autorités locales à se donner des structures administratives
pour gérer et orienter cette manne. Les "priorités d'intérêt
général" seraient une fois de plus préférées aux choix du marché.
Enfin, cette forme d'aide maintient celui qui la reçoit en
éternelle condition d'assisté. Il ne faudrait évidemment pas renouveler
avec l'Europe de l'Est les erreurs commises avec les pays pauvres,
notamment les pays africains. Les pays de l'Est ont besoin de leur
liberté, non de notre aide.
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| LIBERALISATION DE L'EUROPE |
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En fait, le seul scénario satisfaisant, celui qui convient
non seulement à l'Europe de l'Est mais aussi à l'Europe de l'Ouest,
c'est celui de la libéralisation.
Que l'Europe redevienne un espace de communication, de convivialité,
de compréhension mutuelle entre les peuples qui la composent. Le
marché se chargera bien d'organiser et d'accélérer une intégration
que les hommes de l'Etat ne savent pas mettre en oeuvre sans arrière-pensée.
Il va de soi que la libéralisation de l'Europe ne sera possible
et réussie que si à l'Ouest, on a su retrouver aussi le chemin de
la liberté. Le courage et l'enthousiasme avec lesquels les peuples
de l'Est ont conquis leur liberté devraient pousser les peuples
de l'Ouest à apprécier la liberté et à la cultiver, au lieu de la
gaspiller.
Que l'Ouest apporte sa compétence et son expérience, que l'Est
apporte sa foi et sa soif de liberté.
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