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| LA REVOLUTION DE 89 |
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Au
moment où les Français fêtaient le bicentenaire de la prise de la
Bastille, le vent de la liberté soufflait sur l'Europe.
Il
n'y avait aucun lien entre les deux. La Révolution Française n'a
apporté que dictature et arbitraire, au nom du mythe de la souveraineté
populaire. Les peuples d'Europe centrale ont voulu au contraire
en finir avec la "démocratie populaire".
Aussi
inéluctable qu'imprévisible, la Révolution en Europe de l'Est n'a
pas fini de nous interroger : pour quelles causes, pour quel avenir
?
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| L'ECHEC
ECONOMIQUE |
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L'opinion
courante rapproche la Révolution de l'Est avec l'échec de l'économie
planifiée.
L'échec
n'est pas contestable. Sa marque la plus sensible pour les populations
est la pénurie alimentaire, mais aussi le manque total de tous les
produits de première nécessité. L'industrie, fleuron de la planification,
est en totale désorganisation.
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Mais
cet échec avait été constaté depuis plus de trente ans, et les projets
de réforme de la planification s'étaient multipliés, y compris en
Union Soviétique. Quelques unes des tares de l'économie planifiée
avaient été relevées : centralisation, bureaucratie, manque de motivations
individuelles, absence de commerce, ignorance du profit.
Si
l'échec économique a expliqué une part du mécontentement, et a démontré
l'incapacité du système à évoluer, il n'a pas suffi à produire cette
formidable accélération de l'histoire en 1989.
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| LE REVEIL DES NATIONALITES
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Il
y a eu en 1989 rupture d'un consensus politique, obtenu jusque là
par des moyens discutables certes, mais que l'on habillait au nom
de "centralisme démocratique".
Pour
la première fois depuis 1921 le parti communiste perd son prestige,
et la contestation politique s'installe.
Sans
nul doute, les sentiments nationalistes ont pesé lourd dans cette
évolution. En Pologne d'abord, puis dans les pays d'Europe Centrale,
puis enfin au sein même de l'URSS, les Européens ont de plus en
plus mal supporté les décisions et l'autorité même du pouvoir politique
central et des dirigeants communistes. La décomposition de l'économie
se prolongeait aussi par la décomposition de l'Etat.
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| LA LIBERTE POLITIQUE |
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Dans
ce contexte Michael GORBATCHEV est apparu un moment comme le grand
libérateur.
Il
n'avait guère d'autre choix à sa portée. D'une part il avait perdu
les moyens d'une reprise en mains, d'autre part il affirmait son
pouvoir contre les conservateurs. Mais enfin et surtout, sa stratégie
permettait de préserver les situations acquises par la plupart des
dirigeants communistes et leurs séides : pour rester en place, mieux
valait prendre la tête de la Révolution.
Ce
calcul a été perdu dans quelques pays. Une fois le goût de la liberté
politique revenu, il est difficile d'empêcher les citoyens, enfin
libres de s'exprimer, de dire leurs mécontentements et leurs attentes.
Les
dirigeants communistes avaient sous-estimé la dynamique de la liberté.
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| L'ESPOIR
RENAIT |
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Le
communisme et l'économie planifiée avaient réduit les hommes au
désespoir.
Les
pénuries sont insupportables certes, mais le sentiment que son sort
personnel ne pourra jamais s'améliorer, que l'on mènera une existence
sans perspective de progrès, sans projet personnel, est encore plus
intolérable.
Or,
voici que ces peuples retrouvent leur âme, leurs racines historiques.
Ce regain de la spiritualité contraste parfois avec la perte des
valeurs spirituelles et morales en Occident.
C'est
souvent dans les églises, dans les temples, dans les basiliques
que les mouvements de contestation du régime sont partis.
L'Eglise de Nowa Hutta, symbole de
la résistance polonaise, a été le premier acte d'insoumission au
communisme soviétique.
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PAS UNE EVOLUTION, LA LIBERTE
MAIS BIEN UNE RUPTURE
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Il
est important de se rappeler exactement toutes les dimensions des
évènements de 1989 pour ne pas en fausser le sens.
Les
peuples qui se sont soulevés n'attendent pas une réforme économique
et quelques retouches du système qui permettraient de rendre leur
situation supportable. Ils n'ont pas besoin d'une aide étrangère
pour surmonter une crise particulièrement grave.
Ils
veulent rompre définitivement avec une société qu'ils rejettent
globalement, et dont ils ont totalement compris les vices fondamentaux
: abus d'Etat, mépris de la personne humaine, suffisance intellectuelle,
impérialisme culturel.
Tous
ces traits, caractéristiques des sociétés totalitaires, étaient
bien contenus dans la philosophie marxiste.
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| LE PASSAGE A LA LIBERTE |
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S'il
est facile de comprendre la volonté de rupture avec le socialisme,
il n'est pas évident de réussir le passage à la liberté. Il faut
d'abord compter avec toutes les forces conservatrices. Depuis un
demi-siècle un vaste réseau d'influences, de privilèges, a été organisé,
en faveur de la Nomenklatura et des apparatchiks. Dans la plupart
des pays de l'Est, il n'est pas très réaliste d'espérer une rapide
perte de ces droits acquis.
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| L'INDIVIDUALITE
ECRASEE |
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D'autre
part, il ne faut pas sous-estimer l'influence de cinquante ans de
régime collectiviste sur les comportements individuels.
Les
initiatives individuelles ont été étouffées, la plupart des gens
ont pris l'habitude de se fondre dans la masse et d'éviter de sortir
de l'anonymat. Ces réflexes ne sont guère propices à l'économie
de marché, qui joue sur les intérêts personnels et la volonté individuelle
de progresser.
Le
capitalisme n'est pas à base de solidarité, mais de liberté. Solidaires
pour conquérir leur liberté, les peuples de l'Est seront-ils assez
libres pour admettre la compétition, la réussite ?
La
volonté de "marcher tous au même pas" peut être un frein
puissant au changement économique et politique. Marcher au même
pas, c'est encore marcher au pas.
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| INDEPENDANCE ET AUTARCIE |
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Enfin,
pour des peuples qui ont récemment recouvré leur indépendance, le
danger est de confondre indépendance et autarcie.
La
période de la résistance a fait naître une légitime suspicion à
l'égard de l'étranger, car l'étranger c'était le KREMLIN et ses
dirigeants.
Mais
aujourd'hui la fierté nationale ne doit pas pousser à l'autarcie.
Comme tous les peuples du monde, ceux-ci ont besoin des échanges
extérieurs, des investissements et des capitaux étrangers.
C'est
une erreur de vouloir ramener les relations avec l'étranger à une
simple aide financière, au demeurant prodiguée par des gouvernements
à d'autres gouvernements.
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| LES INSTITUTIONS DE LA LIBERTE |
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Il
faudra donc que les pays de l'Est fassent de gros efforts pour oublier
l'héritage de l'économie socialiste : conservatisme, collectivisme,
protectionnisme.
Mais
il leur faudra parallèlement mettre en place les institutions de
la liberté.
Une
économie de marché ne fonctionne pas comme un "état de nature".
Elle suppose au contraire des règles extrêmement précises. Au premier
rang de ces règles viennent la reconnaissance et le respect des
droits de propriété individuelle. De même les contrats supposent
des garanties, une responsabilité, un pouvoir judiciaire.
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| LA LOI DE L'ARGENT |
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Il
faudra enfin se soumettre à la loi de l'argent, c'est à dire apprendre
ou réapprendre à se servir de la monnaie, et admettre les arbitrages
financiers.
MARX
avait voulu imaginer l'économie sans monnaie, et la première planification
socialiste entre 1918 et 1921 s'est faite sans calcul monétaire.
Il n'existe aucune économie libre sans monnaie, et il faut connaître
les qualités, mais aussi les exigences de la monnaie, et la signification
des prix, des salaires et de l'intérêt. Par exemple, il ne saurait
y avoir d'affectation des ressources productives sans un marché
libre du travail ni un marché libre du capital.
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| LA REVOLUTION A PARFAIRE |
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La
marche à la liberté n'est donc pas terminée, elle s'amorce seulement.
Il ne faut pas oublier que certains pays n'ont eu de libéralisation
qu'en façade ; c'est incontestable pour la Russie et pour la Roumanie.
L'Occident a souvent le tort de considérer le problème comme résolu
dans ces pays alors que presque tout reste à faire.
Il
ne faut pas oublier non plus que l'Europe de l'Est ne réussira sa
marche à la liberté que dans la mesure où l'Europe de l'Ouest jouera
elle-même la carte libérale, ce qui n'est pas nécessairement le
cas. Les peuples de l'Est ont fait leur révolution ; il leur reste
maintenant à la parfaire.
Mais
en dépit de ces imperfections, en dépit de ces difficultés, nous
pouvons saluer comme un grand tournant de l'histoire ce moment où
des millions d'Européens auront pu quitter la route de la servitude.
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