|
SCLEROSE FISCALE
ET SOCIALE DE L’ESPRIT D’ENTREPRISE
|
||
|
Nous reprenons les comptes rendus de la 3ème journée de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie (Aix en Provence, 31 Août 2004). Benoîte Taffin, porte-parole de Contribuables Associés, nous donnait une idée précise des obstacles fiscaux à l’esprit d’entreprise. |
||
|
Benoîte Taffin : Les obstacles fiscaux à l’esprit d’entreprise |
||
|
Indéniablement,
la fiscalité constitue un handicap à la création d’entreprises mais
aussi au développement et à la durée de vie de celles-ci. Le rapport
de François Hurel remis au premier ministre en 2002 sur « Le développement
de l’initiative économique et la création d’entreprises » révèle
un déficit de la densité entrepreneuriale
en France (rapport entre le nombre d’habitants et le nombre d’entreprises).
Alors que par comparaison à la Grande Bretagne nous devrions compter
3,4 millions d’entreprises, nous n’en dénombrons que 2,4 millions en
France. Ce chiffre s’élève à 4,6 millions aux Etats-Unis. Ce déficit résulte
de la mise en œuvre depuis de nombreuses années de politiques allant
à l’encontre de l’esprit d’entreprise. Les « avalanches fiscales »
conduisent à la fuite des cerveaux, la fuite des talents, la fuite des
capitaux. Ainsi tous les ans, 50 000 personnes quittent la France
pour se diriger principalement vers des pays anglo-saxons comme la Grande
Bretagne ou les Etats-Unis. Ils y trouvent la liberté d’entreprendre
à laquelle ils aspirent : moins de difficultés administratives,
de meilleures opportunités de financement, plus de visibilité et une
fiscalité des entreprises moins lourde. Toutes ces limites
expliquent sans doute pourquoi le taux de création d’entreprises pour
10 000 habitants est de 44 en France contre 62 aux Etats-Unis,
64 en Italie, 66 en Grande Bretagne, 88 en Espagne. Cela justifie aussi
que 15 millions de Français manifestent le souhait de créer un jour
leur propre entreprise sans pour autant le concrétiser. Le poids de la réglementation La réglementation
est une forme de taxation dans la mesure où elle a pour ambition de
créer des biens publics (la sécurité, la qualité…). Ainsi la France
s’est-elle « enrichie » d’une taxe professionnelle, servant
à payer la formation, d’une taxe sur la fortune, de droits de successions
énormes. Pour ces raisons, toutes les années 50 000 entreprises
disparaissent en France (30% de ces disparitions sont imputables aux
seuls droits de succession) tandis qu’investisseurs et entrepreneurs
potentiels quittent le pays. La réglementation
est également très contraignante en Europe. L’harmonisation est une
menace en matière fiscale. L’Union impose
déjà aux nouveaux entrants des taux de fiscalité indirecte très supérieurs
à ceux qu’ils pratiquaient avant l’intégration. Mais quid pour la fiscalité
directe sur les entreprises ? A Bruxelles depuis les années 70
et 80 on a l’idée qu’un marché unique sans harmonisation fiscale n’est
pas équitable. Certains pays, tels la France et l’Allemagne, craignent
des délocalisations et appellent Bruxelles à faire pression sur les
pays à la fiscalité très intéressante comme l’Irlande (12%), ou à la
fiscalité nulle comme l’Estonie. Alors quid de la concurrence fiscale ?
Jusqu’à aujourd’hui,
la concurrence fiscale (en matière entrepreneuriale) a été très utile.
Elle a permis de générer de la croissance économique ; elle a réduit
le niveau moyen de taxation dans le monde ces 20 dernières années sans
que cela soit planifié (le taux s’élevait alors à 25%). Et pour cause :
les gouvernements se sont rendu compte que c’était le seul moyen d’éviter
les délocalisations. Ceci étant, cette concurrence fiscale est pour
eux trop difficile à assumer. Beaucoup plaident donc aujourd’hui en
faveur de l’harmonisation. L’exemple Suisse Chez Contribuables
Associés, nous avons travaillé sur ce problème. Le cas de la Suisse
est à notre avis très intéressant. Cette confédération vieille de 130
ans est une sorte de laboratoire en matière de fiscalité puisque les
26 cantons la composant ont conservé leur souveraineté
dans ce domaine. On y observe que la très grande diversité en matière
de fiscalité mène à des résultats très différents en termes de richesse.
La concurrence force les cantons à réduire leur fiscalité de même que
le financement des biens publics sans pour autant qu’il y ait déficience.
Ces biens publics sont les mêmes dans tous les cantons. A l’évidence,
la concurrence fiscale mène à une certaine convergence et non à l’uniformisation. Enfin, bien
qu’une analyse en terme de « Public Choice »
pourrait amener à penser qu’une société prospère, avec un niveau de
vie élevé, ne résisterait pas à la tentation d’avoir un gouvernement
dont la taille serait proportionnelle à la fiscalité exercée, l’exemple
des cantons suisses ne montre pas de corrélation entre le niveau de
fiscalité et la richesse. Quelles leçons
pour l’Europe ? L’harmonisation fiscale ne me semble pas nécessaire.
S’il n’y a plus de souveraineté sur cette question, rien ne sera décidé
par nos parlementaires. Il y aurait donc une perte de liberté. Fermer
la porte à la concurrence fiscale, c’est fermer la porte à la découverte.
Cela pourrait être la fin de l’esprit d’entreprise. Si nous ne préservons
pas la liberté, nous nous engageons sur la route de la servitude dont
parlait Hayek. |
||