DYNAMIQUE ETHIQUE ET CULTURELLE
 

Lors de la seconde session de la dernière journée de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie (mercredi 1er septembre 2004 à Aix en Provence) le Rév. Père Robert Sirico, économiste et directeur de L’Acton Institute, développait une approche essentiellement éthique de l’esprit d’entreprise.

 

Rév. Robert Sirico : Les vertus de l’entrepreneur

 

Dimension économique de l’entrepreneur

Le niveau de bien être économique est aujourd’hui plus élevé qu’il ne l’a jamais été. Toutes les études le montrent, quel que soit le critère retenu : nutrition, santé, logement. A l’exception notable de quelques pays d’économie centralisée, planifiée, ou en proie à la corruption (Corée du Nord, Cuba…), toutes les régions du monde sont concernées. Et pour cause, nous connaissons le secret de la productivité économique. Nous connaissons le secret de la richesse des nations. Nous savons qu’elle ne trouve sa cause ni dans les efforts déployés par une armée d’âmes charitables oeuvrant à travers le monde, ni dans les programmes de développement étatique, produisant bien souvent des résultats opposés à ceux escomptés. La cause de ce développement humain doit plutôt être attribuée à l’élargissement des marchés : la mondialisation ou la globalisation.

Au cœur de ce processus se trouve le caractère unique d’un homme ou d’une femme ayant la capacité de percevoir ce que les autres n’ont pas perçu, de découvrir ce que les autres n’ont pas encore découvert, de mettre en relation des facteurs de production qui débouchent sur une plus grande productivité.

 

Dimension culturelle de l’entrepreneur

Pourtant, plutôt que de rendre hommage à ces hommes et femmes capables de prendre des risques, de déceler et d’exploiter des opportunités qui soient de véritables bienfaits pour la société, une certaine culture fait de l’entrepreneur un individu moralement critiquable. L’image classique que les gens en ont est celle d’un rapace, d’un voleur doublé d’un menteur aimant les consommations ostentatoires. Le mythe est d’ailleurs entretenu dans l’opinion par la littérature, le cinéma et bien entendu, quelques affaires de corruption, à l’image d’Enron.

Cette culture est encore renforcée par l’auto critique pratiquée par certains hommes d’affaires à succès. En faveur du socialisme, ils fustigent leur fonction, leurs homologues et font des donations à des organisations qui détruisent le monde des affaires.

Il semble que tous les coups soient permis. On peut dire et faire ce que l’on veut afin de montrer qu’il y a un problème moral avec l’économie de marché et plus particulièrement avec la « minorité entrepreneuriale » à l’égard de laquelle on ne veut faire preuve d’aucune tolérance et envers laquelle on ne reconnaît aucun droit de protection, à l’instar des minorités raciales, ethniques, religieuses…

Cette attitude est-elle justifiée ? S’il y avait un tel degré de malhonnêteté, nous ne pourrions pas vivre. Le miracle du marché est précisément que tant de choses se produisent. Or, l’atmosphère culturelle ambiante affaiblit la confiance des entrepreneurs et diminue leur sens des responsabilités. Il faut donc à tout prix changer cela si l’on veut que le processus de croissance se poursuive.

 

Dimension sociale de l’entrepreneur

Il faut commencer par réfléchir sur la nature de la personne humaine. Qui sommes-nous ? Nous sommes des êtres matériels. Nous vivons dans un contexte de rareté. Mais contrairement à l’un des mythes étatiques selon lequel les êtres humains sont essentiellement des gens qui consomment, n’oublions pas que nous sommes surtout des esprits qui produisent. Il y a là une réalité duale. En conséquence, la question « qui sommes nous ? » appelle une réponse claire : nous sommes des êtres pensants, des êtres qui raisonnent. Notre intellect peut être décrit comme la dimension essentielle de notre personnalité qui permet de transcender notre relation avec la nature. Autrement dit, nous pouvons dépasser les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons de façon normative par l’utilisation de notre raison : elle fait de l’homme un homme. D’où les idées de production et de possession.

Le processus de productivité économique étant essentiellement un processus de création, nous devenons les serviteurs des autres en leur offrant les biens et services dont ils ont besoin. A travers l’échange il s’agit d’améliorer sa vie. Cet aspect du service montre aussi la dimension sociale de la personne humaine. Plus que des individus, nous sommes des personnes en relation permanente les unes avec les autres. Mais alors, quel équilibre entre notre individualité, notre capacité de créer et ce qui nous pousse vers les autres ? Chacun a l’occasion d’essayer de se développer, mais tout développement personnel combine la créativité, la relation avec les autres, l’altérité, la capacité à produire, la nécessité de posséder (la propriété privée). Voilà la dimension sociale et morale de cette personne qu’est l’entrepreneur.

 

Dimension éthique de l’entrepreneur

Dans cette perspective, le processus de marché est ce qui permet de combiner et d’utiliser l’intelligence humaine mieux qu’un quelconque gouvernement ne pourrait le faire. C’est l’idée fondamentale de Mises. Mais cette vision économique de l’homme ne constitue qu’une partie de la réalité humaine. Nous devons chercher d’autres sources de vérité pour avoir une compréhension plus profonde de ce qu’est l’être humain.

Par ailleurs, le processus de créativité économique, l’esprit d’entreprise n’est qu’un moyen vers une fin étant entendu que chacun doit avoir la liberté de définir ses fins. Il semble en effet très important pour la dignité de la personne humaine, son bien être, sa confiance, qu’il distingue le processus économique de création de richesse de ce qu’il veut atteindre. La liberté économique n’est pas une vertu en soi. C’est un contexte dans lequel la vertu devient possible. Il en est du contrat, de la confiance et du développement économique comme des branches d’un arbre. Ils puisent leurs racines dans les vertus d’humilité, de modestie, de courage et de persévérance. Il faut entretenir les racines pour que les branches continuent à vivre. Aujourd’hui, la culture de l’ouest est menacée si elle ne s’enracine pas dans ce qui fait de nous des êtres libres et responsables.

 
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