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SCLEROSE FISCALE
ET SOCIALE DE L’ESPRIT D’ENTREPRISE
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La deuxième
matinée de la XXVII°Université d’Eté de la Nouvelle
Economie (Aix en Provence, mardi 21 août) était consacrée en partie aux
effets délétères de la fiscalité sur l’esprit d’entreprise. Voici la synthèse
d’un grand expert français en la matière, le professeur Pascal Salin,
qui enseigne à l’Université Paris IX Dauphine. |
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Pascal SALIN : La fiscalité contre le calcul entrepreneurial et contre la cohésion sociale |
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Les effets de
la fiscalité, conçue au sens large (impôts et cotisations sociales obligatoires),
sont beaucoup plus profonds et sournois qu’on ne le pense. La fiscalité
rend la mission de l’entrepreneur impossible, et détruit les liens sociaux,
parce qu’elle substitue l’arbitraire des autorités administratives à la
logique des contrats. Les bases
contractuelles de la rentabilité Les engagements
pris dans l’entreprise et par l’entreprise sont de nature contractuelle.
L’entreprise est un « nœud de contrats ». Parmi ces contrats,
certains ont des clauses nettes et définitives, et ne devraient pas apporter
de surprise à l’entrepreneur. C’est le cas des contrats de travail. Mais
d’autres contrats sont marqués du sceau de l’incertitude, et l’entrepreneur
assume le risque des marchés qu’il passe. Ce risque est relié à la création
de richesses : la satisfaction des besoins apporte un profit pour
l’entrepreneur. Pour les administrations
fiscales, il est évidemment très commode de prélever les impôts au moment
où sont passés les marchés, où sont créées les richesses. Il est plus
simple de taxer ce qui passe par le processus de marché. Cela signifie
que le fisc s’empare de la part qui devrait revenir à l’entrepreneur,
et pénalise ainsi la création de richesses ! D’autre part,
cette fiscalité est établie par l’Etat de façon
arbitraire : il n’y a pas de « contrat fiscal » entre l’entrepreneur
et l’administration. Celle-ci peut donc à tout moment modifier la règle
du jeu, et ce « risque fiscal » vient ainsi s’ajouter aux risques
entrepreneuriaux ordinaires. Le profit peut disparaître tout
d’un coup, par le seul effet d’une décision fiscale. On objectera que
l’entrepreneur peut répercuter la charge fiscale sur d’autres partenaires.
Mais c’est précisément oublier que ces autres partenaires sont liés par
contrat avec l’entrepreneur, et que la plupart de ces contrats ne peuvent
être modifiés. L’incidence de l’impôt est donc sur le profit de l’entrepreneur,
et l’arbitraire et l’instabilité fiscales créent une distorsion dans la
gestion de l’entreprise en prenant l’entrepreneur en tenaille entre les
contrats dans lesquels il s’est déjà engagé et les charges nouvelles que
lui impose le fisc. Si, à long terme, il y a une possibilité pour l’entrepreneur
de reporter une partie de ses charges sur les employés, les fournisseurs
ou les clients, on ne sait pas comment ce report se répartit, ni quelle
est son importance. La fiscalité rend la gestion opaque, nul ne sait ce
qu’il paie vraiment. Dans cet état
de choses, l’entrepreneur est en position d’asymétrie. S’il se lance dans
un projet qui échoue, il supportera seul le poids de l’échec. S’il réussit
il devra partager son succès avec l’administration, qui ira jusqu’à lui
confisquer presque la moitié de son profit dans certains cas. La fiscalité
a ainsi pour résultat de séparer l’homme de son œuvre, pour les uns en
les privant d’une juste rémunération, pour les autres en leur reversant
des sommes qu’ils n’ont pas méritées par leur activité. C’est une prime
à l’irresponsabilité. On raisonne en termes collectifs plutôt que de prendre
en considération les efforts personnels des individus. Ajoutons enfin
qu’en dehors de la taxation sur la création de richesses, la fiscalité
européenne, et surtout en France, s’acharne contre l’épargne et le patrimoine.
Ceux qui ont le souci du lendemain sont perdants par rapport à ceux qui
vivent en dessus de leurs moyens. L’esprit de précaution et d’anticipation,
qui caractérisent aussi l’esprit d’entreprise sont donc en train de se
perdre : nul n’a avantage à se soucier du futur. L’entreprise et la cohésion
sociale En ignorant ou en faussant la nature contractuelle de l’entreprise, la fiscalité a pour autre résultat de vider de leur substance les relations personnelles, qui sont à base de contrats et d’obligations mutuellement acceptées ; on leur substitue les relations collectives et publiques. Le droit du travail est un exemple de cette collectivisation, source de dépersonnalisation et d’irresponsabilité. Tout notre droit du travail repose sur la « défense » de la « classe » des salariés contre les entrepreneurs. A la collectivisation
s’ajoute la rigidité : il n’y a plus de souplesse dans l’entreprise,
puisque c’est le contrat personnel qui est précisément l’outil de l’adaptation
permanente. L’adaptation ne se fait donc plus. Et le corps social n’est
plus capable de sécréter l’ordre social spontané, qui repose sur des
expérimentations et des mutations incessantes. On invoque souvent
la « cohésion sociale ». Mais, au lieu qu’elle naisse spontanément,
par l’harmonie des intérêts personnels, on veut construire la cohésion
sociale de façon collectiviste. On ne considère plus les gens pour ce
qu’ils sont –comme ce devrait être le cas dans une société libre – mais
pour leur appartenance à une communauté, à un groupe. Et le jeu des
groupes sociaux débouche sur des transferts organisés par l’Etat.
Dès le moment où les ressources sont collectivisées, qu’elles deviennent
publiques et n’appartiennent à personne, il faut s’attendre à des conflits
puisque les gens attendent leur lot de redistribution. Chacun, y compris
les entrepreneurs, comprend que tout dépend des décisions politiques.
L’activité est désorganisée, car elle s’oriente vers les secteurs où
il est plus facile d’avoir des privilèges. A la recherche
d’une cohésion sociale politisée et collectivisée, on invoque maintenant
le « rôle social de l’entreprise » : elle serait responsable
devant la nation d’un certain nombre de biens publics, comme la défense
de l’emploi, la protection de l’environnement, le respect de l’éthique,
etc. Ce concept « d’entreprise citoyenne »
n’a pas de sens, car – encore une fois – ce que l’on peut attendre d’une
entreprise c’est d’honorer les contrats qu’elle a passés, de tenir ses
promesses à l’égard de ses partenaires. Le seul devoir de l’entreprise
est la création de richesses. On ne rajoute pas une dimension sociale
à l’entreprise en collectivisant son profit, ni en lui demandant de
prendre en charge des groupes sociaux à la recherche de privilèges,
ni en exigeant qu’elle fournisse gratuitement des « biens publics ».
Satisfaire les besoins de la communauté en créant les produits voulus
est une activité qui est en soi hautement « sociale ». | ||