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DYNAMIQUE INSTITUTIONNELLE
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Justina Miklaszewska : L’avantage concurrentiel des nations : l’exemple de la Pologne |
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Selon James
Buchanan, l’un des maîtres de l’école du Public Choice,
le bien-être dépend du comportement de tout un chacun vis-à-vis du travail. A cet égard, il existe des distinctions
entre économies de marché et économies socialistes qui mettent en exergue
le rôle de la tradition et de « l’imagination historique » dans
le processus de transition vers l’économie de marché. Le rôle de la Pologne
dans la révolution contre le régime communiste dû, en partie, à la position
historique de l’église catholique, en est une parfaite illustration. Que vaut dans
ces conditions l’expérience socialiste dans la tradition entrepreneuriale ?
Si l’esprit d’entreprise émerge indéniablement dans les économies en transition,
l’absence de créativité suscitée par les régimes socialistes durant de
longues décennies constitue certainement un lourd héritage. Ceux qui ont
un pouvoir dans la bureaucratie ne tireront-ils pas avantage des opportunités
offertes par les changements institutionnels ? Auquel cas, le problème
est de savoir s’il y aura des entrepreneurs capables de stimuler l’économie.
Les travaux
de Michael Porter sur l’avantage concurrentiel national permettent de
traiter ces questions. Dans son ouvrage, The Competitive Advantage of nations,
Porter recherche : 1 pourquoi les
nations gagnent des avantages concurrentiels dans des industries particulières ; 2 ce qu’est
l’avantage concurrentiel ; 3 comment les
actions particulières du gouvernement le créent ou le détruisent. Pour ce faire,
il recherche l’impact des valeurs culturelles sur la croissance économique.
Il décrit la culture économique comme un ensemble de croyances, d’attitudes
et de valeurs qui sont connectées avec l’activité économique des individus.
Il en ressort que les habitudes de travail, d’épargne ne sont pas suffisantes
pour atteindre le bien-être. Le bien-être d’un pays ou d’une région dépend
de sa productivité totale et de la compétitivité de l’industrie locale
plutôt que du contrôle des ressources ou de l’obtention de privilèges. Afin de permettre
la création de richesses, le gouvernement devrait donc promouvoir la libre
concurrence et soutenir tout spécialement les branches concurrentielles
sur le marché mondial. De plus, Porter
suppose que bien que la culture économique d’une société soit ancrée dans
la tradition, un pays peut la changer très rapidement par la formation
économique, capable de la faire accepter dans le cercle des affaires.
Toute tentative gouvernementale visant à l’imposer serait inefficace.
Il en est pour preuve les activités illégales que les gouvernements ne
parviennent pas à juguler. Porter suppose
encore que lorsque la tradition des nations constitue un véritable obstacle
à la prospérité économique, la mondialisation, en instaurant la concurrence,
force les nations à accepter la logique de la productivité, sans qu’il
y ait pour autant harmonisation ou rejet des valeurs nationales. L’exemple de la Pologne La Pologne est
entrée dans l’économie de marché en 1989. La politique de privatisation
mise en œuvre par le gouvernement libéral polonais dans la période 89/93
était cruciale pour le passage de l’économie socialiste à l’économie de
marché. Balcerowicz cherchait alors à maîtriser l’inflation, à privatiser
les entreprises d’Etat et à doter
l’économie d’un secteur
privé fort. En 1993, le secteur privé produisait déjà
plus de 50% du PIB et le nombre des employés de ce secteur excédait celui
du public malgré de nombreuses difficultés dues à l’ampleur de la tâche
à réaliser (8 000 entreprises attendaient d’être privatisées) ;
à l’octroi de droits de propriété partiels aux travailleurs sans les responsabilités
économiques correspondantes, de telle sorte qu’ils s’opposaient souvent
à la privatisation ; ou encore au transfert de droits de propriétés
aux citoyens qui les revendaient aussitôt. Il existe encore
aujourd’hui quelques groupes de pression protestant contre la politique
de privatisation : dans l’industrie des charbons et de l’acier le
gouvernement doit négocier le départ d’environ 170 000 personnes,
et leur indemnisation, tandis que dans l’industrie agricole le nombre
de fermiers devra passer de 2 millions à 100 000 après une période
de transition. Cependant les perspectives globales sont plutôt encourageantes.
Tout d’abord,
les réformes libérales ont attiré de nombreux investisseurs étrangers.
Les privatisations qui ont fait appel aux capitaux étrangers dans l’industrie
polonaise connurent un véritable succès : la compagnie américaine
Pepsi Co et la compagnie Suisse
Nestlé ont investi dans l’industrie alimentaire ; ING Bank
est devenue un investisseur stratégique dans le domaine bancaire ;
des compagnies Allemandes (e.g. Henkel) ont
quant à elles acheté plusieurs petites firmes dans l’industrie des lessives.
Pour le moment, la politique de privatisation se concentre sur les banques.
Environ 80% des actifs du capital du secteur bancaire sont étrangers et
seulement trois banques sont détenues par l’Etat.
D’autre part,
les réformes à l’origine de l’avènement d’un marché libre ont également
généré de la croissance économique. Les transformations économiques ont
été accompagnées d’un nouvel ordre politico-légal.
Une nouvelle constitution polonaise a été votée par le Parlement en 1997.
En conséquence, l’Etat polonais est devenu une
démocratie libérale constitutionnelle dans laquelle les droits humains
et les libertés civiles tout comme la séparation des pouvoirs, la propriété
privée et la justice sociale sont protégés. Mais si l’environnement démocratique
est aussi crucial pour la démocratie politique que l’est un environnement
concurrentiel pour l’économie de marché, est-ce assez pour garantir la
prospérité économique de la Pologne en tant que membre de l’Union
européenne ? Certainement pas. Car si le gouvernement
crée ces institutions, ce sont les entrepreneurs qui décident de leur
efficacité. Et l’héritage du régime socialiste précédent ne rend pas les
choses plus simples si l’on pense à la corruption et aux influences. Aussi,
le problème le plus important est désormais de changer les mentalités
et d’apprendre aux entrepreneurs à préserver les règles éthiques, à se
concentrer sur la qualité des produits et à gagner un avantage concurrentiel
dans un domaine particulier de l’industrie. C’est un défi pour la Pologne
si elle veut tenir le pari européen. Plus tôt nous serons capables de
changer notre attitude, et de former nos entrepreneurs à accepter le paradigme
de Porter sur la productivité, mieux ce sera pour nous et pour la communauté
internationale. | ||