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EUROPE DES
MARCHANDS OU EUROPE DES GOUVERNANTS ?
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La seconde session de l’Université
d’Eté de la Nouvelle Economie était consacrée,
lundi 30 septembre 2004, au débat sur l’Europe des marchands ou l’Europe
des gouvernants. Alain Madelin nous donnait son point de vue sur le
futur constitutionnel de l’Europe. |
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Alain Madelin :
Le futur constitutionnel de l’Europe L’Europe : un espoir ? Je pense qu’il
y a l’Europe que nous aimons et l’Europe que nous n’aimons pas.
L’Europe que nous aimons, c’est celle qui ferait pression pour que
la France entame le processus de réformes, comme lorsqu’elle exige
la privatisation de France Télécom ou la maîtrise du déficit public. Bien sûr, nous sommes
encore loin d’une vision libérale de l’Europe, celle de la concurrence,
du libéralisme classique. L’Europe que
nous n’aimons pas, c’est celle qui nous conduit peu à peu vers un
super-gouvernement, un super-Etat,
un super-parlement, une super-bureaucratie
et de super-taxes. Et il est difficile
de lutter contre cette évolution. On va à l’encontre de l’idée très
importante du traité de Rome, selon laquelle le libre échange pourrait
apporter la paix. Malheureusement, cette idée fut rapidement « aménagée »
par l’instauration de normes, de standards et d’une bureaucratie
(renforcée par le traité du marché unique en 1993) dont l’objet
est bien évidemment la mise en œuvre de mesures dirigistes dans
tous les Etats membres. De la même manière, les traités d’Amsterdam
et de Maastricht ont battu en brèche l’Europe de la concurrence
entre Etats, entre gouvernements. Le problème est que Bruxelles
a trop d’influence et que toute initiative inspirée d’un libéralisme
classique est détournée par la bureaucratie. Dans ce contexte, peut-on
considérer la constitution européenne comme une source d’espoir ? La constitution européenne Qu’est ce que
la constitution européenne ? Ce texte constitué de 322 pages
(contre 17 pour la constitution américaine et 22 pour la constitution
française) est en fait un compromis entre 25 pays membres. Elle
commence par une citation : « Notre constitution est appelée
démocratique parce que le pouvoir n’est pas détenu par une minorité
mais par une majorité ». Cette citation fait de la constitution
la règle de la majorité. C’est une erreur majeure car, qu’est ce
qu’une constitution ? C’est la définition de l’attribution
et de l’exercice du pouvoir, et surtout la protection des droits
individuels et de la liberté individuelle contre ce pouvoir. Du
point de vue libéral, le problème est donc celui de la délimitation
et de la limitation du pouvoir. A ce titre,
ce qui est essentiel pour les libéraux est le principe de subsidiarité.
Il repose sur l’idée que tout être humain a des droits individuels
au dessus de tout pouvoir. Et cela conduit à une construction politique
qui va de la base au sommet. Il y a donc une double dimension à
la subsidiarité : d’abord, la société civile et ensuite, la
société politique. Cette idée est à la base d’une réelle constitution
fédéraliste. Or si ce principe
a été introduit dans le traité de Maastricht, il n’a jamais vraiment
été mis en œuvre. Lorsque la constitution européenne était mise
en chantier à la fin de 2001 à Lachen,
nous disions qu’elle avait pour objet de délimiter les pouvoirs,
d’expliquer leur fonctionnement. La Commission, quant à elle, avait
pour mission de mettre en place le principe de subsidiarité. Mais
manifestement, il a été oublié au profit d’une construction européenne
qui accroît le pouvoir de Bruxelles. Par exemple, la possibilité
de veto a été supprimée dans 20 domaines de compétences détenus
par les Etats membres aux termes de l’article 11-2. La subsidiarité
vient ici du sommet. Ce n’est donc pas une véritable subsidiarité.
Bien sûr, on
trouve des éléments de subsidiarité dans le mécanisme qui donne
du pouvoir au Parlement européen en vue de critiquer certaines des
mesures de régulation, certaines lois. Si un tiers des membres de
l’Union est contre la proposition de la
commission, alors la proposition devra être révisée. On trouve aussi
de la subsidiarité dans la possibilité pour un Etat de faire sécession.
Mais une fois de plus elle doit être nuancée car pour sortir, il
faut signer un traité. Finalement,
au vu du seul critère de la subsidiarité, la constitution est très
pauvre. Si nous considérons
maintenant le chapitre du droit, nous voyons qu’en plus des droits
de l’homme que l’on connaît bien, la charte ajoute des droits fondamentaux.
Nous avons donc maintenant 40 nouveaux droits. Que doit-on en penser ?
L’inscription de droits fondamentaux, qui sont en fait des droits
positifs, affaiblit la défense des véritables droits. Par exemple,
la charte place le droit de créer une affaire (11) avant le droit
à la propriété privée (12). Quels sont les
risques que fait courir cette constitution ? C’est celui d’un
mauvais usage de ces institutions bien sûr, mais aussi le risque
de voir ces institutions perdre toute valeur aux yeux des Européens.
Cela fera le jeu du pouvoir central qui grandira jour après jour. Quelle limitation des pouvoirs ? Le jeu qui s’exerce
entre la Commission et le Parlement est très dangereux : l’un
ne contrôle pas l’autre. En réalité, ils sont partenaires. La Commission
dit : « si vous me donnez un autre pouvoir, je vous donnerai
le droit de le contrôler ». Et le Parlement répond : « vous,
commission, ayez ce pouvoir, et nous vous contrôlerons ». Le
problème vient de ce que le mot loi, qui est au cœur de la pensée
libérale, a deux sens dans tous les langages européens : ce
qui est légitime et ce qui est juste. Mais du point de vue libéral,
nous sommes très loin de ce que Hayek suggérait. Nous confondons
en permanence législation et loi, ce qui a pour incidence de changer
la nature de la loi et d’accentuer la tendance naturelle des institutions
européennes à accroître leur pouvoir. Aujourd’hui le pouvoir est
limité en termes de budget (1.27% du PIB européen), le risque est
de voir apparaître des taxes européennes. Et dans ce cas, il y a
fort à parier que, au même titre que le pouvoir de réglementer,
le pouvoir de taxer sera lui aussi virtuellement illimité. Pour limiter
cette croissance de la réglementation, nous pouvons fonder nos espoirs
sur la venue des pays de l’Est et surtout,
sur la mondialisation. C’est là notre meilleur espoir. L’Europe
est en concurrence avec le reste du monde. Si nous ne voulons pas
succomber à l’euro-sclérose, nous serons forcés de construire une Europe
inspirée par des principes plus libéraux. Si en revanche nous fixons
des limites à la concurrence européenne, nous aurons quant même
une concurrence globale, mais ce sera alors la fin de la vieille
Europe. |
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