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VIEILLE EUROPE
ET NOUVELLE EUROPE
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A l’occasion de la XXVII° Université d’Eté de la Nouvelle Economie, Pietr
Kaznacheev, Docteur en Philosophie sociale
et politique, diplomé de l’Université
Johns Hopkins à Washington, s’interrogeait sur l’intégration des pays
de l’Est à l’Union élargie. Ce conseiller
en politique étrangère auprès du Président de la République de Russie
nous faisait part de son expertise. |
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Pietr Kaznacheev :
Taille de l’Etat, croissance et développement
économique en Europe Le sentiment
dominant en Europe de l’Est, et même
en Russie, est l’enthousiasme à l’égard de l’élargissement de
l’Europe. Au sortir du socialisme, ces pays protégent ainsi leur
liberté et leur démocratie. Ils voient donc l’Europe comme une
bonne occasion, même s’ils sont conscients des difficultés à surmonter.
Il existe bien sûr un certain nombre de sceptiques considérant
l’intégration comme dangereuse, c’est à dire dommageable. En effet,
selon eux, la tendance croissante à la bureaucratisation du système
ralentirait la croissance. Entre ces deux
conceptions de l’intégration, il y a ceux qui considèrent que
les choses peuvent être améliorées. Plus libres que leurs voisins
de l’Ouest en rejoignant l’Union,
ces pays de l’Est sont fiers du chemin parcouru et veulent poursuivre leurs
efforts. Pour ce faire, il doivent aussi
convaincre que leur approche est la bonne. Voici quelques arguments
en faveur de cette thèse. Inefficacité des décisions économiques de
la vieille Europe En 2003, les
pays de l’Europe continentale que sont l’Italie, la France, l’Allemagne
ont assuré 48% de la production européenne, ce qui leur confère
la clé du pouvoir à Bruxelles. Mais s’ils pèsent lourdement sur
les choix économiques de l’Union, leurs décisions sont à l’origine d’un certain nombre
de problèmes économiques. Et la tendance risque fort peu de s’inverser
s’ils poursuivent dans cette voie. Pour illustrer
ces propos, comparons les taux de croissance du PIB de l’Europe
de l’Ouest et de l’Europe centrale. Sur la période comprise entre
94 et 99, ce taux s’établissait en moyenne à 2.2% en Europe de
l’Ouest et à 3.4% à l’Est, alors même
que ces pays essayaient de sortir de l’économie socialiste. Ces
chiffres tendent à montrer que les politiques économiques qui
ont été suivies en Europe centrale étaient plus efficaces que
celles suivies à l’Ouest. D’ailleurs,
en 2003, leur taux de croissance moyen continuait à croître pour
s’établir à 3.7%. L’exemple Slovaque
est à cette image. Il suffit de considérer son industrie automobile
pour s’en convaincre. L’installation de Wolswagen
en 1990, outre une main d’œuvre de qualité pour le quart du prix
pratiqué à l’Ouest, résulte de certaines politiques économiques incitatives
telles que la taxe unique de 19% sur les revenus et les sociétés.
Ce régime fiscal très favorable, attire aujourd’hui d’autres constructeurs
automobiles. Peugeot, Citroën, Honda construisent déjà leurs usines.
La Slovaquie, un des plus petit pays d’Europe centrale, est en
passe de produire un million d’automobiles par an. Ce résultat
impressionnant n’est pas un accident, et n’est pas non plus un
exemple unique. C’est un des traits de ce qui sépare l’ancienne
de la nouvelle Europe. Bien sûr, on
peut objecter à cette comparaison que les structures économiques
sont difficilement comparables. Ce que l’on peut faire alors,
c’est comparer l’ancienne Europe avec les Etats-Unis. Une nécessité : plus de liberté économique,
moins d’Etat Il est de plus
en plus visible, de plus en plus clair pour l’observateur, que
les décisions économiques des leaders de l’Europe continentale
ne sont pas viables. Pour exemple, il est beaucoup plus difficile
de lancer une entreprise en Europe qu’aux Etats-Unis. Dans ce
dernier pays, le coût pour démarrer une nouvelle activité avoisine
1.7% du revenu annuel d’un américain, tandis qu’il s’élève à 33.5%
en Allemagne, à 35% en France, 34% en Italie. C’est là un obstacle
conséquent expliquant que peu d’entreprises aient émergées les
15, 20 ou 25 dernières années en Europe. En revanche une réflexion
rapide et partielle situe aisément la naissance de grosses firmes
telles Intel, Oracle, Microsoft, Dell sur le sol américain. Par ailleurs,
on peut encore noter des différences significatives quant à la
réglementation du travail en comparant le nombre d’heures annuelles
travaillé, le nombre de grèves, le taux de chômage. Il y a 10-15
ans, l’Europe était très fière de sa politique sociale. Maintenant,
elle doit en payer le prix. Pourtant, avec un taux de chômage
moyen en Europe (9.2%) deux fois plus élevé qu’aux Etats-Unis
(4.6%), rien n’est fait en Union européenne pour créer de l’emploi
depuis 1970. Le seul secteur qui se soit développé en terme d’emploi,
c’est l’Etat. Or, si l’on
se réfère aux relations existantes entre la taille de l’Etat,
la croissance économique ou le développement économique au sein
de différents pays, on retiendra qu’en Russie, sur une période
de 10 ans, une corrélation très négative est ressortie entre les
dépenses d’Etat et la croissance. A l’évidence,
la situation doit évoluer en faveur d’une réduction des dépenses
de l’Etat. Pourtant, les pays d’Europe continentale n’en prennent
pas le chemin si l’on considère l’indice des libertés économiques.
Ce dernier baisse en Italie, en Allemagne, en France, classée
43ème dans le monde. Voilà ce qui attend l’Europe de
l’Union élargie si rien ne change. Car
ce système n’est pas viable. Il ne peut continuer à fonctionner.
En 2030, chaque européen qui travaille devra supporter une personne
de plus de 65 ans. A l’horizon 2020, la population va décroître
en Allemagne, en Italie. Les tendances démographiques devraient
donc changer les politiques dans une direction plus libérale.
Et il faut aussi libéraliser les politiques d’immigration. C’est
une nécessité si l’on veut faire face aux défis de demain. Les choses doivent-elles
devenir pires pour pouvoir repartir ? C’est ce que je pense.
Je pense que d’un point de vue politique, les pays de l’Est
ne vont pas pouvoir convaincre les pays de l’Ouest
de changer leur modèle. Il faudra du temps à l’Europe pour prendre
conscience que le nouveau modèle européen est plus efficace et
permettrait à l’Europe de se développer beaucoup plus vite que
ce qui sera le cas si l’on suit le modèle de Bruxelles. |
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