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EUROPE DES
MARCHANDS OU EUROPE DES GOUVERNANTS ?
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Lundi 30 septembre, à Aix en Provence, nous
accueillions dans le cadre de la XXVII° Université d’Eté
de la Nouvelle Economie le Professeur Marc Henry Glendening
de l’Institut londonien « Démocratie
Mouvement ». |
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Marc Henry
Glendening : Les dérives de la construction européenne
Les nombreuses
spéculations concernant le genre d’Union
qui émergera de l’élargissement soulèvent une question concrète :
doit-on oui ou non soutenir la constitution de Giscard et transférer
de nouveaux pouvoirs à Bruxelles ? Il me semble que trois raisons
essentielles devraient conduire les libéraux à s’opposer à la construction
d’un Etat nation Pan-Européen. Politique constructiviste Dans la « Constitution
de la liberté », Friedrich von Hayek
soutenait que la réussite et la stabilité d’un système politique
reposait sur ses institutions. Mais à la différence de projets abstraits,
inventés par les élites politiques, les bonnes institutions résultent
d’une évolution graduelle et jouissent de l’adhésion d’une grande
majorité de citoyens. Qu’en est-il
de la Constitution européenne ? Etablie par le sommet, avec
un minimum de débats et de concertation, elle s’oppose à cette approche
tant il est vrai que les réformes significatives inhérentes à l’intégration
politique ne sont ni nécessaires ni rationnelles et que la liberté
de commerce ne nécessite ni la création d’une union douanière ni
d’une autorité économique. Ces réformes constituent même un risque
dans la mesure où la Constitution, loin de préserver des velléités
interventionnistes excessives, accroît le pouvoir de Bruxelles en
matière législative. Elle prévoit en particulier de réduire le veto
des Etats membres dans 40 domaines de compétences. A l’évidence,
cette constitution n’est pas un document neutre se limitant à définir
l’attribution et l’exercice des pouvoirs. Elle a également pour
ambition d’attribuer à l’Union la charge
de certaines politiques objectives. Référons nous par exemple à
la charte des droits fondamentaux (section 2 du document). Il y
est explicitement mentionné que « chaque personne résidant
et se déplaçant légalement à l’intérieur de l’Union européenne a droit aux prestations de la sécurité sociale
et aux avantages sociaux… Dans le but de combattre l’exclusion sociale
et la pauvreté, l’Union reconnaît et respecte
le droit à l’aide sociale et au logement … » (article II-34).
Remarquons que rien ici ne prévoit comment sera répartie la charge
financière qui résultera de l’application de ces droits positifs.
On peut estimer, sans trop de difficulté, que la contrainte s’avérera
plus lourde pour un pays comme l’Estonie que pour, disons, le Luxembourg ! Si, eu égard
à son appartenance politique, il est possible d’appréhender différemment
les engagements contenus dans le document, il n’en demeure pas moins
qu’il est inapproprié pour une constitution d’inclure des objectifs
qui, à n’en pas douter, laissent préjuger d’ambitions électoralistes. Structures anti-démocratiques L’examen de
la Constitution révèle certaines situations très dangereuses. Alors
qu’elle devrait rendre l’Union plus responsable,
elle édifie des structures anti-démocratiques. En particulier, l’article
25 confirme le monopole de la Commission pour introduire de nouvelles
lois. La crainte générée par la concentration des pouvoirs à Bruxelles
tient alors à l’influence des corporations. La structure de l’Union
confère à ces groupes puissants un accès privilégié à des intérêts
particuliers à l’instar de groupes moins bien organisés parce que
plus disparates (500 millions de personnes parlant plus de 20 langues
différentes), et moins puissants financièrement, tels que les contribuables
et les petits entrepreneurs. Comme la théorie
du Public Choice le prévoit, il leur sera
plus difficile de se mobiliser au sein d’une juridiction aussi grande
que l’Union européenne. Et leur représentation politique ne sera
pas moins difficile et coûteuse. Il leur faudra obtenir l’information
nécessaire en vue de déterminer les politiques susceptibles de défendre
leurs intérêts. De façon générale, les coûts de mobilisation et
d’information sont accrus dans les systèmes où le pouvoir est concentré.
Europe de la conformité Au même titre
que nous croyons que la concurrence est une bonne chose en matière
économique, il faut reconnaître ses vertus en matière politique.
Des Etats en concurrence peuvent être contraints non seulement par
la plus grande capacité des citoyens à s’organiser politiquement,
mais aussi par le pouvoir de « l’Exit ». Cela concerne par exemple des individus souhaitant
se soustraire à des régimes où la fiscalité est jugée trop lourde.
Ils peuvent alors décider de placer leur argent ailleurs. Quoi qu’il en
soit, eu égard à la mondialisation et aux problèmes de responsabilités
qui incombent à nombre de pays européens, les gouvernements nationaux
trop dépensiers vont subir de sérieuses pressions pour libéraliser.
D’ors et déjà, les tentatives visant à voter les questions fiscales
non plus à l’unanimité mais à la majorité qualifiée ont été déjouées.
Toutefois, une dynamique dangereuse appelle un budget central et
des transferts fiscaux plus importants dans le but de compenser
les problèmes associés à la monnaie unique. Dans ces conditions,
si la Constitution est votée et que la centralisation de l’Europe
n’est pas interrompue, une taxe européenne sera bientôt instituée.
En bloquant la Constitution européenne, mon espoir est que les européens
soulèvent une question : l’Europe se dirige-t-elle dans la
bonne direction ? A l’ère du développement du commerce international,
de l’e-commerce, des communications plus rapides et moins coûteuses,
l’idée selon laquelle l’Europe est le centre du monde est totalement
dépassée. Tant que l’Union sera privée de nouveaux pouvoirs et de taxes spécifiques,
il est toujours possible d’espérer qu’elle renoncera à certaines
de ses fantaisies du milieu du 20ème siècle : la
politique agricole commune, la monnaie unique, le développement
d’un système de justice commun et d’un système militaire commun.
Tous ces domaines de compétences devront revenir aux Etats nations
(et en dessous) et les libéraux pourront alors s’opposer aux collectivistes
de façon démocratique. |
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