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VIEILLE EUROPE
ET NOUVELLE EUROPE
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Lundi 30
Août, à la fin de la première session consacrée à « l’élargissement
de l’Europe et à l’esprit d’entreprise » Jacques Garello
concluait sur une note d’espoir : à l’Est
comme à l’Ouest, des partisans de la liberté
peuvent renverser les privilèges acquis et aller de l’avant pour mettre
l’Europe à l’heure de la mondialisation. |
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| Jacques Garello : Résistance de la vieille Europe aux changements pour une nouvelle Europe | ||
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A l’Ouest, l’expression
qui symbolise le désir de défendre ses privilèges est « acquis
communautaires ». Elle signifie que l’Union
européenne élargie ne doit pas être le prétexte d’une remise
en cause « d’héroïques victoires » remportées par
les forces syndicales prolétaires sur le capitalisme apatride
et mondial, mais un simple moyen de se protéger de la concurrence
mondiale, à travers la réglementation. Les corporations, les
intérêts catégoriels ne veulent pas ouvrir la porte à des produits
étrangers. Mais comme le protectionnisme devient difficile au
niveau national, on va le pratiquer au niveau continental et
faire de l’Europe une forteresse. L’Union
européenne serait donc simplement une manière de repousser les
barrières pour les rendre plus efficaces. A l’Est, les résistances
viennent de la bureaucratie, de la nomenklatura, souvent issues
de l’ancien régime. A l’acquis communautaire correspond donc
l’acquis communiste. S’y ajoute le désir de tirer sa part de
la « manne » bruxelloise, sous forme de subventions
ou de réglementation. La tyrannie
du statu quo Au moment du traité de Rome, les impulsions libérales
étaient freinées par l’idée que l’Europe n’était pas mûre pour
la mondialisation. Il fallait d’abord renforcer les structures
européennes afin d’affronter les Américains et le reste du monde.
Aujourd’hui trois arguments expliquent le statu quo :
1 – Le nationalisme.
Dans le jeu européen, chacun va essayer de négocier quelque
chose pour ses propres citoyens. En réalité, ce ne sont pas
les citoyens ou les consommateurs que l’on veut défendre, mais
bien les intérêts catégoriels qui sont nécessaires aux hommes
politiques pour prendre le pouvoir ou le conserver. On fait
comme si les Français dans leur ensemble, les Italiens, les
Slovaques ou les Polonais avaient besoin de nouvelles interventions
de la part des instances européennes, alors que ces interventions
ne sont conçues qu’en vue de favoriser quelques-uns. Enfin n’est-il
pas paradoxal que des partisans de l’Europe utilisent l’argument
nationaliste ? 2 – La justice
sociale. C’est l’argument derrière lequel on trouve l’égalitarisme,
les redistributions permanentes au profit de gens qui vivent
de l’Etat et de la charité publique par opposition à ceux qui vivent
de leur travail. La justice sociale est un voile destiné à promouvoir,
conformément aux propos de Bastiat, « l’Etat,
cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun s’efforce
de vivre aux dépens de tous les autres ». 3 – L’organisation
de la concurrence. Cet argument repose sur l’idée que la
concurrence ne peut se comprendre qu’entre des nations qui ont
des conditions de production, de coûts, une réglementation,
une imposition, une représentation syndicale et une protection
sociale identiques. Le désir d’organiser la concurrence conduit
à l’harmonisation. Voilà sans doute l’argument le plus fort
parce qu’il est énoncé par des socialistes, mais aussi par des
partisans de la libre entreprise inquiets de ne pouvoir lutter
contre le « dumping social ». La transition
vers la Nouvelle Europe Cette transition est inéluctable :
on ne peut pas aller
plus loin dans la voie de la bureaucratisation, de la centralisation,
des privilèges et de la protection. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Nous sommes en pleine euro-sclérose,
en plein euro-chômage. Le fameux « modèle
rhénan » a vécu, il consistait à faire du « social »
plutôt que de l’économique, à penser aux syndicats avant de
penser aux clients, aux consommateurs et aux débouchés. On constate
d’ailleurs la déroute financière de tous les systèmes
Gradualisme
ou thérapie de choc ? La construction de la Nouvelle Europe pose le problème
du conflit entre le gradualisme et la « choc therapy ».
A cet égard, deux choses sont sûres. Tout d’abord, les pays de l’Est
qui ont eu le courage de changer immédiatement leurs institutions,
qui ont permis que de nouvelles mentalités, de nouvelles initiatives
apparaissent, ont relativement réussi. Tous ceux qui ont essayé
de ne pas heurter les intérêts au prétexte de prudence politique,
de cohésion nationale, d’unité, de paix civile, ont échoué.
Ils sont aujourd’hui plus divisés et plus malheureux que jamais.
Ne faisons pas la même erreur en matière de jeune Europe. N’attendons
pas que les esprits soient mûrs. Démolissons au plus vite la
vieille Europe. Plus nous attendrons et plus les couches sédimentaires
de privilèges bureaucratiques s’accumuleront et retarderont
les échéances. Bastiat usait de la parabole du chien Bourguignon :
son maître devait lui couper la queue mais pour lui éviter une
grande souffrance il avait décidé de lui couper un petit morceau
chaque jour… C’est évidemment une thérapie de choc qui est préférable. La seconde remarque rattache le destin de l’Europe
au comportement d’un certain nombre de personnes. Pour avoir
une thérapie de choc, il faut compter sur des hommes politiques
capables de donner corps à une réaction politique au niveau
du continent. Cela peut être facilité par l’élargissement. Il
y a aussi les entrepreneurs. Leur attitude va compter. Vont-ils
se contenter d’exploiter les nouvelles opportunités ou feront-ils
preuve de cet esprit de rupture et d’innovation ? Vont-ils
essayer de jouer dans les couloirs des ministères ou dans les
lobbies bruxellois ? Vont-ils se mettre à l’heure internationale,
comme beaucoup l’ont déjà fait ? Il y a enfin les forces vives de la société civile :
les intellectuels, les jeunes, les professeurs, les chefs d’entreprises,
les responsables associatifs, tous ceux qui croient en la liberté.
La nouvelle Europe ne se fera qu’avec la détermination des partisans
de la liberté, des militants de la liberté. |
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