COMMENT CREER ET DEVELOPPER L'ESPRIT D'ENTREPRISE


La dynamique institutionnelle – La dynamique éthique et culturelle
 

CONFORTER L’ESPRIT D’ENTREPRISE

Nous en avons maintenant conscience : la plus grande incertitude règne sur le sort futur de l’esprit d’entreprise en Europe. Sera-t-il étouffé, découragé, ou va-t-il emporter sur son passage tous les obstacles à la renaissance européenne ?

Tout va dépendre de la puissance du souffle. Conforter l’esprit d’entreprise est donc indispensable pour inscrire l’Europe dans une dynamique de la liberté.

 A cet effet, l’élan donné par la libération des peuples naguère sous le joug communiste ne peut plus suffire aujourd’hui. Il n’a été que très passager dans certains pays, où les forces du conservatisme collectiviste ont repris le dessus. Ailleurs, il n’a été que caricatural quand il a conduit à l’anarchie, quand les nomenklaturas ont ressuscité et quand se sont installées les maffias.

L’esprit d’entreprise a pu également être érodé par le protectionnisme des pays de la Communauté Economique Européenne qui a brisé la volonté d’expansion des entrepreneurs des pays ex-communistes. Le même protectionnisme, assorti au dirigisme, a également entamé la foi entrepreneuriale au sein des quinze pays de la CEE.

L’esprit d’entreprise ne peut être seulement le sous-produit d’une conjoncture exceptionnelle. Pour sa solidité et sa pugnacité il a besoin d’un environnement institutionnel propice, et il doit puiser dans les racines d’une culture et d’une éthique particulières.

 

LE POIDS DES INSTITUTIONS

De façon générale l’action humaine est subordonnée au bien commun, c'est-à-dire aux conditions générales qui permettent l’éclosion et l’harmonie des projets personnels.

Les règles du jeu social, les institutions, sont déterminantes à cet effet.

Une société de libertés n’est en rien une jungle soumise à la loi du plus fort, elle requiert au contraire des institutions de nature à instaurer un ordre social stable. Les institutions permettent de réduire au minimum les immanquables erreurs que nous pouvons faire dans nos anticipations sur le comportement des autres. A leur tour, de bonnes institutions sont mieux comprises et respectées par les individus, et les comportements s’en trouvent améliorés.

Elles apportent ainsi la confiance indispensable aux bonnes relations entre les individus.

C’est faute d’institutions de qualité que certains pays ont versé dans l’anarchie, la violence et finalement la misère du plus grand nombre. Le paradoxe est que l’on a passé ces fléaux au débit du marché, du capitalisme, voire même de la liberté.

 

UNE CONSTITUTION POUR LIMITER LE POUVOIR

Le cadre constitutionnel devrait avoir pour objet de tenir la puissance publique « à l’intérieur de sa sphère » comme disait Benjamin Constant.

Si la constitution concentre le pouvoir entre les mains d’une minorité, fût elle élue au suffrage universel, il faut s’attendre à des débordements permanents de l’Etat. La démocratie est alors une simple façade qui légitime l’absolutisme. Bien vite les administrations et les entreprises publiques concurrenceront, puis détruiront les entrepreneurs privés.

Un autre point important des arrangements constitutionnels est la répartition des compétences entre les échelons central et local. Seule une démocratie décentralisée permet à la société civile de s’exprimer et aux citoyens de participer réellement à la vie publique. Plus grande est la distance entre les décideurs politiques et les électeurs, moins ceux-ci ont de possibilité de contrôle et de réaction. Cela est particulièrement vrai pour les décisions concernant la fiscalité et la réglementation, deux points sensibles pour les entrepreneurs.

Ce qui est vrai pour les constitutions nationales des Etats membres de l’Union l’est encore plus au niveau de la constitution européenne elle-même. Le danger d’un pouvoir concentré et d’une démocratie lointaine n’est pas écarté par les mécanismes de votes qualifiés, car les gouvernants finissent toujours par trouver un accord sur le dos des citoyens, réellement privés de tout recours au niveau européen.

 

L’ETAT DE DROIT

 

En réalité la seule utilité d’une constitution devrait être de reconnaître et de défendre les droits individuels, et de garantir l’égalité de tous, y compris les dirigeants, devant le droit.

Dans de nombreux pays, dont la France, l’un des droits individuels les plus malmenés est le droit de propriété. Les entrepreneurs se voient confisquer une grande partie de leurs revenus et de leurs patrimoines en vue de financer une large redistribution dite « sociale », qui en fait est une spoliation des gens méritants et une subvention aux parasites et aux privilégiés.

Le droit de propriété est aussi abandonné au profit d’un droit lui aussi dit « social » : par exemple l’entrepreneur perd la libre disposition de son capital au prétexte qu’il doit associer les syndicats à toutes les décisions qui engagent l’avenir de l’entreprise.

Un climat de dilution des responsabilités se développe ainsi, puisque on voit se multiplier des décideurs sans titre, syndicalistes, fonctionnaires, voire membres d’associations. Le « partenariat » se substitue à l’actionnariat, la propriété de l’entreprise devient théorique.

Impossible encore de protéger les droits individuels sans un appareil judiciaire indépendant et efficace. Il existe dans plusieurs pays européens une crise de la justice, déformée par la bureaucratie et souvent dévoyée par l’idéologie politique, la corruption et le clientélisme.

 

LE CADRE EDUCATIF

Enfin, et non le moindre, les systèmes éducatifs sont bien souvent en pleine désorganisation.

Ils ont perdu en efficacité, parce que si le nombre des enfants scolarisés augmente, les résultats de la scolarité sont déclinants.

Ils ont surtout perdu en moralité, parce qu’ils n’inculquent plus à la jeunesse les principes élémentaires de la vie en société. L’école devrait être un apprentissage du travail, une reconnaissance des mérites et des talents à développer. Elle tend au contraire à niveler par le bas, au prétexte d’égalitarisme.

Les parents ne sont que très rarement associés aux décisions éducatives, alors que la famille a une vocation éducatrice. C’est un système administratif et aveugle qui forme et oriente les jeunes. Cela conduit à un énorme gaspillage du capital humain en Europe.

Les choses ne s’arrangent pas au niveau des universités, bien que dans beaucoup de pays nouvellement venus, de nombreuses universités privées ouvertes sur la communauté scientifique mondiale aient pu se créer.

 

LES VERTUS PERSONNELLES NECESSAIRES A L’ESPRIT D’ENTREPRISE

En dépit du besoin de bonnes institutions créant un environnement propice à l’esprit d’entreprise, il n’y a pas de miracle institutionnel.

Car les règles du jeu social, si elles peuvent influer sur les comportements individuels, n’exercent cette influence que chez des individus qui les admettent,  parce qu’ils possèdent les vertus à la base de toute harmonie sociale.

A ce propos il faut se défaire d’un enthousiasme naïf qui voit dans tout jeune homme ou toute jeune femme des candidats à l’entreprise, au travail et au progrès. Certes les jeunes générations n’ont pas été polluées par un demi-siècle de collectivisme et d’assistanat. Mais elles n’ont pas toujours bénéficié de l’éducation qui en ferait des artisans de progrès authentique, et elles sont parfois égarées par l’image largement répandue d’une vie dans le luxe et le plaisir sans effort ni peine.

L’esprit d’entreprise n’est certes pas l’esprit de sacrifice, mais ce n’est pas non plus l’esprit de cupidité et de réussite par tous les moyens.

Quelles sont donc ces vertus personnelles sans lesquelles l’esprit d’entreprise ne peut se forger ni subsister ?

 

LE SENTIMENT DE SA PROPRE DIGNITE

Le tempérament d’entrepreneur commande d’abord de ne pas subir, mais d’agir.

Il implique le refus de l’assistanat, le refus de la servitude. Voilà pourquoi il a été explosif en Europe Centrale et de l’Est après la chute du mur de Berlin.

Il suppose aussi la fierté de créer, de démontrer ses talents, de faire quelque chose de sa vie, de marquer sa différence. Entreprendre, c’est revendiquer ses initiatives, c’est assumer ses erreurs, c’est  avoir le sens de la responsabilité personnelle.

Ne pas s’en remettre au destin ou à l’Etat pour assurer son avenir, rejeter l’anonymat, la grégarisation : c’est avoir le sentiment de sa propre dignité, c’est construire sa personnalité à travers ses actes.

 

LA VOCATION DE SERVICE

Le tempérament d’entrepreneur commande encore de prêter aux autres une attention permanente, de comprendre et de les respecter à travers leurs choix, leurs préférences.

Avoir l’esprit d’entreprise, c’est avoir le sens de la communauté, c’est manifester sa volonté de servir.

Voilà pourquoi, aux yeux de certains, comme Michael Novak, être entrepreneur c’est répondre à une véritable vocation, à un appel pour satisfaire les besoins de son prochain.

Qu’il s’agisse de simples artisans, ou de grands dirigeants d’entreprises, on trouve le plus souvent chez ceux qui ont réussi une simplicité et une disponibilité surprenantes.

Elles contrastent avec l’arrogance de quelques vedettes médiatisées, véritables politiciens de l’entreprise en quête de notoriété et de pouvoir. Ceux-ci déforment et desservent la cause de la libre entreprise ; souvent  irresponsables ils sont rarement punis ; malheureusement ils sont sous les feux de la rampe.

 

LE MARCHE VALORISE L’ETRE HUMAIN

C’est donc à tort que l’on a des craintes pour la moralité de l’entrepreneur. De même, c’est à tort que l’on imagine le marché comme un lieu de perdition, où la loi du profit effacerait tout sens moral.

La réussite de l’entrepreneur sur un marché concurrentiel est à la qualité des services qu’il rend à la communauté. Il lui faut pour cela démontrer son sens des responsabilités et son respect pour ses partenaires, qu’il s’agisse du personnel, des contractants, des clients, et le cas échéant des actionnaires.

Loin de dégrader la personnalité, le marché la développe.

En sens inverse, quand des gens fondent leur réussite sur la malhonnêteté, sur les passe-droits et les privilèges qu’ils se font reconnaître, sur l’exploitation de leurs partenaires, c’est que l’on a échappé aux lois du marché. S’enrichir au détriment des autres n’est pas dans la logique de l’échange volontaire et libre, dont le principe est que tous les participants gagnent. Pour accumuler sans peine une fortune confortable, il faut s’affranchir des exigences de la concurrence et des obligations contractuelles et user de la puissance et de la violence, tolérées voire encouragées par le pouvoir politique.

 

LA TRADITION DE L’EUROPE DES MARCHANDS

L’élargissement de l’Europe ne plongera pas de nouveaux peuples dans le matérialisme et l’immoralité à la condition expresse que l’esprit d’entreprise et la concurrence soient au rendez-vous. L’élargissement de l’Europe doit être une occasion de renouer avec la tradition d’une Europe porteuse de l’éthique de la liberté, consciente de ce que la liberté des actes a pour finalité la dignité des personnes.

Dans le passé, marchands et entrepreneurs ont puissamment contribué à faire de l’Europe une société ouverte. Demain, après un siècle de guerres et de totalitarismes, ils peuvent contribuer à la renaissance de l’Europe de l’esprit et du cœur.

 
 
   
Une carrière sans frontière La route de la servitude Hayek contre le rationalisme constructiviste L'échec économique Les vertus personnelles nécessaires à l'esprit d'entreprise La vocation de service