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| L’ENTREPRENEUR : UN HOMME HORS DU COMMUN ? | | | L’esprit d’entreprise
peut changer la face de l’Europe. Mais quel est cet esprit, et qu’est-ce qu’un
entrepreneur ? Intuitivement
nous voyons dans l’entrepreneur un homme ou une femme dynamique, inventif, créatif,
en un mot : entreprenant. Analytiquement, le personnage et la fonction de
l’entrepreneur, longtemps ignorés de la science économique, ont été décrits avec
plus de précision par Jean Baptiste Say au début du XIXème siècle, puis par Joseph
Schumpeter dans son célèbre ouvrage Capitalisme Socialisme et Démocratie publié à la veille de la seconde
guerre mondiale. | | Tous deux ont
vu dans l’entrepreneur un personnage central de la vie économique, mais un personnage
hors du commun, doté de qualités exceptionnelles, de sorte que le métier d’entrepreneur
serait particulièrement risqué et difficile (Say), et que la fonction d’entrepreneur
serait amenée à disparaître (Schumpeter). |
| | | TOUS ENTREPRENEURS ! |
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Une véritable
révolution analytique a été réalisée par Ludwig von Mises et son principal disciple
Israël Kirzner. Mises a pris le contre-pied de l’analyse classique en affirmant :
« Dans toute économie réelle et vivante, chaque acteur est toujours un entrepreneur ».
| | Ce n’était pas
la seule nouveauté introduite par Mises : alors que l’entrepreneur schumpétérien
est un innovateur risque-tout perturbant un marché qui devrait toujours être en
équilibre, Mises fait valoir que le marché n’est jamais en équilibre, et que la
fonction d’entrepreneur est précisément de réduire les déséquilibres et d’assurer
la coordination entre les décisions de tous ceux qui participent à l’échange. Pourquoi cette
coordination serait-elle le fait de tous les acteurs de la vie économique ?
La réponse est dans la grande idée de l’école autrichienne et de Hayek concernant
le mode de fonctionnement d’une société ouverte, où chacun détient une parcelle
du savoir qui est nécessaire aux autres. L’action humaine est essentiellement
entrepreneuriale, parce que les décisions individuelles (et subjectives) appellent
un processus de découverte mutuelle, qui est le processus de marché. |
| | | L’ENTREPRENEUR CREE LA DYNAMIQUE DU MARCHE
CONCURRENTIEL | | Dans l’optique
autrichienne, le marché n’est pas un mécanisme tendant à un équilibre optimal,
mais un processus dynamique qui permet de trouver de meilleures correspondances
entre ressources productives et besoins ressentis. Ce processus est dominé par
l’incertitude, car il est difficile d’anticiper les comportements de tous ceux
qui participent au marché, pour acheter ou vendre des facteurs de production ou
des produits. Heureusement le fait de réaliser des transactions éclaire les participants
et leur fait apparaître de nouvelles possibilités. L’entrepreneur
est celui qui initie et développe ce processus de découverte. |
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Il en est ainsi
parce que la concurrence est la loi entre les participants au marché. Israël Kirzner
le souligne : « Concurrence et art d’entreprendre sont deux notions
inséparables ». Le monopole
protégé ou l’administration pousse les individus à défendre leurs privilèges et
à avoir l’esprit de rente, la concurrence oblige tous les acteurs à avoir l’esprit
d’entreprise. | | | |
L’ESPRIT D’ENTREPRISE EST UN ESPRIT DE COMPETITION
| | En effet, quand
règne la concurrence, chacun est amené à aller au plus loin de ses possibilités.
Il trouvera
donc sans cesse de nouvelles occasions de faire autrement, de faire mieux. Il doit tenir
compte en permanence de ce que font les autres partenaires. L’esprit d’entreprise
conduit à accepter la différence, et à se soumettre à la sanction du marché, qui
peut aller jusqu’à l’élimination. La concurrence est donc une exigence créatrice
de progrès. Loin d’être la loi du plus fort, comme on le dit volontiers, c’est
la loi du meilleur. |
| | | L’ESPRIT D’ENTREPRISE EST UN ESPRIT D’ADAPTATION
| | Mais n’est pas
le meilleur qui veut. Etre le meilleur, c’est trouver des solutions qui ne sont
pas encore connues des autres. C’est un objectif ambitieux, parce que les conditions
du marché sont changeantes, au moins pour trois raisons . D’une part les
goûts évoluent, parce que les goûts sont subjectifs et que les êtres humains modifient
leurs comportements au fur et à mesure qu’ils agissent. D’autre part les possibilités
techniques sont de plus en plus variées, et certaines ne sont pas encore éprouvées
ou sont d’une approche difficile. Enfin les conditions d’accès aux ressources
productives peuvent devenir plus ou moins coûteuses. L’entrepreneur
est donc un éclaireur, quelqu’un qui ouvre la route nouvelle. Il ne peut s’enfermer
dans la routine. Il accompagne et produit le progrès. | | |
| L’ESPRIT
D’ENTREPRISE EST UN ESPRIT D’ATTENTION |
| L’adaptation
et l’orientation vers de nouveaux progrès ne peuvent se faire par pure déduction
cartésienne, dans le silence d’un cabinet ou dans un bureau d’étude. Avoir l’esprit
d’entreprise c’est être « sur le terrain ». C’est être à l’écoute des
autres, être attentif aux insatisfactions et aux possibilités. Israël Kirzner parle à ce propos de la « vigilance ». L’entrepreneur
est celui qui a vu avant les autres ce qu’il convenait de faire. Il a une antériorité
d’information, et c’est ce qui fait qu’il prend des initiatives que d’autres n’ont
pas encore osées. Sa vigilance
lui permet de prendre moins de risque, il n’a donc rien d’un joueur ou d’un casse-cou.
Il réussit grâce au soin qu’il apporte à comprendre les autres, à interpréter
la situation. La plupart des informations nécessaires à l’entrepreneur, les signes
qui l’alertent, proviennent des prix et des clauses des transactions déjà effectuées.
Voilà pourquoi la vérité des prix et la liberté des transactions sont indispensables
à l’art d’entreprendre. | | |
| | | L’ESPRIT D’ENTREPRISE EST PROPRE A L’ECONOMIE DECENTRALISEE |
| | Voilà aussi
pourquoi l’esprit d’entreprise n’a pas sa place dans les économies administrées,
qu’elles soient entièrement planifiées ou partiellement dirigées. Dans une économie
planifiée, les priorités ne sont pas les résultats de libres choix individuels,
et les changements sont une gêne permanente pour les planificateurs. |
| La responsabilité
des décisions économiques n’est pas personnelle mais politique. Dans l’économie
dirigée, le marché n’est plus lisible, et il y a déconnection de l’entrepreneur
et du marché à travers les subventions, les charges artificielles et la réglementation :
par exemple les paysans européens ont été dissuadés de devenir des entrepreneurs. L’entrepreneur
n’a de rôle véritable que dans une économie décentralisée et concurrentielle
diffusant une information crédible. Ici le « miracle » de l’entrepreneur
est précisément d’assurer la coordination des libres choix décentralisés. C’est
un miracle rémunérateur : ce qui pousse l’entrepreneur dans sa démarche c’est,
comme pour tout être humain, la recherche de son intérêt, c’est la perspective
d’un profit en échange du service qu’il a rendu. | | |
| L’ESPRIT D’ENTREPRISE, ESPRIT DE LIBERATION |
| Détruit par
des années de planification et de bureaucratie, l’esprit d’entreprise souffle
maintenant avec une particulière force dans les économies en transition. Il a
été à la base du décollage de ces économies, puis de leur croissance rapide, parce
que tout le monde est à la recherche de la meilleure solution, c'est-à-dire du
meilleur service de la communauté. L’esprit d’entreprise
traduit cette volonté d’une élite dynamique, et notamment des jeunes, d’en finir
avec la servitude et la stagnation. C’est l’esprit
de la libération des peuples, de la libération des talents, c’est l’espoir d’une
vie meilleure. Il n’y a pas
que dans les pays nouvellement venus à l’Union que cette aspiration à la liberté
se manifeste. Les entrepreneurs « occidentaux » traînent aussi les lourds
boulets du dirigisme économique et de l’Etat Providence, ils voudraient bien que
l’Europe nouvelle les en défasse. |
| | | VA-T-ON ETOUFFER L’ESPRIT D’ENTREPRISE ? | | Supposons au
contraire que l’Europe nouvelle soit celle des impôts nouveaux. La fiscalité a
de quoi étouffer l’esprit d’entreprise. D’une part les
perspectives de profit disparaissent, les gains réalisés sont collectivisés. Malheur
à ceux qui réussissent, ils tomberont sous le coup de la progressivité. Malheur
à leurs patrimoines : ils seront vite répertoriés comme « grandes fortunes »
et largement amputés ! On n’en voudra pas à ceux qui ont l’esprit d’entreprise
de renoncer ou de rechercher d’autres paradis fiscaux à l’extérieur de l’Union.
D’autre part
la fiscalité traduit l’importance de la dépense publique, donc la taille de l’Etat.
L’Etat détourne vers lui une grande partie des ressources productives, et les
entrepreneurs manquent des moyens de produire pour le marché, ou doivent les payer
plus cher, leur compétitivité diminue d’autant. La réduction
de la fiscalité est donc un préalable absolu à l’expression du talent d’entrepreneur,
à la création de richesses et d’emplois, au redémarrage de l’Europe. |
| | | LA REGLEMENTATION MENACE | | Les entrepreneurs
ne sont pas seulement victimes du racket fiscal. Ils subissent aussi le harcèlement
réglementaire. Pour beaucoup
d’entrepreneurs, les instances bruxelloises représentent un fléau, parce qu’elles
accroissent encore les contraintes qui pèsent sur leur métier. La réglementation
européenne est particulièrement développée en matière d’environnement, de normes
d’hygiène et de sécurité, de publicité. Cela ne favorise pas l’initiative. Dans d’autres
domaines, les entrepreneurs reprochent à la réglementation de contrôler les marchés
et de défendre la concurrence d’une façon brutale ou injuste : pourquoi certains
secteurs peuvent-ils échapper aux lois du marché concurrentiel et pas les autres ?
Enfin, il est
des domaines qui sont pour l’instant de la compétence des Etats membres et qui
pourraient demain appeler une intervention des autorités européennes dans un sens
moins favorable à la libre entreprise. C’est par exemple
le cas de la législation du travail, car les syndicats et les socialistes poussent
à l’harmonisation du droit social en Europe, pour empêcher les travailleurs des
pays nouveaux d’accepter des conditions de travail et de protection sociale moins
bonnes que celles dont bénéficient les travailleurs allemands ou français, par
exemple. Le « dumping social » ainsi dénoncé devrait conduire les autorités
européennes à intervenir. | | |
| HARMONISATION OU CONCURRENCE
| | On en vient
finalement à cette interrogation majeure sur le futur de l’Europe : l’élargissement
sera-t-il le prétexte et l’occasion d’une harmonisation économique et sociale
généralisée, ou ouvre-t-il la porte à une concurrence de nature à stimuler les
entrepreneurs ? Dans le domaine
de la fiscalité, l’harmonisation signifierait davantage d’impôts et de prélèvements
obligatoires, pour mettre les nouveaux venus à l’heure française, puisque la France
détient le record dans ces domaines. La concurrence aurait au contraire pour effet
de faire de l’Europe entière un paradis fiscal, car les pays à forte fiscalité
auraient vite un tel désavantage que leurs entrepreneurs les fuiraient. Progressivement
une « harmonisation » se ferait bien, mais par le bas : tous alignés
sur les taux de prélèvements les plus faibles. Dans le domaine
de la réglementation, le principe de la mutuelle reconnaissance des normes, reconnu
jadis par l’Acte unique, se substituerait avec bonheur à une législation européenne
uniforme, forcément plus contraignante. Si l’Europe
devait s’engager dans la voie de l’harmonisation forcée, elle ne créerait que
de la bureaucratie, des charges nouvelles, de la perte de compétitivité mondiale
et du chômage. Au contraire
accepter la concurrence, exigence naturelle du progrès économique, c’est abaisser
les contraintes artificielles qui pèsent aujourd’hui sur les entreprises européennes,
c’est le meilleur moyen de laisser s’exprimer l’esprit d’entreprise. Il serait sage
de ne pas décourager ni gaspiller l’esprit d’entreprise en Europe. |
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