L’ENTREPRENEUR, ACTEUR

D’UNE EUROPE EN TRANSITION


Vieille Europe et Nouvelle Europe – Europe des marchands ou Europe des gouvernants ?

 

PARLONS DE L’EUROPE : IL N’EST PAS TROP TARD !

Ni les élections au Parlement européen en juin dernier, ni le processus d’adoption de la constitution de l’Union n’ont clos le débat sur le futur de l’Europe.

Les élections ont peu intéressé les citoyens, leurs résultats ont été plutôt favorables aux Eurosceptiques, voire aux souverainistes. La représentativité des députés semble faible.

Quant à la constitution, si elle a pu réussir son examen de passage devant les gouvernants elle ne s’est pas encore imposée dans l’opinion publique, et son adoption définitive est loin d’être acquise.

L’Europe continue à se chercher, son futur est incertain. Rien n’est joué. Aujourd’hui à 25 comme hier à 15, 12, 9 ou 6 la question se pose toujours : quelle Europe ?

 

VERS UNE NOUVELLE EUROPE ?

L’élargissement de l’Union Européenne à 25 pays est-il l’occasion de donner à l’Europe un nouveau visage ?

Les pays qui rejoignent l’Union ont été marqués par plusieurs décennies de domination communiste, d’impérialisme soviétique et de planification économique. La plupart de leurs habitants, et notamment les jeunes, ont salué la chute du mur de Berlin comme une promesse d’intégration dans le monde libre. Hélas ils ont eu ensuite, une fois le temps des embrassades terminé, le sentiment d’être des Européens de seconde zone, exclus du jeu économique et politique. Certains n’ont pas manqué de leur rappeler que dans la cour des grands ne joue pas qui veut.

L’élargissement peut rendre espoir à tous ceux qui en ont assez de se voir toujours considérés comme « en transition ». Ils peuvent et veulent démontrer leur aptitude à être de plain pied dans la compétition européenne. Partout dans ces pays la libre entreprise lance un défi au reste de l’Europe.

 

LA CONCURRENCE ET LA CREATIVITE STIMULEES

La perspective d’une Europe plus ouverte, d’un marché plus dynamique, n’est pas l’apanage des nouveaux venus. Au sein des 15 plus anciens, il existe des forces de progrès qui se sentent muselées dans le cadre étroit de la réglementation bruxelloise et de la fiscalité nationale.

Les entrepreneurs français, allemands, anglais ou autres considèrent le nouvel espace européen non seulement comme un marché à conquérir, mais aussi comme un territoire plus réceptif à la libre entreprise. Voilà qui explique les délocalisations, qui commencent à faire grincer les dents.

Si cette dynamique n’est pas freinée, l’Europe pourrait voir la concurrence se renforcer et se généraliser, elle amènerait les entrepreneurs à davantage de créativité, de productivité, d’adaptation. La meilleure qualité de la production serait créatrice d’emplois et de pouvoir d’achat. La page de l’Euro-chômage et de l’Euro-sclérose pourrait enfin se tourner : la Nouvelle Europe pourrait s’exprimer.

 

LA VIEILLE EUROPE A DU POIDS

Les promesses de la Nouvelle Europe sont aussi des pertes pour la Vieille Europe. Et celle-ci veille au grain. L’héritage de la sociale démocratie hypothèque toute tentative de changement véritable. Depuis cinquante ans au moins se sont créés des privilèges qui ne veulent pas disparaître au prétexte de l’élargissement

Voilà pourquoi les syndicats, les corporations, les groupes de pression organisés réclament une « Europe Sociale », où les mœurs injustes et parasitaires de la Vieille Europe pourraient se perpétuer. Tous les tenants de la Vieille Europe souhaitent un pouvoir politique européen concentré, qu’ils pourront mieux tenir sous leur coupe ; ils rejettent toute idée d’une Europe décentralisée et compétitive qui éroderait leur position aujourd’hui dominante.

Les frontières de la Vieille Europe ne s’arrêtent pas à celles des Quinze, car chez les nouveaux venus aussi, nombreux sont ceux qui voient l’Union comme un Etat-Providence, et le budget européen comme un pactole. Ils attendent la manne des subventions et le confort de la solidarité sociale.

 

LES CHOIX EUROPEENS RESTENT A FAIRE

Alors : Nouvelle ou Vieille Europe ? L’élargissement est un tournant, mais on y retrouve le même embarras du choix qu’au cours des précédentes étapes de ce que l’on appelle la « construction  européenne ».

Ce choix est entre l’Europe des Etats, conçue et dirigée par la classe politique, sensée représenter les intérêts des peuples, et l’Europe des Marchands, une expression souvent méprisante pour désigner un marché ouvert à la concurrence fonctionnant avec le minimum d’institutions politiques nécessaires à assurer l’état de droit. C’est l’Europe des gouvernants contre l’Europe des entrepreneurs.

L’ambiguïté existe depuis le traité de Rome, juxtaposant des dispositions libre-échangistes et des politiques communes, instaurant une « société d’économie mixte ». Les résultats ont été pourtant bien clairs : échec des politiques et du volet dirigiste, succès des domaines régis par les lois des marchés concurrentiels.

 

L’EVOLUTION VERS l’EUROPE DES ETATS

A l’heure de l’élargissement, de nombreux facteurs pourraient faire pencher la balance du coté de l’Europe des Etats.

Il y a d’une part le jeu traditionnel des lobbies. Bien installés à Bruxelles où ils sont parvenus à infléchir les réglementations et les politiques européennes dans le sens qu’ils souhaitaient, ils feront tout pour conserver leur influence. Il y a d’autre part l’internationale socialiste et syndicale, qui veut imposer sa conception de la « justice sociale » à des pays qui ont pu échapper jusqu’à présent à ce fléau social source de chômage et de privilèges. Il y a encore la nomenklatura de l’eurocratie, ces milliers de fonctionnaires qui émargent au budget de l’Europe et qui n’ont de cesse que de montrer qu’ils sont indispensables pour dénouer les situations impossibles qu’ils ont créées.

 

Mais les plus intéressés à l’Europe des Etats sont évidemment les hommes d’Etat. Aujourd’hui ils mettent en avant la nécessité d’une diplomatie et d’une défense communes, la volonté de faire pièce à la puissance américaine, la lutte contre le terrorisme et le contrôle des flux migratoires.

Ils rencontrent cependant dans tous ces domaines l’opposition des souverainistes, qui ont peur que le pouvoir politique passe entre les mains d’étrangers.

Les parlementaires européens vont-ils faire contrepoids ? Leur pouvoir politique semble limité, mais ils chercheront vraisemblablement à élargir leurs compétences.

La réglementation, jusque là issue principalement de la Commission, devrait passer entre leurs mains et connaître un nouvel essor. Les parlementaires n’auront de cesse que de doter l’Europe d’un budget et d’une fiscalité plus substantiels.

 

L’INTROUVABLE CONSTITUTION EUROPEENNE

Mais les forces politiques qui pousseraient vers l’Europe des Etats pourront-elles se coordonner ? Le projet de Constitution a voulu renforcer les pouvoirs de l’exécutif européen, notamment en instaurant la fonction de Président de l’Union. Ces pouvoirs seront-ils réels ? Qui définira en fin de compte les orientations majeures ? Le Conseil va-t-il perdre toute prérogative réelle, de sorte qu’une organisation fédérale s’amorcerait ainsi ? C’est peu probable. Aurait-on un régime présidentiel tendant au jacobinisme ? C’est encore moins probable ni souhaitable.

Aujourd’hui la Constitution fait l’impasse sur toutes les questions délicates : représentation des petits et des grands pays, compétences européennes et nationales, monnaie unique, flux migratoires. Les partisans de l’harmonisation et de la centralisation doivent compter avec la diversité des cultures, la divergence des intérêts. Si la Constitution, comme cela est prévu, admet un vrai droit de sécession, les inconvénients d’une Union dominée par l’idéologie politique et le dirigisme économique seront tels que les 25 pourront se retrouver à 20, 10, ou moins.

Il n’en est d’ailleurs pour preuve que le sort réservé aux règles de politique macro-économique, budgétaire, financière et monétaire prévues au pacte d’Amsterdam. Ces mêmes gouvernants qui prêchent l’Union Européenne et ont voulu des disciplines communes s’empressent de s’affranchir de leurs engagements et de défaire l’union quand cela fait leur affaire.

 

LA DYNAMIQUE DES ECHANGES

Non seulement les gouvernants européens auront le plus grand mal à gérer leurs divisions internes, mais ils seront de plus soumis aux pressions de la périphérie et de la mondialisation.

Aux portes de l’Union se trouvent des pays, comme la Turquie, qui sont déjà en fait intégrés dans le réseau européen des échanges commerciaux et financiers. L’Europe des marchands est une réalité, en pleine expansion, et les atermoiements des hommes politiques n’y peuvent rien.

Aujourd’hui on perd son temps à s’interroger sur le poids politique de ces Etats européens ou africains dans une Union encore plus élargie, sur la masse d’électeurs potentiels qu’ils représentent. Juger de l’élargissement sur les seuls critères de l’équilibre politique est irrationnel, d’abord parce que même dans l’Union à 25 cet équilibre n’existera pas, ensuite parce que ce dont les peuples européens ont besoin ce n’est pas de nouveaux bulletins de vote et de nouveaux dirigeants politiques mais de nouvelles possibilités d’échanger plus librement.

La dynamique des échanges va s’imposer d’autant plus qu’au niveau mondial les lois du marché, du commerce, de l’investissement, du travail, ne cesseront de s’imposer. L’Europe ferait un bond spectaculaire en arrière si elle voulait demeurer un bastion protégé alors que tous les pays émergents entrent dans le circuit mondial.

 

L’EUROPE A BESOIN DES ENTREPRENEURS

L’Europe n’a donc pas tant besoin de politiciens et de constitution que d’entrepreneurs, capables de déclancher et de gérer la dynamique des marchés. Ces entrepreneurs existent partout au sein des 25 pays constituant aujourd’hui l’Union Européenne.

Ils ont une volonté de création et de compétitivité aussi bien dans les pays nouveaux venus que dans les anciens pays membres de la Communauté Economique Européenne.

Ils constituent la seule chance de mettre fin à l’Euro sclérose et de relever le défi de la mondialisation. Ils sont capables de mobiliser le potentiel de la jeunesse européenne, de substituer le sens de l’initiative et de la responsabilité au confort, très illusoire et très passager, de la tutelle étatique et de l’assistanat. Ils peuvent ainsi changer l’esprit de peuples qui, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est, se sont résignés trop longtemps à la servitude.

Il existe un réel danger que certains entrepreneurs européens finissent par  jeter leur dévolu sur les marchés et les implantations dans le reste du monde, que ce soit en Chine, dans les pays émergents, ou encore en Amérique du Nord.

 

ENTREPRENDRE L’EUROPE

Mais on pourrait comprendre la position d’entrepreneurs qui considèreraient l’Europe comme une terre inhospitalière, car l’Europe serait devenue championne de la fiscalité, de la redistribution, de la réglementation.

Les entrepreneurs ont besoin de l’Europe, mais pas de celle des monopoles publics, des cartels, des subventions et des syndicats.

L’Europe dont les entrepreneurs ont besoin ne peut être que l’Europe de la liberté et de la responsabilité. C’est donc l’espoir et le devoir de tous les Européens convaincus, de tous ceux qui savent ce que représente l’héritage européen dans le domaine de la civilisation, de mettre leurs contemporains en face des vrais enjeux, et d’arrêter ainsi la marche vers la politisation et la centralisation.

Aujourd’hui il nous faut entreprendre l’Europe.

 
   
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