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| PROFIT = EXPLOITATION + GASPILLAGES |
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C'est sans doute au
plan de l'entreprise que les attaques du capitalisme au nom de l'éthique
ont été les plus violentes.
On reproche au système
d'être fondé sur le profit. Personne ne saurait le nier. Mais le
profit, à son tour, serait source d'exploitation : le propriétaire
de l'entreprise, fort de sa position dominante, imposerait des clauses
draconiennes dans le contrat de travail, et gagnerait son argent
sur le dos des autres, au mépris de la justice sociale.
De plus, parce que le
profit serait croissant avec les quantités produites, l'entrepreneur
aurait intérêt à pousser sans cesse sa production, et à engager
les clients à la sur-consommation. Voilà qui conduirait à des crises
périodiques, marquées par un fort chômage et au gaspillage des ressources
disponibles. En particulier, on n'hésiterait pas à piller l'environnement,
à sacrifier la planète et les générations futures au nom de la course
au profit.
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PROFIT = CHOMAGE
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Ces attaques contre
le profit, contre l'entreprise capitaliste, sont particulièrement
vives en France dans la conjoncture actuelle.
Il est vrai que la France
détient à peu près le record du nombre de chômeurs parmi les grands
pays développés.
Certains ne manquent
pas d'être choqués par le fait que des entreprises qui réalisent
des profits licencient du personnel, ou aillent s'implanter ailleurs,
simplement pour maintenir ou augmenter leur marge.
Le facteur humain serait
donc ainsi complètement évacué de l'économie de marché : la machine
à profit écraserait tout sur son passage.
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LA FINANCE CONTRE LA PRODUCTION
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Enfin, on voit renaître
depuis quelque temps une attaque contre la finance. En faisant de
l'entreprise une machine à
dégager des plus-values, on n'hésiterait pas à en oublier
sa fonction productive, et on casserait "l'outil de production"
pour extraire le trésor qu'il recèle. Par la même occasion on casserait
l'emploi. Cela expliquerait les OPA, les restructurations : autant
de manières de gagner de l'argent "en dormant" sans souci
du lendemain ni des intérêts nationaux. Si le capitalisme productif
trouve encore quelques défenseurs, le capitalisme financier n'a
souvent que des détracteurs. Au "bon" capitalisme rhénan
on se plaît à opposer le "mauvais" capitalisme japonais
ou américain.
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| LA FONCTION D'ENTREPRENEUR |
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Ces diverses attaques
contre le profit, l'entreprise, la finance, sont en réalité le fruit
d'une ignorance totale de la nature du capitalisme, et de la place
qu'y tient la fonction d'entrepreneur.
Sur les traces de MISES
et HAYEK, le Professeur KIRZNER a donné une vision très complète
de la fonction d'entrepreneur, tout en légitimant la propriété et
le profit d'un point de vue éthique.
L'entrepreneur ne dérive
pas vers lui des richesses existantes, il crée de la richesse, totalement
nouvelle et il est juste qu'il se l'approprie : avant qu'il n'intervienne
cette richesse n'existait pas et n'appartenait donc à personne.
Cela n'est pas perçu
parce que l'on a en général une conception physique de la création
de richesse : pour beaucoup de personnes (et d'économistes), produire
c'est utiliser des facteurs de production (travail et capital) et
la valeur de la production ne devrait pas s'écarter de la juste
rémunération des facteurs utilisés.
Pour KIRZNER, la production
est marchande, informative. Le jeu du marché permet de révéler des
déséquilibres, nés des erreurs commises par les différents acteurs,
faute de l'information suffisante. Il devient apparent que des produits,
des facteurs de production, ne sont pas à leur place : en excédent
ici, en pénurie là. La "place", c'est celle qu'assignent
les préférences individuelles. L'entrepreneur crée de la richesse
simplement en rétablissant (au moins provisoirement) l'équilibre
entre ressources et besoins. Il est le coordonnateur des plans individuels,
il fructifie et multiplie les richesses en modifiant leur affectation,
en exploitant les informations qu'il puise sur le marché.
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LEGITIMITE DE L'APPROPRIATION DU PROFIT
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Dans ces conditions, la propriété du profit ne
se justifie pas, comme le pensaient LOCKE, et à sa suite, de
nombreux penseurs libéraux, par la part physique que l'entrepreneur
a prise dans le processus productif, mais bien plutôt par la
reconnaissance de la véritable création, de la valeur qu'il
a ajoutée par son intervention stabilisante. |
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L'entrepreneur
ne crée pas des déséquilibres ; ceux-ci existent du seul fait qu'on
laisse librement opérer des individus dans un univers de connaissance
imparfaite et éclatée. L'entrepreneur est alerté par ces déséquilibres,
et va les réduire.
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UN ENTREPRENEUR INFAILLIBLE ?
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Si telle est la fonction
d'entrepreneur, cela ne signifie pas que tous les entrepreneurs
la remplissent correctement. Les entrepreneurs ne sont pas des sur-hommes
et ils sont eux-mêmes soumis à l'erreur, parce qu'ils sont eux-mêmes
dans l'ignorance.
Néanmoins, la considération
du profit leur sert de garde-fou, et les force à la vigilance. Un
des rôles du profit, bien mis en évidence par Ronald COASE, est
de donner à l'entrepreneur une information sur la compatibilité
de ses initiatives et les désirs des clients. Non seulement le profit
stimule la fonction entrepreneuriale, mais il permet aussi de la
contrôler.
A l'inverse, un entrepreneur
qui prend des paris sans les assumer n'est pas dans une logique
de marché : il faut supposer qu'il bénéficie d'un privilège qui
lui permet de survivre alors qu'il échoue.
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| LE CONTROLE FINANCIER |
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Si
l'entrepreneur est vraiment "capitaliste", propriétaire
et responsable de son profit, il sera soumis à un deuxième contrôle
: celui du marché financier. En effet, si les droits de propriété
s'acquièrent légitimement par la création, ils se perdent tout aussi
naturellement par l'échec. Henry MANNE a montré il y a fort longtemps
que, même dans les très grandes sociétés possédées par des milliers
de petits actionnaires, les managers n'étaient pas à l'abri de sanctions
pour leurs erreurs. Les actionnaires sont peut-être incapables d'exercer
un véritable contrôle dans le cadre des Assemblées Générales, mais
ils ont à tout moment la possibilité de vendre leurs actions s'ils
ont perdu confiance dans les dirigeants actuels de la firme. Voilà
comment managers et droits de propriété peuvent changer en permanence,
de façon à ce que l'entreprise soit toujours entre les mains de
ceux dont on espère qu'ils la feront fructifier, ou qu'ils en dégageront
plus de richesse qu'à l'heure actuelle.
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| ENTREPRISES ET CAPITAL HUMAIN |
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Si l'entreprise est
légitimée à réaliser des profits, si l'entrepreneur est un créateur
justement rémunéré, cela ne porte en rien préjudice aux hommes dans
l'entreprise, bien au contraire.
Si la fonction d'entrepreneur
est réservée à un homme ou une équipe d'hommes, cela ne veut pas
dire que les autres personnes ne possèdent pas, peu ou prou, des
talents d'entrepreneurs. Quiconque est capable de saisir une information
et de comprendre le parti que l'on pourrait en tirer est un entrepreneur
potentiel. Il y en a des millions dans le cadre de milliers d'entreprises.
Le seul problème c'est que ces gens-là, au lieu d'exercer leurs
talents d'entrepreneurs à leur propre compte, et pour leur propre
profit, préfèrent pour diverses raisons avoir un contrat de travail,
et louer leurs services à un entrepreneur "professionnel".
L'avantage de cet entrepreneur est de développer les talents de
son personnel, de faire circuler l'information, de motiver à la
vigilance, à la créativité.
Voilà pourquoi dans
toutes les entreprises ce que l'on appelait naguère "le travail"
s'est enrichi, autorisant l'initiative, l'autonomie, voire même
un droit de propriété partagé. Voilà comment les structures entrepreneuriales
sont devenues plus souples, à dimension humaine (y compris dans
les très grands centres de fabrication).
L'investissement en
capital humain est devenu l'un des plus lourds qui soit. La formation,
la communication, la motivation nécessitent des sommes considérables.
C'est un avantage pour
les salariés, c'est aussi une garantie contre le chômage. Ayant
investi sur son personnel, l'entreprise n'a guère intérêt à en modifier
radicalement la composition. Voilà pourquoi on ne se résoudra
au licenciement qu'en dernier recours. La période où les
entreprises faisaient varier à loisir le volume de leur main d'oeuvre
correspondait à des formes de travail peu élaborées, dans le cadre
d'une production standardisée et mécanisée.
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| POURQUOI LE CHOMAGE ? |
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Dans ces conditions,
si la logique du marché et l'éthique de l'entreprise étaient bien
ce que l'on vient de dire, pourquoi ces déséquilibres qui se traduisent
en particulier par des chômages massifs ?
La raison est simple
: dans la plupart des pays occidentaux, on est sorti de la logique
du marché, et la fonction d'entrepreneur ne peut plus s'exercer
efficacement.
1° - Les déséquilibres
sont masqués ou amplifiés par la manipulation des prix, notamment
à travers la politique monétaire, et les monopoles et corporations
installés ou protégés par l'Etat ;
2° - Le stimulant du
profit est neutralisé par la fiscalité et les attaques répétées
contre la propriété privée ;
3° - La finance est
passée entre les mains des pouvoirs publics, et les capitaux sont
gérés non plus en fonction de leur rentabilité mais des priorités
politiques
4° - Les relations humaines
dans l'entreprise sont empoisonnées par les privilèges syndicaux,
et la législation du travail exclut toute souplesse dans la gestion
du personnel ; le contrat de travail a disparu au bénéfice de négociations
collectives.
En voilà assez pour
expliquer que le marché est paralysé, l'entrepreneur ignoré ou méprisé,
le travailleur embrigadé et massifié.
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LIBERER L'ENTREPRISE
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Libérer l'entreprise
devient une urgence si l'on veut résorber drastiquement le chômage.
Libérer l'initiative, libérer le profit, libérer le travail, effacer
toutes les barrières fiscales, financières, sociales, réglementaires,
qui se dressent sur le chemin de l'entrepreneur.
Cette libération n'aurait
pas pour seul effet de relancer l'activité. Mais avant tout de rendre
aux hommes leur dignité de créateurs, leur volonté de progrès personnel.
Car c'est cette éthique qui a fait par le passé le succès du capitalisme,
et qui doit nous encourager à vaincre le conservatisme et le scepticisme
ambiants.
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