ETHIQUE DU MARCHE

La Nouvelle Lettre poursuit l'étude des thèmes de la XVIème Université d'Eté de la Nouvelle Economie.
Voici la présentation de la troisième journée (Mercredi 1er Septembre 1993, Aix-en-Provence) avec le texte de l'audio-visuel qui introduit les débats.

 
PAS DE MARCHE SANS INSTITUTION

Une des nombreuses erreurs commises dans les récentes expériences de "passage à l'économie de marché" a consisté à croire qu'il suffisait de rompre avec le socialisme planifié pour se trouver instantanément dans le merveilleux monde capitaliste, source de richesses inépuisables.

Comme, au bout de quelques mois, les richesses ne sont pas là, tandis qu'au contraire on découvre chômage et inflation, deux fléaux théoriquement inconnus en régime centralisé, on se dit que l'économie de marché apporte autant d'illusion que l'économie de plan.

On ne tient pas compte du fait que les institutions absolument indispensables à l'économie de marché n'existent pas. Les réformes pour les mettre en place se heurtent à tous les conservatismes. Par exemple, un libre marché des capitaux n'est pas en place, et les droits de propriété sur les entreprises ou les terres sont toujours aussi mal définis.

 

PAS DE MARCHE SANS ETHIQUE

Une autre erreur, tout aussi fréquente, consiste à assimiler l'économie de marché à une simple technique de production et de gestion. La privatisation, quand elle est sincèrement voulue, est recherchée parce qu'elle permet l'introduction dans l'entreprise de nouveaux modes de "management". Changer de société, c'est finalement changer de système comptable, passer de la plume à l'ordinateur.

Ce n'est évidement pas cela qui constitue le passage au marché, mais bien plutôt la prise en  considération, l'acceptation de l'éthique du marché.

C'est un changement dans les mentalités, la prise en compte de nouvelles vertus, de nouveaux droits, de nouveaux comportements.

Le pire, est évidemment, de voir dans l'éthique du marché le cûlte du bien-être matériel et la frénésie de la réussite par tous les moyens, alors que l'éthique du marché est tout autre chose.

 

LA JUSTICE DU MARCHE

Non seulement l'éthique du marché est un fait, mais on peut même soutenir avec Israël KIRZNER que c'est sa supériorité éthique qui fait que le système marchand est plus efficace que tout autre. Le capitalisme est efficace parce qu'il est juste.                                                                                       

Les principes éthiques du marché, qui en font un système juste, sont au nombre de quatre :

- la reconnaissance de la liberté de création,

- l'attribution et le transfert de droits de propriété privés

- le libre échange et le libre contrat

- l'état de droit.

 
LIBERTE DE CREATION

Le marché est avant tout animé par des initiatives individuelles.

On dit souvent qu'il repose sur des choix personnels. Mais en réalité la liberté laissée aux individus est plus importante que celle de choisir. C'est la liberté de créer, c'est à dire de trouver des solutions qui n'étaient pas proposées ni connues au départ, et que l'individu va forger par son initiative, en tenant compte des comportements des autres.

L'homme n'est pas un simple consommateur qui aurait l'embarras du choix, il est aussi un créateur : il exprime son aptitude à fabriquer, à inventer lui-même de nouvelles richesses.

Voilà qui est bien plus stimulant, et plus conforme à la nature humaine, que d'attendre son progrès de l'administration, ou de vivre de ses droits sociaux.

Le capitalisme n'est pas un système où l'on vivote, où l'on survit. C'est un système où on donne vie.

 

DROITS DE PROPRIETE PRIVES

Ils sont le prolongement normal de la liberté de création. Celui qui crée se voit attribuer un droit de propriété sur sa complète création.

Il est juste qu'il en soit ainsi. On ne devient pas propriétaire au détriment de quelqu'un d'autre, puisque l'on ne possède que ce que l'on crée, c'est à dire qui n'existait pas avant que l'on agisse.

Ces droits peuvent ensuite s'échanger librement, et se valoriser au cours des échanges.        

 

LIBRE CONTRAT, LIBRE ECHANGE

Les droits, qu'ils soient immatériels, monétaires ou physiques, sont destinés à être échangés, parce que leur valeur n'est pas homogène ni absolue. Le contrat permet de coordonner les appréciations divergentes, nées d'une estimation subjective de la valeur. Tout le marché est un vaste jeu de découverte, où les individus acquièrent sans cesse des informations, et tirent avantage des déséquilibres qu'ils perçoivent. Ainsi tout produit a-t-il en permanence l'affectation optimale : il est entre les mains de celui qui lui donne le plus de valeur possible. Les gaspillages sont éliminés, tout comme les pénuries.

Encore faut-il, pour nouer librement ces transactions, que les informations sur les prix ne soient pas brouillées par des manipulations monétaires (les Etats et banques centrales sont souvent responsables de ces brouillages), ni que les opérations soient entravées par des réglementations créant monopoles et protections. Le libre accès au marché s'appelle concurrence.

 
ETAT DE DROIT

L'ensemble des opérations évoquées suggère le respect d'un certain nombre de règles du jeu. Il faut un ensemble d'institutions pour protéger ces diverses libertés, pour établir et faire respecter ces divers droits.

L'arbitraire des pouvoirs publics ne saurait se substituer à la libre initiative des agents privés, ni atténuer ses conséquences ou les corriger.

De façon à éviter l'intervention intempestive de l'Etat, celui-ci doit lui-même être soumis à des règles de droit l'obligeant au respect des droits individuels.

 
ETHIQUE DES PUISSANTS ?

On reproche souvent à  l'éthique du marché de consacrer la "loi du plus fort". Comment peuvent s'en sortir ceux qui n'ont pas le sens de l'initiative personnelle, ceux qui ne savent pas apprécier, ou contracter ?

On répondra que si tous les hommes avaient les mêmes aptitudes et les mêmes goûts, l'échange ne serait pas nécessaire, ni même la liberté. C'est parce que chacun a son propre chemin de progrès qu'on doit lui laisser la liberté de le découvrir.

On dira encore que ce sont souvent les gens les plus démunis qui montrent une aptitude supérieure à sa gestion : pour  eux la vigilance  est renforcée par la précarité de leur situation. "Libérer les pauvres pas la loi" comme le voulait LACORDAIRE, c'est en fait les enfoncer dans leur faiblesse, les condamner au tutorat social, et leur interdire à jamais d'exprimer leur créativité personnelle.

Bien que les talents soient inégalement répartis, il n'existe pas une sous-humanité vouée à l'assistanat, au plan et à la sécurité sociale.

 
ETHIQUE DES SAINTS ?

D'autres reprochent à l'économie de marché d'être conçue pour des saints, ayant des vertus morales supérieures.

Comme tous les hommes sont loin de la sainteté, l'économie de marché tourne soit au chaos, soit à l'exploitation (les plus puissants ne sont pas des saints).

En fait, Adam SMITH avait montré, dans la "Richesse des Nations", qu'un individu fût-il le plus égoïste, le plus malveillant  qui soit,  était  obligé, dans  une économie de marché, de tenir compte des autres, et le principe de la réciprocité ou de la mutualité des échanges l'obligeait à composer dans ses relations, et à faire des concessions aux intérêts d'autrui pour faire accepter ses intérêts propres. Le jeu des intérêts personnels débouche ainsi sur l'intérêt général, sans que les individus en aient la moindre intention ni la moindre conscience.

 

ETHIQUE DE L'HONNETETE

En définitive, comme HAYEK l'a souligné, la seule vertu absolument indispensable au marché est l'honnêteté, c'est à dire le respect de la parole, des contrats.

Les règles du jeu social doivent s'appliquer à tous et puisqu'on est en état de droit, toute atteinte aux droits d'autrui, tout manquement à ses propres obligations, doit entraîner réparation des dommages ainsi causés.

C'est peut-être en demander beaucoup, à une époque où seuls les saints sont honnêtes et où les puissants sont malhonnêtes.

Mais ces avatars des vertus individuelles ne doivent rien à la pratique du marché, ils proviennent des déviations dirigistes, étatistes et politiciennes de l'Occident. Rompre avec l'Etat Providence et le tout-politique serait peut-être une façon de retrouver l'éthique de l'honnêteté, indispensable pour la survie d'une grande société.

 
 
 
   
Le capital huamin, clé du développement Droits de propriété privés Ethique des saints ?