| |
| SANS L'ETAT, PAS
D'EDUCATION ? |
|
La plupart des projets
de réforme du système éducatif reposent sur l'hypothèse que l'Etat
doit garder un rôle déterminant, même s'il est subsidiaire.
On a du mal à imaginer des solutions
plus radicales, où l'Etat serait complètement effacé, où l'éducation
cesserait d'être publique pour devenir totalement privée.
Pourtant, l'irruption de l'Etat dans le domaine éducatif est
récente, et on a pu reconstituer l'histoire de certaines pratiques
d'enseignement privé particulièrement efficaces, comme celles de
la République des Escartons, qui ne disparaîtra que par les décrets
de la Révolution Française.
Aujourd'hui ce qui se passe dans certains cantons suisses
en atteste : on peut éduquer sans l'Etat.
|
| |
| L'ETAT NE PEUT GERER LE FUTUR |
 |
Mais la désétatisation
ne serait-elle pas un contresens à l'heure actuelle ? Le monde
moderne n'est-il pas complexe au point de légitimer l'intervention
d'une autorité centrale, capable d'organiser le futur en fonction
du progrès scientifique ?
|
|
|
Ces points de vue
sont totalement erronés. D'une part la complexité appelle la décentralisation,
et non l'inverse. D'autre part la maîtrise du progrès scientifique
est impossible. Nul ne sait, et à plus forte raison nulle administration
centrale ne sait, dans quelles directions évoluera le savoir, quels
seront les formes et les outils de la connaissance au troisième
millénaire.
L'Etat ne saurait avoir plus
de perspicacité que les autres, il en aurait plutôt moins. Le contresens,
c'est bien le dirigisme éducatif.
|
| |
| ADAPTATION, OUVERTURE
= RECOURS AU MARCHÉ |
|
Il en est de l'éducation
comme de la plupart des autres activités humaines.
Nous sommes dans l'ère de la communication,
de la mondialisation. Cela requiert des facultés d'adaptation et
d'ouverture très développées.
Une masse d'information doit pouvoir s'échanger, il faut les
sélectionner, comparer les expériences, admettre l'erreur mais aussi
se préparer à la corriger.
Il existe une procédure sociale qui permet de gérer ce type
de situation : c'est le marché. Le marché permet de découvrir quels
sont les vrais besoins éducatifs, et aussi les moyens les plus souhaitables
de les satisfaire.
En redonnant à l'éducation sa vraie dimension d'un investissement
privé en capital humain, on en fait un service marchand, qui peut
être organisé suivant la loi de l'offre et de la demande.
|
| |
| L'OFFRE D'ÉDUCATION
: DES PRIVATISATIONS RÉUSSIES |
|
Contrairement à ce
que l'on répète trop souvent, il est facile de faire fonctionner
des écoles et des universités privées, fonctionnant de façon
tout-à-fait autonome, sans intervention publique.
Plusieurs styles d'établissements
privés peuvent être repérés. Il y a d'abord des établissements
anciennement publics qui passent au privé par la volonté des
familles et des enseignants : cela se produit actuellement
en Grande Bretagne avec le système de "l'opting out".
|
 |
|
|
Il y a ensuite des
établissements privés pris au moins partiellement en charge par
des fondations, des associations, des communautés marchandes, ou
de grandes entreprises. C'est le cas de très nombreuses universités,
ou d'écoles de commerce et de gestion dans le monde.
Il y a enfin de véritables entreprises
d'éducation, ne vivant que des droits d'inscription ; les familles
ou les étudiants sont des clients qu'il faut satisfaire aux meilleures
conditions de qualité et de coûts. Quel que soit le type considéré,
ces établissements privés tendent à se multiplier aujourd'hui du
fait de l'échec avéré des établissements publics. De plus, les techniques
actuelles d'enseignement et de communication permettent des formules
de scolarisation bien plus souples ; on peut par exemple alterner
bien plus facilement travail à la maison, ou en atelier, et à l'école,
sur place ou à l'étranger, etc.
|
| |
| LA DEMANDE D'ÉDUCATION |
|
Si nous sommes dans une logique de marché, la règle est celle de la
concurrence, et le consommateur est par définition le roi.
Chaque famille va donc déterminer
ses besoins en éducation suivant ce qu'elle estimera mieux adapté
à sa situation et à l'avenir des enfants. Une famille d'ouvriers
cherchera peut-être la promotion de ses enfants à travers des positions
d'ingénieurs et de cadres. Une famille de cadres incitera peut-être
ses rejetons à exercer une profession libérale ou à créer leur propre
entreprise.
Ces choix sont évidemment très personnels, même si (comme
l'a déjà noté) les consommateurs peuvent s'entourer de conseils
et rechercher l'information désirée.
On remarquera de plus qu'en matière d'éducation les consommateurs
sont aussi producteurs : les familles concourent à l'éducation au
même titre que les enseignants. Ils seront donc des consommateurs
bien plus avisés dès lors que les établissements scolaires et universitaires
ne seront plus réduits à un simple rôle d'enseignement comme ils
le sont aujourd'hui dans les systèmes publics.
On peut même imaginer que la demande d'éducation débouche
sur une " auto-production" : ce sont les écoles familiales
telles qu'elles existent dans certaines régions de Suisse ou des
Etats-Unis.
|
| |
| L'ÉDUCATION POUR
LA VIE |
 |
Un des points importants
de la liberté éducative est la possibilité de moduler l'investissement
en capital humain suivant l'âge. Les formules d'enseignement
public obligatoire maintiennent les enfants en scolarité jusqu'à
un âge avancé.
|
|
|
Cela
représente un pur gaspillage pour un grand nombre d'adolescents,
qui auraient intérêt à entrer plus jeunes dans la vie active. A
l'inverse, ces mêmes personnes peuvent éprouver le besoin de compléter
ou de
diversifier leurs connaissances
après quelques années d'une activité professionnelle qui leur aura
fait découvrir leurs lacunes et leurs perspectives de progrès.
L'idée est donc de laisser les familles et les individus
gérer un montant global d'investissement éducatif en le répartissant
tout au long de la vie. Par comparaison avec des systèmes de subventions
ou de chèques scolaires nécessairement intégrés dans des curriculum
éducatifs préétablis, une aide financière (de la famille, de l'employeur,
de l'Etat ou de quiconque - peu importe) sous forme d'un fond d'éducation
pour la vie entière semble bien préférable. C'est le LIFE (Lifelong
Individual Fund for Education).
|
| |
| MARCHÉ DE L'ÉDUCATION ET MARCHÉ
DE L'EMPLOI |
|
Cette
idée de l'adaptation permanente de l'éducation aux besoins de l'individu
est un exemple de la nécessité de mettre en contact le marché de
l'éducation et le marché de l'emploi.
Dans beaucoup de
pays, comme la France, on déplore un chômage important des jeunes
par manque total de correspondance entre enseignement et emploi.
Il y a tantôt sur-qualification et sur-salaire, qui dissuadent les
entreprises d'embaucher des gens trop chers, tantôt sous-qualification
et sous-productivité, qui privent les entreprises des travailleurs
nécessaires à leur compétitivité.
Un tel décalage a bien moins de chances de se produire si
on laisse le marché régler le flux des formations et des embauches.
S'il est vrai que les besoins en main d'oeuvre évoluent plus rapidement
que les formes d'enseignement, on peut raccourcir les délais d'une
part en donnant un contenu d'enseignement plus souple et une aptitude
au travail et au changement plus développée, d'autre part en associant
plus étroitement les entreprises à l'offre éducative.
|
| |
| AU DELA DU MARCHÉ : LE ROLE DES COMMUNAUTÉS |
|
Quelle
que soit la confiance que l'on peut avoir dans les vertus
du marché, il ne faut jamais perdre de vue qu'à côté de l'ordre
marchand, dont la logique permet de régler la plupart des
problèmes éducatifs, il existe un ordre communautaire.
La
communauté familiale bien sûr, mais aussi toutes formes de
communautés ont vocation à concourir à l'éducation.
|
 |
|
|
Elles
peuvent concourir financièrement en donnant tantôt aux familles
tantôt aux établissements les moyens de leurs investissements et
de leur fonctionnement.
Elles peuvent aussi concourir
sur le plan pédagogique et formateur. Les oeuvres de jeunesse sont
d'un grand profit pour compléter et prolonger l'éducation reçue
des familles et des enseignants. A l'heure actuelle, un brassage
international de la jeunesse semble être un des plus puissants leviers
de paix et de développement.
|
| |
| RÉDUCTION DE L'ÉTAT |
|
En
conclusion, le domaine de l'éducation est l'un de ceux où, par priorité,
l'Etat doit se faire plus discret.
Après un siècle d'éducation publique, il ne reste rien des avantages
que l'intervention de l'Etat était sensé apporter. Sur le plan de
l'efficacité, les performances scolaires et universitaires sont
lamentables. Sur le plan de la moralité, le bilan est encore plus
désastreux. Sur le plan social, l'intégration et la promotion ont
été rendues impossibles.
Enfin pour les individus et les familles c'est une véritable aliénation,
une totale irresponsabilité qu'a engendré le transfert à l'Etat
des orientations et de la gestion.
Ces résultats ne sauraient
surprendre : ce qui se passe dans ce domaine n'est qu'un des aspects
de la crise de l'Etat Providence. Qui trop embrasse mal étreint.
En élargissant artificiellement la sphère étatique, en politisant
tous les aspects de la vie en société, on a créé ici comme ailleurs
toutes les conditions de l'inefficacité, de l'arbitraire et de la
discorde.
|
| |
| RENAISSANCE DE LA FAMILLE
|
 |
Cependant, il ne faut pas s'y tromper
: la réduction de l'Etat, pour nécessaire qu'elle soit, n'est
pas suffisante. Elle doit s'accompagner d'une renaissance
de la famille.
Sans doute le retour à la famille de sa mission éducatrice
est-elle un facteur important de renaissance.
|
|
|
Mais
il faut, de plus, que cessent les agressions législatives, fiscales
et culturelles contre la famille.
La famille n'est pas, comme Marx le prétendait, une structure développée
par le mode de production capitaliste. La famille procède de l'ordre
spontané, elle est une communauté naturelle, elle est l'espace de
transition entre l'individu et la société.
La famille est le lieu de l'épanouissement personnel, dont
l'éducation est l'un des aspects. Que ceux qui nous gouvernent,
et les autres, apprennent donc à respecter et à aimer la famille
: ce sera non seulement la meilleure façon de réformer l'éducation,
mais aussi le plus sûr moyen de redonner aux individus et, à travers
eux, à la société, les repères intellectuels et éthiques dont nous
avons tous besoin pour vivre dans la dignité et l'harmonie.
|
| |
|
|
|