| LA SOCIÉTÉ POUR L'INDIVIDU
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Toute réforme du système éducatif doit aller au fond des choses. Derrière
les choix éducatifs, il y a des choix de société.
Il faut savoir si l'individu est fait pour la société, ou la société
pour l'individu. Quand on est partisan d'un système étatique d'éducation,
on marche sur la tête : on organise l'éducation et la jeunesse d'après
un modèle politique, et on oublie que ce sont les individus et leurs
familles qui sont les premiers concernés.
Aussi le premier principe d'une réforme consiste-t-il à redonner
aux familles et aux individus le libre choix en matière d'éducation,
l'intervention de l'État ne pouvant être que subsidiaire.
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| DES ÉTABLISSEMENTS EN CONCURRENCE
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Le libre choix implique
la pluralité des établissements.
Il doit donc être possible d'ouvrir des
écoles, collèges, lycées et universités en respectant simplement
des règles d'hygiène et de sécurité.
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Toute idée de carte
scolaire doit être abolie : les parents s'adresseront là où bon
leur semblera.
Sur quels
critères les préférences se fixeront-elles ? A priori tout critère
est acceptable. Certains s'arrêteront à des considérations purement
pédagogiques, aux conditions de travail et aux résultats scolaires.
D'autres introduiront une dimension confessionnelle, culturelle,
ou sociologique. D'autres enfin tiendront compte de la commodité,
de l'éloignement, du cadre environnemental, etc...
Il faut évidemment voir le problème en dynamique
: la concurrence étant à l'oeuvre une sélection s'opérera, et les
familles seront en mesure de revenir sur certaines options. Il y
a aussi besoin d'une correspondance entre l'établissement choisi
et les aptitudes et comportements des enfants. Toute école n'est
pas bonne pour tout écolier.
La distribution des enfants entre les divers
établissements n'obéira donc pas à un hasard, mais au contraire
à un désir permanent d'adaptation.
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| DES PROGRAMMES DIVERSIFIÉS
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La pluralité autorise
la diversité.
Si, en matière éducative, certaines normes
sont nécessaires, dans le domaine de l'enseignement la souplesse
et l'adaptation devraient être la règle.
Aujourd'hui les systèmes publics oscillent
entre formation uniforme (troncs communs) et filières spécialisées,
et souvent allient les inconvénients d'un enseignement trop théorique
et d'un enseignement trop appliqué. On bourre les élèves et les
étudiants de connaissances, comme on gave des oies. On oublie qu'une
tête bien faite est préférable à une tête bien pleine.
Au lieu de ces formules rigides, il faut ouvrir un
large spectre de programmes. Il n'est pas dramatique pour un pays
que les jeunes n'aient pas appris les mêmes choses. A l'inverse
tous doivent apprendre à apprendre, et les programmes doivent être
conçus davantage pour leurs vertus formatrices que pour leur contenu
scientifique ou technique, puisque de toutes façons ce contenu sera
obsolète dans quelques années.
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| DES ENSEIGNANTS VALORISÉS
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La qualité de l'enseignement
dépend évidemment de celle des enseignants, et il est temps
de valoriser la profession.
Le statut de la fonction publique est un blocage
pour les meilleurs, pour ceux qui veulent évoluer dans leur
carrière. Au lieu d'un traitement uniforme et de critères
de nomination et d'avancement tantôt bureaucratiques (comme
l'ancienneté) tantôt arbitraires (comme le soutien syndical
ou politique),
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il faut imaginer
des liens contractuels entre les établissements et les enseignants,
et une compétition très ouverte - au moins pour ceux qui le désirent.
Tandis que les grands
concours administratifs de recrutement ont perdu tout intérêt et
toute crédibilité, le libre choix par les établissements d'une partie
de leur personnel enseignant sera un stimulant puissant, surtout
s'il s'assortit de conditions financières plus avantageuses.
Dans les critères de recrutement, surtout
pour les Universités, les références pédagogiques et les travaux
de recherche devront retrouver leur poids traditionnel. Il fut un
temps où le respect du savoir était plus fort que l'obéissance au
pouvoir.
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INFORMATION ET ORIENTATION
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Il ne fait aucun doute que des erreurs se produiront nécessairement
dans les choix que les familles auront à faire, et qu'à leur tour
les établissements et les enseignants auront à assumer.
On peut tout d'abord observer que ces erreurs, au lieu être massives
et souvent irréversibles comme dans un système étatique centralisé,
pourront être circonscrites et rectifiées dans un système plus souple
et concurrentiel.
On remarquera ensuite qu'il est possible d'introduire
dans un système décentralisé des moyens d'information et d'orientation
à l'usage de tous les acteurs, à commencer par les parents.
Aujourd'hui le désintérêt des familles pour
les questions de fond vient de leur élimination de fait. Si le libre
choix est à nouveau possible, cela vaudra la peine d'investir en
information.
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| LE TRAVAIL, LE MÉRITE
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Si les familles sont
à nouveau intégrées dans le circuit éducatif, un certain nombre
de vertus aujourd'hui occultées pourront renaître.
A nouveau la place pourra être faite
au travail, au mérite personnel.
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Aujourd'hui quelle
est la vraie différence entre les bons et mauvais élèves, entre
ceux qui s'appliquent et ceux qui copient ?
La notion même de sélection a été abandonnée puisqu'on
est dans une organisation massifiante, où le nivellement par le
bas est la règle.
Dans le système irresponsable de l'éducation publique,
la discipline individuelle est considérée comme accessoire, voire
d'un autre âge : l'élève ne doit-il pas s'auto-instruire, s'auto-éduquer
? Désormais, si elles le veulent, les familles pourront demander
que le goût du travail bien fait, la ponctualité, le progrès soutenu,
soient exigés de leur enfants et soient appréciés dans leurs notations.
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| LA CULTURE, LA POLITESSE
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Peut-être, au delà
des mérites scolaires, va-t-on retrouver d'autres valeurs qui sans
être directement liées à l'enseignement n'en sont pas moins un élément
important du capital humain.
La culture est un double apport à la jeunesse.
D'une part elle lui permet d'acquérir un esprit critique, c'est
à dire apte à distinguer l'essentiel de l'accessoire, de mettre
les idées, les événements et les connaissances en perspective. D'autre
part elle éveille le sentiment d'appartenance à une tradition, elle
montre les liens dans le temps et dans l'espace, elle développe
le civisme responsable.
La politesse est une forme supérieure de civisme.
Elle est respect d'autrui, recherche et recette de l'harmonie sociale.
Elle tempère les excès de l'individualisme en rappelant l'existence
de normes indispensables pour vivre paisiblement ensemble.
Au prétexte de technicité, de neutralité
ou de laïcité, ces bienfaits de la culture et de la politesse ont
été refusés à des générations entières. Ce manque d'éducation, au
plein sens du terme, ne sera plus toléré par des familles soucieuses
de valoriser leurs enfants.
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| LE CHÈQUE SCOLAIRE
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Mais les familles
peuvent elles exercer réellement leur pouvoir théorique ? Certains
en doutent.
Frappées d'incapacité culturelle, les familles
déshéritées ne sauraient choisir ce qui est bon pour leurs enfants.
On ne peut prendre cette objection au sérieux.
Par contraste, l'incapacité financière est
bien réelle : impossible à des familles pauvres d'envoyer leurs
enfants dans les meilleurs établissements. C'est ici, et ici seulement,
que l'Etat pourrait avoir un rôle subsidiaire à jouer : donner l'argent
de l'éducation aux familles qui ne l'ont pas.
Parmi les multiples techniques qui permettent
de subventionner l'éducation, celle du chèque éducation a fait ses
preuves. Le chèque peut
être remis aux familles, ou aux établissements ; il peut facilement
se combiner avec une sélection sur des critères de mérite et de
résultats scolaires.
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| LE CRÉDIT SCOLAIRE |
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On peut d'ailleurs
aller plus loin que le chèque scolaire, et prendre en considération
que l'éducation n'est pas principalement un droit social garanti
financièrement par l'Etat, mais bien un investissement personnel
en capital humain, qui rapportera dans le futur.
Il doit donc être possible de compléter, voire
de remplacer l'aide de l'Etat, par des financements privés. Des
prêteurs peuvent parier sur la réussite future des jeunes mieux
éduqués, de même que ces jeunes peuvent eux-mêmes anticiper cette
réussite. Ils seront fortement motivés pour réussir s'ils ont emprunté
pour leurs études.
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| L'ÉDUCATION, UNE ACTIVITÉ PRIVÉE
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On est donc peu à
peu amené à admettre que la vraie réforme de l'éducation,
englobant les aspects financiers aussi bien que pédagogiques,
c'est celle qui remet l'éducation entre les mains des individus et de leurs familles.
Financièrement, la charge budgétaire de l'éducation
nationale se trouvera d'un seul coup allégée :
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l'éducation publique
mise en concurrence coûtera moins cher, la gratuité sera transformée
en aide aux seules familles handicapées.
Pédagogiquement, la concurrence et la liberté de
choix conduiront à la qualité supérieure. L'adaptation aux besoins
de la nation aussi bien qu'aux capacités des jeunes se fera plus
facilement.
Enfin, et non le moindre, des espaces nouveaux
de responsabilité seront ouverts dans la société : en rendant aux
familles l'essentiel du domaine éducatif, on retrouve un certain
nombre de vertus progressivement perdues avec l'Etat Providence.
Les familles ne verront plus dans l'éducation
une source de charges fiscales et de dépenses imposées ou une obligation
légale à laquelle on doit se plier tant bien que mal ; elles lui
consacreront désormais une place centrale dans leurs soucis et dans
leurs joies, les relations entre les générations seront à nouveau
conscientes et gratifiantes.
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