| |
| QUELLE PLACE POUR LES INTERVENTIONS
PUBLIQUES ? |
|
Quelle
place pour les interventions publiques dans le domaine de l'environnement
? Cette question reçoit des réponses très différentes.
Les
partisans de l'écologie de marché réduisent cette place au minimum
et nourrissent une grande méfiance à l'égard de l'Etat.
Mais
cette position est jugée utopique et extrême. La plupart des esprits,
notamment en France, sont persuadés qu'il faut faire sa part à 1'Etat,
qu'un ministère de l'environnement est indispensable, et que la
défense de l'environnement est un service public authentique.
|
| |
| LA PLANIFICATION GLOBALE |
|
Mais
parmi les interventionnistes, on trouve des gradations appréciables.
Les Verts les plus radicaux, partisans de l'écologie politique,
sont en faveur d'une planification globale planétaire. C'est la
thèse qui a prévalu à Rio.
C'est
autour d'une table réunissant les représentants de toutes les grandes
régions du monde - et où les Américains et les Européens seraient
minoritaires - que le sort de la planète devrait se régler.
Comme
l'environnement met en cause l'économie, cela revient purement et
simplement à admettre un gouvernement mondial, planifiant l'activité
des hommes - et leur nombre aussi, au passage.
|
| |
| LA COOPERATION INTERNATIONALE |
|
Sans
aller jusque là, d'autres environnementalistes insistent sur la
nécessaire coopération internationale.
Ils
font remarquer que les pollutions n'ont pas de frontière, que les
eaux du Rhin concernent également Suisses, Allemands et Français,
et que des normes de pollution et des politiques environnementales
doivent être définies au niveau trans ou supra-national.
Voilà
pourquoi l'environnement tient une place de choix dans le discours
en faveur d'une construction européenne fortement administrée. A
lui seul l'environnement justifierait l'union politique européenne.
On entend les mêmes discours à propos de l'accord de libre échange
nord américain.
|
| |
| LA REGLEMENTATION |
|
Au
minimum, la plupart des environnementalistes reconnaissent à l'Etat
le pouvoir de réglementer, sur le territoire national, en matière
d'environnement.
Les
gardes-pèches, les gardes-chasses et naguère les gardes-champêtres
sont entrés dans les mœurs, et la pratique des permis, des réserves,
des sites classés, des espèces protégées, semble tout à fait normale,
et compatible avec les vues les plus libérales de la société.
Pourtant,
même réduites au minimum, les interventions publiques peuvent paraître
suspectes, voire même nuisibles, et l'écologie de marché remet volontiers
en cause la tradition juridique interventionniste.
|
| |
| INTERET GENERAL OU AVANTAGES
PRIVES ? |
|
I1
faut d'abord se rappeler que les économistes en faveur du marché
sont toujours réticents à l'égard des notions de service public
et d'intérêt général.
Comme
le montrent les analyses du public choice - et en particulier de
James BUCHANAN et Gordon TULLOCK - l'intérêt général est difficile
à définir, voire à concevoir. Ce que l'on appelle "intérêt
général" n'est jamais que la conjonction d'intérêts bien particuliers,
qui permettent à certains groupes, certaines catégories, d'obtenir
des avantages tout à fait privés.
Les
normes de pollution, soi-disant établies en fonction de critères
objectifs, masquent bien souvent des privilèges, des interdits peu
avouables. Est-on bien sûr que Concorde ait été cette menace écologique
qui l'a empêché de survoler le territoire américain ? L'équipement
des voitures en pots catalytiques a-t-il été réglementé sans aucune
arrière-pensée commerciale ? A supposer même qu'une réglementation
soit "neutre" au départ, certains trouveront très facilement
le moyen de l'utiliser en leur faveur et de fausser ainsi la concurrence.
|
| |
| LA DERIVE BUREAUCRATIQUE |
|
D'autre
part toute réglementation, si bonne et pure soit-elle, encourt le
risque de la dérive bureaucratique.
Les
textes sont difficiles à préparer, ils se juxtaposent, s'accumulent,
se contredisent; leur codification (en chantier en France actuellement)
est problématique. Cela plonge les gens chargés de les appliquer
dans le plus grand embarras, et peut ouvrir la porte à l'arbitraire.
Les
lenteurs, les complexités, engendrent des sur-coûts considérables
et peuvent fausser la concurrence internationale.
|
| |
| LES EFFETS PERVERS |
|
Enfin,
dans le domaine de l'environnement comme dans les autres, la réglementation
crée des effets pervers. L'enfer est pavé de bonnes intentions.
Un
exemple classique et hélas dramatique est celui de la protection
de certains animaux, comme les phoques. En interdisant complètement
leur chasse, au prétexte d'abus certainement dus à l'absence de
droits de propriété, les autorités canadiennes ont permis à la population
des phoques de se multiplier, au point de les réduire à la famine,
de les obliger à descendre vers le Saint Laurent en détruisant toutes
autres espèces sur leur passage, et en fin de compte, de s'entre-tuer
pour s'entre-déguster.
A
l'origine de cette fatale méprise, il y a eu quelque naïveté sans
doute, mais surtout la prétention de quelques esprits éclairés de
"mettre de l'ordre" dans la nature, et de décréter ce
qui était bon et mauvais pour l'avenir de ces animaux: c'est la
tentation planificatrice et constructiviste qui a prévalu.
|
| |
| DEREGLEMENTER |
|
Il
est donc vraisemblable qu'aujourd'hui l'environnement souffre davantage
d'un excès que d'un manque de réglementation.
L'évolution
souhaitable est, ici comme ailleurs, vers un retrait des pouvoirs
publics. Déréglementer serait salutaire.
La
déréglementation transfère les responsabilités de la puissance publique,
souvent lointaine, incompétente et inconséquente, vers la propriété
privée. Des chasses privées et gardées garantissent sans doute un
meilleur avenir au gibier que des interdictions administratives
et un contrôle policier.
|
| |
| DOMESTIQUES ET SAUVAGES |
|
|
Chaque
fois que l'on peut établir des droits de propriété sur les animaux
c'est aussi une excellente façon de les protéger. Ici intervient la
difficulté spécifique des animaux difficiles à domestiquer, voire
à répertorier et repérer. |
|
Les
éléphants d'Afrique souffrent sans doute de leur mauvais caractère,
mais aussi de l'organisation des chasses qui au prétexte d'éviter
le pillage l'accélère et le réserve à des contrebandiers connus
ou à des chefs d'Etat rneconnus.
|
| |
| POUR SAUVER LES BALEINES |
|
De
la même façon, il y a davantage d'espoir dans une gestion privatisée
des cétacés, et notamment des baleines, que dans les accords internationaux,
sans cesse violés et qui donnent toujours une prime au moins scrupuleux.
Les
baleines disparaissent parce que personne ne les a appropriées.
Qu'à
l'inverse on puisse définir des droits de propriété, et certains
auront intérêt à entretenir les spécimens - non pas aux fins de
pèche mais de spectacle par exemple.
|
| |
| POUR PROTEGER LA VEGETATION |
|
La
végétation et les essences rares posent en principe moins de difficultés
que les espèces animales.
Pourtant
la forêt est source permanente de problèmes. L'expérience qui consiste
à laisser des régions entières en friche sous la bonne garde de
l'administration, s'est soldée par des échecs partout où elle a
été menée.
La
seule issue réaliste est la rentabilisation des forêts, ou des espaces
boisés. Quand la forêt fait vivre l'homme, l'homme fait vivre la
forêt.
|
| |
| L'HOMME AU COEUR DE LA NATURE |
|
Mais,
au fond, n'est-ce pas la vocation de l'homme de gérer la nature
? La tradition de Noël se perpétue à travers les siècles.
L'homme,
au cœur de la nature, est capable non seulement de la conserver,
mais de la façonner.
On
fera bien plus pour l'environnement en développant l'aptitude des
hommes à aimer et respecter la nature qu'en fustigeant les pilleurs,
les pirates ou en multipliant les interdits et les commandements.
Pillage
et piratage traduisent une absence ou une violation des droits de
propriété. Interdits et commandements diminuent, voire suppriment,
liberté et responsabilité.
Plus
de propriété, moins de réglementation: c'est la meilleure chance
pour l'environnement.
|
|
|
|