ENVIRONNEMENT ET ENTREPRISES

La libre entreprise, la croissance et le profit détruisent-ils la nature ?
 
HALTE A LA CROISSANCE

Halte à la croissance: c'est la grande pétition de Rio, c'est le grand cri de l'écologie politique, qui oppose environnement et économie.

Il y a là une condamnation du progrès matériel, mais aussi de ce qui le secrète : le marché, le profit, l'entreprise.

Pour caricaturer cette position, certains l'ont comparée à celle d'un passager d'un paquebot qui se jetterait à l'eau au milieu de l'Atlantique pour terminer la traversée à la nage !

Peut-on sérieusement quitter le navire de la croissance économique et se noyer pour cause d'environnement ?

 
SURCONSOMMATION DES RICHES

Les adversaires de la croissance lui reprochent d'aboutir à une surconsommation. Qui plus est, cette surconsommation serait le fait d'une infime minorité : aujourd'hui 80 % des ressources naturelles et de l'énergie sont utilisés par les pays les plus riches. Apparemment, ce ne serait que pour répondre à des besoins de luxe : le superflu coûte cher en avenir de la planète.

Les gens prennent leur voiture individuelle alors qu'ils pourraient se déplacer avec les transports publics, et ils dépensent en un seul embouteillage ce qu'un Africain moyen consomme d'énergie en un mois de l'année. Ce genre d'observation ne légitime-t-il pas une rupture avec ce type de croissance et un passage à une gestion plus rigoureuse ?

 
SUREXPLOITATION DES PAUVRES

La surconsommation des riches aurait aussi pour corollaire la surexploitation des pauvres.

Pour sortir plus vite de leur misère, et pour se précipiter dans un schéma de société de consommation, les pays du Sud sont obligés de dégrader leur environnement. Ils se procurent ainsi des recettes, au demeurant bien maigres, puisque les pays riches payent bien mal les exportations des pays pauvres. Au fond tout se passe comme si les Occidentaux, Américains en tête, s'offraient à bon compte, pour le plaisir de leur sur-consommation, les biens environnementaux existant dans les pays pauvres. Les Américains se payent la dégradation des forêts amazoniennes.

 
ENVIRONNEMENT OU CHOMAGE

Derrière ce procès - désormais classique - fait à la croissance économique, il y a une condamnation plus générale : celle de l'activité économique organisée par le marché et par les entreprises.

Mais les tenants de cette thèse ne peuvent en même temps prôner l'état stationnaire et souhaiter, entre autres, la diminution du chômage. Ils font une pirouette en évoquant le "partage du travail". Mais  ils ne peuvent nier l'essentiel :  seule la croissance crée des emplois. Si l'on donnait aux gens à choisir entre l'ANPE et l'environnement ils se détermineraient bien vite...

 
CROISSANCE ET MARCHE = PROPRETE

Fort heureusement, pour sauver l'environnement il n'est besoin ni de freiner la croissance ni par conséquent de créer du chômage.

Une croissance économique organisée par de libres entreprises suivant les principes du marché et la logique du profit débouche sur la propreté, et non pas sur la pollution.

On voit dans la plupart des pays occidentaux la qualité du cadre de vie s'améliorer, et la nature se reconstituer. En dépit de tous les discours sur les déchets, on assiste depuis quelques années à des changements spectaculaires, comme le fait que l'on pêche à nouveau dans la Tamise, pour la première fois depuis le dix septième siècle...

 
LES COUTS DE LA POLLUTION

Si la croissance est de plus en plus propre, ce n'est pas par hasard. C'est que le coût de la pollution est bien plus élevé aujourd'hui que par le passé.

Les pays pauvres ne s'inquiètent pas beaucoup de l'environnement. Ils ont un tel besoin de biens alimentaires, vestimentaires, une telle pression sur leur pouvoir d'achat que par comparaison le prix relatif des biens environnementaux est faible.

A l'inverse, largement pourvus en biens ordinaires, les populations les plus riches apprécient les biens environnementaux.

Les entreprises, dont la fonction est de répondre aux besoins des consommateurs et aux indications du marché, n'ont plus intérêt à gaspiller les biens environnementaux. Polluer coûte de plus en plus cher.

 
 
UNE "TAXE VERTE" ?

C'est pourquoi il n'est sans doute pas besoin d'une intervention des pouvoirs publics pour inciter les entreprises à moins polluer.

L'idée de la "taxe verte", très populaire aujourd'hui, mérite d'être reconsidérée.

Elle confère aux autorités administratives un pouvoir exorbitant pour définir les normes de pollution et le montant de l'impôt à payer.

Elle ouvre la porte à des régimes d'exception, à des privilèges en faveur des groupes de pression.

Enfin, elle prive les agents économiques d'une information significative sur le prix de la pollution : au fond, la taxe peut rendre la pollution bien plus rentable pour certaines entreprises !

 
LE PROPRE SE VEND BIEN

La meilleure solution est donc certainement de faire confiance aux entreprises à la recherche de leur rentabilité.

Ces entreprises, déjà conscientes des coûts croissants de la pollution, s'aperçoivent maintenant d'une deuxième évolution : le propre se vend bien. Les fruits non traités, les aérosols protecteurs de la couche d'ozone, les lessives bio-dégradables ont la préférence des ménagères. Mais, plus fondamentalement, les consommateurs formulent une nouvelle demande pour les biens environnementaux, et il est avantageux de la satisfaire.

 
LA CROISSANCE VOULE PAR LES INDIVIDUS

Cela nous ramène à l'idée que la croissance économique ne se fait ni au hasard, ni à la discrétion de quelques grands décideurs, multinationaux ou autres.

La croissance s'oriente d'après les choix des individus. Si certains jeunes trouvent le vélo ridicule et lui préfèrent la moto polluante et bruyante, cela se traduit dans les achats et dans la rentabilité relative de la production de vélos et de motos.

Voilà en quoi  notre responsabilité personnelle est engagée : en tant que consommateurs, nous pouvons formuler des exigences environnementales, elles seront sûrement suivies d'effets.

 
ENTREPRISES CREATRICES DE RESSOURCES

D'autre part, parce qu'elles comprennent le besoin de biens environnementaux, les entreprises ont le plus grand intérêt à en offrir le plus grand nombre possible, et de la meilleure qualité.

La concurrence s'engage sur ce terrain, et les entreprises sont amenées à créer des ressources naturelles et environnementales de plus en plus spectaculaires. Dans les laboratoires, dans les bureaux d'études, la dimension écologique prend une place prioritaire.

 
LE PROFIT GERE LE LONG TERME

L'entreprise ne déploie pas toutes ces activités par philanthropie.

Une entreprise n'est pas une oeuvre de bienfaisance - même si elle est bienfaisante. Une entreprise est un centre de profit.

Mais son intérêt est d'attirer vers elle et de fidéliser une clientèle pour laquelle les considérations environnementales ont une importance croissante.

Si Michelin propose le pneu vert, ce n'est pas parce qu'il a une rentabilité immédiate, mais parce qu'il témoigne que l'entreprise prend en compte les désirs du client - et cette stratégie se révèle payante à long terme. La loi du profit ne conduit pas, la plupart du temps, à rechercher des gains faciles et rapides en faisatn n'importe quoi (et en particulier en détruisant l'environnement) mais tout au contraire à gérer le long terme de façon responsable.

 
LES ENTREPRISES ECOLOGIQUES

Ainsi a-t-on vu apparaître - et verra-t-on de plus en plus - des entreprises "écologiques".

Elles produiront de plus en plus de biens environnementaux, parce que c'est rentable pour elles.

En quelques décennies, les entreprises auront appris non seulement à gérer les ressources humaines, mais aussi les ressources naturelles. Mais, comme on l'a vu, les unes et les autres sont forcément liées. La qualité dans le travail et la qualité des hommes conduisent naturellement à la qualité de l'environnement et à la qualité de la vie.

   
Une carrière sans frontière La route de la servitude Hayek contre le rationalisme constructiviste