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La dernière
journée de la XXVI° Université d’Eté (mercredi
3 septembre) était consacrée à l’Etat-Providence
dans son sens le plus large. Les débats portaient sur l’introduction
de la concurrence et du marché dans les systèmes d’Education,
d’allocations retraites... L’intervention de James Tooley,
Professeur à l’Université de Newcastle en
Angleterre, était plus particulièrement consacrée à la fourniture
privée d’éducation dans les pays pauvres : un succès. |
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JAMES TOOLEY : DES ECOLES
PRIVEES ET CONCURRENTES POUR EDUQUER LES ENFANTS INDIENS L’Education est le moyen de sortir de la pauvreté et l’intervention gouvernementale est toujours supposée être la solution pour y parvenir. Elle permettrait de dispenser l’éducation à tous puisqu’elle est obligatoire, publique et gratuite. Or rien n’est plus contestable. D’un point de vue général, si les économistes reconnaissent des limites sérieuses au fonctionnement du marché, ils reconnaissent également certains défauts au système public, défauts qui entraînent des échecs bien plus graves que le marché lui-même. Pourtant, s’agissant de l’éducation : même si l’on perçoit les limites de l’action de l’Etat, c’est toujours de l’Etat qu’on attend la solution. Je suis de ceux qui, au contraire, pensent qu’il ne devrait pas y avoir interférence de l’Etat dans l’éducation, de ceux qui éprouvent des doutes quant à l’éducation publique. D’ou viennent ces doutes ? Voici la question qui doit être posée à propos de l’Education publique, notamment dans les pays en développement. Doute à propos de l’efficacité, à propos de la justice et de la responsabilité et enfin quant à la conscience des entrepreneurs en éducation. Les doutes
quant au niveau et à l’efficacité Un rapport de la Banque Mondiale établit des comparaisons dans cinq pays sur les différences de niveaux (en mathématiques et en littératures) entre étudiants formés dans le public et étudiants formés dans le privé. Les résultats étaient établis à partir de nombreux critères socio-économiques. Précisément, les comparaisons de niveaux s’établissaient pour le même enfant, c’est à dire l’élève moyen dans le public ainsi que l’élève moyen dans le privé. Selon cette étude, à l’exception des Philippines, il y a un avantage du privé sur le public. La raison communément évoquée pour justifier cet avantage réside dans le fait que les écoles privées ont plus de ressources. Mais lorsque l’on se réfère aux comparaisons établies entre les niveaux et les fonds alloués aux écoles elles-mêmes, alors on constate que les écoles privées coûtent bien moins cher que les écoles publiques, et ce sans même prendre en compte les ressources attribuées à la bureaucratie. De la même manière, lorsque l’on se demande quelle serait l’amélioration qui résulterait d’un franc supplémentaire investi, le rapport mentionne que cela peut aller de 1.2 fois plus aux Philippines à 6.74 fois plus en Thaïlande. Ceci est le premier doute sur le niveau et l’efficacité des systèmes publics. En Inde, de nombreuses études ont permis de déterminer que le coût par étudiant était bien plus élevé dans les écoles publiques que dans les écoles privées : respectivement 2008 roupies contre 999 roupies. Justice sociale,
équité et solidarité Les gens ont foi en l’équité. Mais qui dit équité dit subvention. Or, dans les pays en développement, la dépense de l’Etat en matière d’éducation se fait de façon assez paradoxale : plus vous êtes riches, plus les subventions sont importantes. Au Népal, les subventions dans l’éducation constituent 20% des dépenses publiques. Les plus pauvres obtiennent à peine 9% des aides. Mais alors, si je dis que le secteur privé peut s’occuper de justice, d’équité, mieux que le gouvernement, quel sera le sort des pauvres ? On entend dire que les pauvres ne peuvent avoir accès à l’éducation privée, sauf à imaginer qu’il y ait des gens qui fassent oeuvre de charité, ou que des organisations bien connues interviennent. Si nous nous référons aux grandes villes d’Inde, ou d’Afrique, on peut observer un phénomène remarquable dans les bidonvilles. Dans ces zones les plus pauvres, il y a des écoles privées pour les pauvres. Ces écoles privées font payer 20$ par an. En Afrique de l’ouest, ils font payer 10$ par terme. Certaines de ces écoles privées sont des écoles religieuses. Elles sont des propriétés privées. Elles ont pour but d’offrir de l’éducation aux enfants. Dans la ville de Hyderabad, 60% des enfants vont dans des écoles privées et 29% dans les écoles subventionnées par l’Etat. Pourquoi ? Nous avons remarqué qu’il y avait dans les bidonvilles une tendance à sous-estimer les résultats parce que les gens ont compté les enfants vivant dans les bidonvilles. Mais ici nous avons les chiffres réels : 85% vont dans les écoles privées. Le marché est en pleine explosion. Ce sont des écoles libres. Au Kenya, l’école primaire est libre et gratuite. En fait, dans les écoles gouvernementales il n’y a pas de véritable enseignant, ni même de véritable enseignements. Les parents préfèrent donc envoyer leurs enfants dans des écoles payantes. Selon un rapport réalisé à partir d’un échantillon représentatif d’enfants il y a trois ans, seulement 50% des inscrits dans les écoles gouvernementales s’y rendaient, tandis que dans le privé, où 100% de l’enseignement est réalisé, les enfants sont plus motivés. Et pour cause, les enseignants, de véritables professeurs, ont une plus grande responsabilité puisque les parents peuvent retirer leurs enfants à tout moment. A l’inverse, dans le public, les professeurs ne sont pas payés en fonction de leur mérite. A ce titre, toute responsabilisation semble être une tâche quasi-impossible. Pourtant, c’est un point capital pour l’éducation des enfants. Edupreneurs : des entrepreneurs en éducation Finalement la force des écoles privées réside dans leur capacité à « forger » des « édupreneurs », des entrepreneurs en éducation. Ces écoles privées, si elles étaient menées par des « édupreneurs » exerçant dans des bidonvilles, ne seraient peut-être pas disponibles pour tous. Peut-être que certains ne pourraient pas avoir accès à l’éducation parce qu’ils appartiennent à une famille mono-parentale ou parce qu’ils sont orphelins... On trouve pourtant, pour exemple dans la région de Hyderabad, des écoles où 50% de l’éducation est fournie de façon totalement gratuite. Cela veut dire que les plus pauvres peuvent également aller à l’école. Désormais les gouvernements ne peuvent éviter de faire des choix : ou ils introduisent des éléments de responsabilité et d’efficacité dans l’école publique et ses dépenses, ou bien ils soutiennent à fond l’éducation privée. Ce sera là le débat sur la manière de déréglementer pour laisser l’éducation privée prendre son essor. A mon avis, grâce à l’école privée, il n’est pas déraisonnable d’imaginer l’éducation pour tous à horizon 2015 : ceci est l’un des objectifs des Nations-Unies. Voici la citation du correspondant d’une école travaillant dans des bidonvilles, : « Quelquefois le gouvernement est l’obstacle au peuple. Le gouvernement est arrivé dans mon école. Trois ou cinq fois par an. Et j’étais un peu naïf parce que je pensais que c’était pour voir comment l’éducation était menée dans mon école. Mais vous pouvez imaginer ce que font des inspecteurs. Ils regardent les enseignants, ils regardent leurs qualités, ils reçoivent leurs pots de vin et ils repartent. En réalité, ils servent à transporter des pots de vin. Ils viennent simplement pour récupérer leur dû et repartir ». Je pense que ceci est la meilleure manière de comprendre comment l’éducation publique fonctionne, comment elle peut conduire à des choix en faveur du privé. Pour conclure,
nous avons parlé de responsabilité, d’équité, de niveau, d’efficacité.
L’innovation doit également être introduite. On doit repousser les limites
en termes d’innovation. Et ceci pose le problème de la fourniture publique
d’école. Tout ce que nous disons, c’est que le rôle du gouvernement
devrait être subordonné à la question de savoir si nous avons besoin
d’une école publique obligatoire ou s’il y a une meilleure façon d’obtenir
ces biens, à travers les initiatives privées. |
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